« JE N’AI NI FIERTÉ NI HONTE D’ÊTRE GROSSE, JE DEMANDE À CE QU’ON ME FOUTE LA PAIX »

« Grosse » est le mot utilisé par beaucoup de femmes pour se décrire. Un adjectif qui ne devrait pas être péjoratif. Deux femmes racontent leur quotidien, et leur lutte contre la « grossophobie ».

Dans une société qui lie directement la beauté d’une femme en rapport à son poids, être en surpoids n’est pas facile. Surtout car le problème n’est pas uniquement le fait de trop manger ou mal manger, c’est souvent psychologique. Des troubles qui ont commencé dès l’enfance et qui évoluent tout au long de la vie.

Anne et Gabrielle sont deux exemples (parmi 6,5 millions), de personnes considérées comme obèses en France. Elles racontent leurs vies avec cette maladie et les défis auxquels elles doivent faire face au quotidien.

Illustration de Marine Spaak

Anne est née dans les années 60. Sa mère était au foyer et son père travaillait chez un fabricant de meubles. Pour lui, le chemin de la gloire étaient ses femmes. Mais pour cela, il fallait qu’elles soient fines, minces. Anne, sa mère et sa sœur se sont battues plusieurs fois pour voir qui d’entre elles réussirait à perdre 10kg pour se voir offrir une robe de la part de leur père.

Le problème est que plus son père lui demandait de mincir, elle grossissait. Sa mère est devenue alcoolique et sa sœur dépressive. « Toute ma vie était construite au tour de mon poids », avoue Anne, qui souffre aujourd’hui d’apnée du sommeil. Elle a perdu 50kg après une opération d’estomac mais elle vit cette perte comme une imposture, un corps qui n’est pas le sien. Du coup, elle grossit encore.

« Je ne supporte pas de ne pas être acceptée comme je suis »

Anne

Mais elle n’est pas la seule, et heureusement il existe des associations aujourd’hui qui aident avec cette maladie sur différents aspects (médical, physique, psychologique, etc.). Le surpoids et l’obésité sont des maladies, et l’origine est souvent un trouble psychologique. Cependant la « grossophobie », apparu au début des années 90, ne rend pas la vie de ces personnes facile. Elles sont souvent discriminées, marginalisées pour leur apparence.

Illustration par Anna Wanda Gousey

C’est aussi le cas de Gabrielle, qui emploi également le mot « grosse » pour se décrire. En dehors de cet adjectif, elle ne sait pas vraiment comment décrire son corps. Elle est devenue « grosse » après un traitement hormonaux á l’âge de 17 ans, quand elle est passé de la taille 40 a la taille 42.

« J’étais grosse au regard de mes parents »

Gabrielle

Le médecin a déclaré une maladie de la glande surrénale et lui dit de perdre ne pas 10kg mais 20kg. « J’ai une maladie », s’est dit Gabrielle, qui avoue que ça a joué énormément sur le moral. Avec les hormones elle prend 30kg, les poils poussent et elle devient agressive à cause de la testostérone. Son régime alimentaire est baissé jusqu’à 900 calories par jour. « Je terminais par obséder la nuit pour de la nourriture, jusqu’à manger 10 pains chocolats d’un coup ».

Mais le problème n’est pas uniquement la prise de poids, ce sont les conséquences qui viennent avec : comme le fait de ne pas trouver un « vrai » travail. « Quand j’avais un entretien, ils disaient que ça n’allait pas fonctionner », dit Gabrielle qui voulait travailler dans l’audiovisuel mais ça ne marchait pas. Tous ses camarades ont trouvé des bons stages sauf elle.

Gabrielle Deydier, auteure du livre On ne nait pas grosse / © Éditions Goutte d’Or

Dans un entretien d’embauche la personne qui faisait mon entretien m’a sorti que « le QI est inversement proportionnel à l’IMC », donc plus t’es gros, plus t’es con. Les gens ne se gênent pas de parler du poids quand vous êtes gros, pourtant c’est interdit.

Gabrielle

Gabrielle décide alors de commencer un blog car avec le travail ça se passait très mal. Des commentaires grossiers, comportements hostiles, demandes pour perdre encore du poids. Le blog commence à bien marcher mais elle ne peut pas s’inscrire au chômage. Les journées tournent au tour de pouvoir se nourrir. Gabrielle est allée jusqu’à penser à se suicider.

Mais son blog allait lui ouvrir des portes. C’est dans une soirée qu’elle parle avec Clara (la chef de la maison d’Éditions Goutte d’Or) sur les femmes et le rapport au corps. Le terme « grossophobie » est employé. C’était le 27 mai, et quelques jours après elles décident d’écrire un bouquin. Gabrielle n’a toujours pas d’appart, toujours pas de vrai travail, mais ce n’est pas grave. C’est le début d’une nouvelle aventure.

Couverture du bouquin

« Je n’ai ni fierté ni honte d’être grosse, je demande à ce qu’on me foute la paix »

Gabrielle

Anne et Gabrielle ne sont que deux, parmi des milliers de femmes, et hommes, qui souffrent d’obésité. Notre société ne les aide pas, on les discrimine. La « grossophobie » ne devrait pas exister, mais désormais ça existe. Leurs témoignages vont servir peut être à aider les gens à comprendre que l’obésité est une vraie maladie, et que ça ne doit pas les empêcher a réaliser leurs rêves, ou au moins à trouver un travail.

Isabella Mendez

Source: https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/ne-nait-pas-gros-0

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