Génération Covid, Génération sacrifiée ?

Souvent marginalisés dans les débats politiques, la situation des étudiants ne demeure pas moins préoccupante à l’heure ou l’épidémie de Covid-19 impacte le pays à différentes échelles. Entre fermeture des universités, enseignement à distance, absence de vie sociale, difficultés financières et avenir incertain, ceux qui sont censés vivre de belles années d’étude n’ont pas été épargnés. En exclusivité pour Culture Xchange, Camille Sylla, 23 ans nous livre son expérience d’étudiante confinée qu’elle n’est pas près d’oublier.

© Camille Sylla

Á situation exceptionnelle, entretien exceptionnel. Jeudi 17 décembre 2020, c’est via Face Time que l’étudiante a répondu aux questions de la rédaction Culture Xchange. Dans une ambiance détendue, elle revient sur cette année sans précédent qui a bouleversé son quotidien. Elle qui révèle avoir eu de l’espoir à l’issue du premier confinement, à présent c’est l’inquiétude qui l’envahit. L’inquiétude de ne pas voir le bout du tunnel, de vivre constamment avec le virus ou encore la crainte d’un avenir professionnel incertain. Témoignage

Culture Xchange : Bonjour Camille, que fais-tu dans la vie ?

Camille Sylla :« Je suis actuellement en Master 2 d’Administration culturelle à l’université Paris Saclay. En ce moment j’étudie, je prépare des projets qui peut-être n’auront pas lieu et je suis aussi en recherche de stage. »

Culture Xchange : Est- ce que tu as un job étudiant à coté de tes études ?

C-S :« Oui, à vrai dire il s’est un peu arrêté à cause du confinement et même hors confinement. Je travaille au théâtre les Gémeaux à Sceaux en tant qu’ouvreuse : je suis à l’accueil, je scanne les billets, je place les gens dans la salle. Á cause de la fermeture des établissements culturels, je ne travaille plus vu qu’il n’y a plus de spectacles mais je reste payée. »

Culture Xchange : Comment as-tu vécu le confinement et avec qui ?

C-S :« Pour le deuxième confinement, je ne sais pas si j’ai le droit de le dire (rires) mais j’étais confinée entre chez mon copain et mes parents. Je faisais des aller-retours même si c’était illégal. Au début, j’étais un peu plus chez mes parents et par la suite j’ai migré chez mon copain. Vu que le confinement était plus souple, je n’avais pas forcément envie d’être avec mes parents. Et puis chez eux , la connexion wifi n’est pas optimale. »

Culture Xchange : Dès l’annonce de la fermeture des universités, est-ce que ton université a été réactive pour vous communiquer sur la continuité pédagogique ?

C-S :« Autant pour le premier confinement, elle a été très réactive, autant pour le second je n’ai rien vu. Ils n’ont rien envoyé à part un mail au début. Même les responsables du service culturel avec qui je réalise des projets n’ont eu aucune information quant à la reprise ou au maintien de leurs projets. Ce deuxième confinement, il n’y a pas eu beaucoup de réactivité.

Ce deuxième confinement, il n’y a pas eu beaucoup de réactivité.

Camille

En revanche, les professeurs ont été très actifs. Ils ont créé les liens zoom, se sont chargés de récupérer nos mails etc. Tout le long du confinement, j’ai eu beaucoup plus de liens directement avec eux qu’avec la secrétaire. »

Culture Xchange : Ces dernières semaines, ton instrument de travail privilégié a été ton ordinateur, as-tu rencontré des problèmes techniques ?

C-S :« Non, heureusement il tient bien. J’avais un peu peur qu’il me lâche un jour vu que ça fait 6ans que je l’ai mais c’est un Mac donc rien à signaler. »

Culture Xchange : Est-ce que le fait d’être devant ton écran toute la journée t’a occasionné des problèmes occulaires?

C-S :« Ça peut m’arriver mais ça a surtout été le cas au début de mes études à la Sorbonne. J’avais beaucoup de migraines et j’étais allée voir un orthoptiste. J’ai pris des lunettes avec une petite correction et des verres contre la lumière bleue. Depuis le début de mes études c’est comme ça donc je n’ai pas eu plus de soucis avec le confinement. »

Culture Xchange : Connais-tu des étudiants dans ton entourage ou dans ta promotion qui ont été confrontés à une fracture numérique ?

C-S :« En ami proche, non mais je sais que sur la conversation de mon master, beaucoup demandaient un lien pour avoir accès à Open office. Avec l’université tu peux y avoir accès mais qu’en ligne. C’est un peu dommage qu’en tant qu’étudiant, on paie nos frais de scolarité et qu’on n’ait pas accès à ce type de logiciels. Comme pour les écoles privées, il devrait y avoir un partenariat pour que les étudiants aient accès à Excel ou à d’autres outils numériques. »

Culture Xchange : A quoi ressemblait une journée type de cours à la maison ?

C-S :« Je me réveille, j’ai cours à 10h. Étonnamment je suis quand même fatiguée (rires). Je n’ai pas d’étape de préparation : je me lève, je prends ma douche, je prépare mon café et je le bois en cours. Le matin, généralement je reste dans le lit car au salon le chat m’embête donc au lieu de l’enfermer, je m’enferme moi. L’après-midi, je change parfois de pièce, ça me fait voyager un peu (rires). Pour travailler seul après les cours, je trouve ça plus difficile parce qu’il n’y a pas de coupure en terme de temps, d’espace et quand tu finis tes cours t’as juste pas envie de commencer à travailler tes devoirs. Je pense que mes travaux personnels vont être difficiles à mener en terme de motivation et en terme de productivité. »

Culture Xchange : As-tu le sentiment qu’avec l’enseignement à distance, le rapport élève professeur a changé ?

C-S :« Carrément, même eux nous le disent. Dans mon cas, j’ai beaucoup plus de mal à prendre la parole alors que d’habitude je lève la main. Quand tu prends la parole, une autre personne parle en même temps et c’est insupportable d’entendre des interférences. Avec les professeurs, c’est difficile car il y en a plus d’un qui ne fait que parler et au final il n’y a pas d’interaction. Il y a beaucoup moins de communication para verbale (regard, gestuelles). Quand le professeur pose une question, soit on se dépêche de répondre soit on se mure dans le silence et si tout le monde se dit ça personne ne répond. Ou sinon c’est toujours la même personne qui répond et il y a donc beaucoup moins d’égalité dans la prise de parole. 

Je n’aime pas du tout, il n’y a aucun lien avec les professeurs : il y a ceux qui se démarquent, qui rendent le cours vivant et ceux qui ont du mal avec ce relationnel quasi inexistant avec les élèves et ça se ressent

Camille

Culture Xchange : La routine métro fac dodo t’a manqué ?

C-S :« Franchement oui. La routine c’est quelque chose de dynamique surtout à Paris. J’étais beaucoup plus active avant le confinement. Ça me manque, au moins je travaillais, j’organisais mieux mon temps. Là je suis beaucoup plus molle avec moins de motivation »

La routine c’est quelque chose de dynamique

Camille

Culture Xchange : Quel regard portes- tu sur les cours en ligne ?

C-S :« Je dirais que c’est moins stressant pour des présentations orales notamment. L’inconvénient c’est que ce n’est pas stimulant surtout pour un jeune, il est trop facile de décrocher. Sur un cours, c’est encore plus dur de tenir surtout quand la caméra n’est pas activée. Tu regardes tes snaps, tu discutes avec ta famille etc. En plus, ça manque de contacts humains même avec les gens professionnels.

Il va y a voir des conséquences mauvaises pour tout le monde à des degrés différents mais je ne pense pas qu’il y ait de conséquences positives. »

Camille

Culture Xchange : Penses-tu que le contexte actuel puisse entraîner une dépréciation de la valeur d’un diplôme auprès des employeurs ?

C-S :« Un peu mais je pense que ça sera plus ou moins compréhensible de la part des employeurs. Après ça doit dépendre du domaine. Je pense qu’il y aura une sorte de dépréciation mais ça sera pour toute une génération. Mais peut-être qu’il y aura aussi une appréciation, que si tu as réussi à travailler seul dans ces conditions c’est que tu sais faire face à l’imprévu. Mes professeurs nous encouragent et nous disent que si on n’arrive pas à trouver un stage dans ces conditions, ça ne relève pas de notre faute. Mais ça va être difficile pour notre génération. »

Ça va être difficile pour notre génération

Camille

Culture Xchange : Comment vis-tu le fait de ne pas avoir de vie sociale à cause des bars, restaurants et discothèques fermés ?

C-S :« C’est horrible (rires). Ça fait un an que je n’ai pas été en discothèque. Pile au moment où je voulais ressortir, il y a eu le premier confinement. Après en juillet il y a eu la coupure ou j’ai pu partir en vacances mais on a vite oublié cette parenthèse après la reprise épidémique en septembre. Ça pèse sur le moral et il faut vraiment être bien entouré pour supporter la situation. On s’y fait car ce n’est pas une souffrance physique et psychologique mais c’est dur. J’ai l’impression de perdre du temps. J’espère qu’on pourra profiter l’été prochain »

Ce n’est pas une souffrance physique et psychologique mais c’est dur

Camille

Culture Xchange :A quoi pourrait ressembler le monde de demain ?

 C-S : « Je pense qu’on retournera au monde d’avant avec des changements. Le fait de se faire la bise ou d’avoir une proximité n’étant pas très covid, par conséquent on sera peut-être plus vigilants à l’avenir. Selon moi, le masque va se généraliser notamment dans les transports en commun ou même quand une personne sera malade, cela deviendra un automatisme pour celle-ci de porter un masque. Quant à la vie sociale, un gros point d’interrogation plane. Peut-être que le vaccin profile des jours meilleurs mais cela reste à voir car les gens sont méfiants.

Propos recueillis par Ashley Nichols

Image source: Des étudiants de la faculté d’économie à Montpellier © Bruno Vedel / Midi Libre

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