Amazon : un raccourci vers l’Apocalypse

Photo de couverture © BBC

C’est l’une des seules entreprises au monde ayant pu profiter de la crise sanitaire pour remplir ses poches. Cependant ses produits à petits prix livrés dès le lendemain nous coûtent plus que le prix affiché. 

Des tonnes de colis commandés de chez Amazon. © CNN Newsource

De 865 milliards à 1.647 milliards de dollars. C’est le saut en valeur hallucinant que le géant américain Amazon a fait depuis l’année dernière sur le marché boursier.

Ce sont des chiffres impensables, aussi impressionnants que révoltants. Tandis que le monde entier vit une crise sanitaire, économique, écologique, morale et politique, cette multinationale ne fait qu’en tirer profit. Elle fait qu’aggraver la situation, alors que cette dernière est déjà bien périlleuse. 

En 2019, Amazon nous a promis d’en faire plus et mieux. Au moins, chez nous aux Etats-Unis. C’est notamment après le scandale des 129 millions de dollars d’impôts qui lui ont été restitués en 2018. Malgré ses bénéfices dépassant les 11 milliards la même année, elle aurait profité d’un taux d’imposition inédit égal à -1%.

Plutôt 162 millions de dollars alors ? C’est encore un autre montant astronomique pour la plupart d’entre nous, mais ce ne représente que 1,2% du chiffre d’affaire chez Amazon en 2019. Dépassant les 13 milliards de dollars cette fois-ci, la somme de ses profits annuels reportés s’avère encore une fois augmentée par rapport à l’année d’avant. Bien que ce taux d’imposition reflète un chiffre positif, c’est clair que les 162 millions versés sont que de la poussière incrustée sur la semelle du CEO Jeff Bezos.

Jeff Bezos et sa copine Lauren Sanchez. © Business Insider

L’impact d’une évasion fiscale à ce niveau reste difficile à assimiler pour la plupart des consommateurs. En 2020, nous sommes tou-te-s un peu désensibilisé-e-s par rapport aux péchés des grandes sociétés.  En plus, à part des chiffres inconcevables, la plupart d’entre nous n’avons plus l’habitude de réfléchir sur notre consommation, point. 

Le gros souci et le gros génie d’Amazon se résume à ce point : l’économie. L’économie du temps, l’économie de la recherche, l’économie des ressources humaines. Plus la sélection de produits suggérés devient intuitive, le prix bas et la livraison plus rapide, moins nous avons le temps de réfléchir à ce que nous achetons. Ce qui auparavant se faisait au moins pendant la durée du trajet envers le magasin de notre choix. 

Les camions de Amazon Prime aux Etats-Unis répondent à la forte demande de livraisons sous 24 heures.
© Associated Press

Notre capacité d’attention a déjà diminué à cause de la technologie. Pourtant, il ne faut pas baisser les bras. Le monde prend feu. C’est urgent que nous nous rappelions pourquoi le plus rapide ce n’est pas forcement le mieux. Que nous refusions et décrions tou-te-s les prédateurs comme Amazon afin de plutôt changer de course dès le lendemain.

Résumons alors le plus rapidement possible toutes les raisons pour lesquelles il faut toujours dire non à Amazon. 

Amazon déploie sa propre compagnie aérienne afin d’assurer ses livraisons rapides. © Amazon News

Le climat de notre planète. Amazon développe le transport aérien afin de pouvoir livrer plus de produits plus rapidement, et par conséquent contribue énormément aux émissions. Toutes les initiatives ‘vertes’ qu’elle a proposées jusqu’ici sont loin d’être suffisantes pour contrebalancer l’impact négatif de son activité. Elle compte sur la surproduction des produits dont la grande partie se retrouve aux décharges, ainsi que des centres de données qui dépassent les émissions de certains pays européens. Elle ne fait qu’augmenter son impact sur le climat plutôt que de l’atténuer. 

Nos droits et notre travail. Avec le succès croissant d’Amazon, les conditions de ses salarié-e-s ainsi que de ses intérimaires se dégradent de plus en plus partout dans le monde. Les menaces apportées par la structure et la réglementation intérieure de cette société pèsent sur la convention collective, le secteur de la livraison, ainsi que la santé et les protections sociales des travaill-euses-eurs impliqué-e-s dans chaque étape de son fonctionnement. Précisons sauf chez son chef Jeff Bezos, qui est censé devenir le premier trillionaire du monde. Le. Premier. Trillionaire. Du. Monde.

La maison estimée à $165 millions que Bezos a acheté en 2020. La propriété est devenue officiellement le bien le plus cher jamais vendu en Californie. C’est la sixième propriété de cette taille achetée par le CEO.
© Business Insider

Nos communautés et nos villes. Les clauses abusives mises en place par Amazon font perdre l’argent aux petits commerces qui profitent de la visibilité sur leur plateforme Amazon Marketplace. Selon certaines études, 1 emploi crée par Amazon = 2 emplois détruits. Alors qu’elle ne manque pas de fonds, Amazon utilise souvent l’argent public pour financer sa propre expansion (i.e. 613 millions de dollars aux Etats-Unis entre 2005 et 2014). Sa présence dans des villes comme Seattle nous a prouvé qu’elle fait qu’aggraver la gentrification. Par conséquent, elle empire la situation des personnes sans-abris auxquelles elle prétend s’intéresser afin d’accumuler des exonérations fiscales. 

Notre sécurité et nos familles. Les informations personnelles des utilisateur-e-s d’Amazon ne sont pas confidentielles comme la plupart d’entre nous aurions voulu. Nos coordonnées personnelles, ainsi que les enregistrements pris par son appareil d’assistance Echo sont accessibles par ses employé-e-s. La multinationale est également accusée d’avoir vendu les données personnelles de ses client-e-s aux tiers sans leur consentement. De plus, Amazon propose un logiciel de reconnaissance faciale utilisée par la police et les services d’immigration aux Etats-Unis pour tracer les personnes sans papiers et surveiller le peuple à leur insu.

L’appareil Amazon Echo permet d’appeler et de parler avec Alexa, l’assistante digitale de la marque Amazon.
© ZD Net

Ce qui peut être réconfortant c’est qu’il reste d’autres moyens pour avoir le produit de nos rêves entre les mains dès le lendemain, voire le jour même, sans autant de dégâts. 

Il suffit de sortir de la maison pour trouver des centaines de milliers de petits commerces qui essaient de survivre en plein crise. Au cas où ce n’est pas possible de se déplacer, il suffit de prendre le temps d’effectuer une recherche sur Internet. 

« A cause du virus, nous avons décidés de fermer. Merci. » Des milliers de commerçants ont fermé leur portes cette année à cause de l’impact économique de la crise sanitaire. © AP Photo

En moins 1 minute, nous pouvons trouver plein d’initiatives efficaces contre la toute puissance Amazon selon le produit que nous recherchions. Profitons des sites alternatifs tant qu’il nous en reste encore. Heureusement, nous avons encore la possibilité d’y trouver rapidement les entreprises en ligne, ainsi que dans nos quartiers.  Ces dernières font mille fois moins mal à nos communautés, ainsi qu’à notre planète.

Dépenser chez les petits commerces permet de soutenir nos voisin-e-s et leurs familles. Ça nous permet aussi de prendre le temps de réfléchir. Réfléchissons non seulement au prix du produit que l’on recherche, mais aussi à ce que ça coûtera à notre planète et à notre avenir.

Sam Gabbert

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