Amazon : monopole ou sélection naturelle de marché

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By Elaine Nava

Amazon n’est pas seulement un portail de commerce électronique, Amazon est aussi la cinquième entreprise la plus riche au monde et l’un des acteurs qui ont le plus contribué à la mondialisation. Leur façon de travailler transforme complètement l’activité commerciale.

Aujourd’hui, nous pouvons presque parler du nouvel Empire d’Amazon, un empire forgé par la concurrence de Jeff Bezos, le fondateur de l’entreprise. Jusqu’à présent, le service révolutionnaire d’Amazon sur Internet a entraîné la disparition de milliers d’entreprises traditionnelles qui ont été incapables de s’adapter aux temps nouveaux.

Et, dans le futur, nous ne pouvons pas attendre, mais que ce phénomène se multiplie. Mais quelle est la stratégie d’Amazon ? Qu’est-ce que cette compagnie se propose ? Combien y a-t-il de réalité et combien de bulles ? Ce ne sont que quelques-unes des questions que génère la toute-puissance de cette entreprise.

Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles les gens blâment Amazon. Des salaires de misère et des conditions de travail indignes, à ses pratiques d’évasion fiscale, grâce auxquelles l’entreprise de l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, paie des impôts dérisoires. Mais en temps de coronavirus est tout aussi préoccupant la façon dont Amazon et d’autres grandes plateformes de e-commerce contribuent à la crise du petit et moyen commerce urbain.
L’une des critiques adressées à Amazon est de provoquer une désertification économique et sociale des villes : la destruction de nombreuses petites et moyennes boutiques qui ont traditionnellement joué un rôle essentiel dans l’économie locale.

Pour faire référence à cet effet nuisible pour le commerce local, les experts parlent d’un effet Amazon, faisant ainsi allusion à celui connu sous le nom de Walmart Effect, qui est le nom de la méga-chaîne de supermarchés américaine. Alors que dans les années 90 et 2000, c’étaient les grandes chaînes commerciales qui provoquaient la fermeture du petit commerce, aujourd’hui ce rôle semble être passé sur les grandes plateformes numériques comme Amazon.

La raison principale du succès des entreprises comme Amazon est leur faible prix.

Dans une période de crise, il est compréhensible que de nombreuses citoyennes soient contraintes d’acheter en Amazonie des biens qui coûteraient plus cher dans le commerce local. Mais cette réduction a un prix. Pour les petits magasins, il est impossible de rivaliser avec les prix d’une entreprise comme celle de Bezos, qui non seulement opère à une échelle beaucoup plus grande, mais paie aussi moins d’impôts.

Le nouveau rapport d’Attac, des Amis de la Terre et de l’Union syndicale Solidaires, décrypte le modèle de business Amazon et leurs chiffres sur l´impact de cette activité sur le commerces locales sont éloquents.

Par exemple, l´exhaustif rapport d´Attac soutien que depuis la création de la marketplace, près de 10 000 petites et moyennes entreprises françaises ont commencé à vendre leurs produits sur le site d’Amazon. Lancée en 2000, la place de  marché  représente  aujourd’hui  58  %  des  produits vendus par Amazon. Mais peu à peu, ce ne sont plus les PME mais des entreprises internationales  qui  prennent  la  place  avec  des  tarifs  défiant  toute  concurrence. 

De plus le rapport montre aussi que 30  %  des  450  produits  les  plus  vendus  sur  Amazon  en  France  proviennent  de  vendeurs  chinois.

Alors que les “Amazon Lockers” (casiers dans lesquels  les  clientes  d’Amazon  peuvent  récupérer leurs colis) poussent partout en France, les petits commerces de centre-ville et les distributeurs classiques commencent à souffrir de la concurrence.

Aux  États-Unis,  le  dernier  papier  de  l’Institute  for  Local  Self-Reliance  rapporte  que  93%   des   petits   commerçants   interrogés  estiment   qu’Amazon   a   un   impact   négatif   sur  leurs  recettes, et  pourtant,  la  plupart  se  retrouvent  à  vendre  leurs  produits  sur  la  marketplace d’Amazon  pour  continuer  leur  activité.  Comment  expliquer ce phénomène ?

Premières   impactées   par   l’irruption   de   la   multinationale,    de    nombreuses    librairies    indépendantes   ont   réussi   à   évoluer   pour   résister   à   cette   concurrence.

Mais si le nombre de points de vente est resté stable, les effectifs salariés  en  librairie  ont  baissé  de  12  %  en  10  ans, les  éditeurs  ressentent  également  la  pression d’Amazon, dont les algorithmes tendent à  l’homogénéisation  du  marché  à  travers  les  recommandations   ciblées   en   fonction   des   achats d’autres millions de clientes.

Les   conditions   y   sont   très  contraignantes, à  tel  point  qu’Amazon a été condamnée, en septembre 2019, par la France,  à  une  amende  de  4  millions  d’euros  pour  “clauses  abusives”.  Amazon  impose  en  effet  un  rapport  déséquilibré  avec  ses  vendeurs  et  les  conditions  qui  leur  sont  imposées  peuvent  parfois  mettre  certains  petits  vendeurs  en  faillite.

Une conséquence est également la perte d’emplois dans le commerce local.
Selon l’organisation américaine Institute for Local Self-Reliance jusqu’en 2015, 294000 emplois ont été perdus dans le petit commerce aux États-Unis, en grande partie à cause du développement des grandes plateformes du commerce numérique. La fermeture massive de petites librairies au cours des dernières années est le résultat le plus évident de l’effet Amazon. Mais ce n’est pas le seul secteur qui a été touché.
L’effet Amazon menace de transformer brutalement nos villes en érodant un élément clé de leur identité et de leur cohésion sociale. En outre, le petit et moyen commerce est essentiel à la souveraineté et à la démocratie économique. C’est pourquoi il est surprenant que des personnalités publiques qui se présentent comme des défenseurs de l’autodétermination et de la démocratie aient pris la défense d’un géant comme Amazon.

La guerre entre l’économie locale et Amazon est ouverte. Il est temps de mettre des limites à la voracité des grandes entreprises numériques. Pour faire face à Amazon, il est également nécessaire de créer de nouveaux canaux numériques pour le commerce local. Le défi est de construire un commerce de proximité numérique qui respecte la diversité commerciale et sociale de la ville. Ce n’est qu’en protégeant et en réinventant le commerce local que l’on pourra relever les défis du Xxie siècle et contribuer à construire des villes plus vivables et durables.

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