AMAZON: LE PROCHAIN GRAND SUCCèS DE SPIELBERG

Amazon semble souvent s’inspirer d’un roman de science-fiction ou du dernier film primé à Cannes. Et pourtant ce qui se passe dans cette entreprise est très réel.

Créée par Jeff Bezos en juillet 1994,  Amazon est une entreprise de commerce en ligne américaine basée à Seattle. Elle est la plus grande multinationale du monde avec 865 milliards de dollars de capitalisation boursière. C’est l’un des géants du Web aux côtés de Google, Apple, Facebook et Microsoft. Son activité initiale concernait la vente à distance de livres, avant qu’elle se diversifie dans la vente de produits culturels. Elle présente toutes les caractéristiques d’une entreprise qui a su se developer de jour en jour, en devenant mondialement connue.

C’est vrai, qui ne connait pas Amazon aujourd’hui ?

Elle symbolise toutes les évolutions, les progrès qui ont touché au fur et à mesure nos sociétés. Mais quand on regarde de plus près et qu’on fait tomber le voile, on découvre une entreprise aux effets ravageurs. En effet Amazon ne joue pas dans les règles de l’art. Tout d’abord son développement s’appuie sur une augmentation massive de la consommation de produits dont une part importante ne répond pas à de véritables besoins. Elle vend ce qu’on appelle de “l’illusion”, en faisant croire beaucoup de choses à celui qui achète. On lui donne même parfois de jolis surnoms: “ Amazon l’évadé fiscal“, “Amazon l’ennemi de l’environnement et du climat“, “Amazon l’innovation au détriment des salariés“.

Pour beaucoup c’est la“simplicité d’achat”, les livraisons ultra rapides, le plus grand choix possible de produits, les tarifs les plus bas.

Mais quelles sont les conséquences sur ses salariés qui y travaillent jour et nuit.

Est ce que Amazon est un enfer social ?

Il ne faut pas oublier que ce sont grâce à ses salariés que l’entreprise fonctionne. Amazon compte 645 000 salariés dans le monde, autant de personnes qu’il faut donc gérer, protéger, et auxquelles il faut donner de bonnes conditions de travail.

On va alors découvrir qu’Amazon fait toujours son possible pour passer entre les mailles du filet.

Belle caricature qui donne envie de travailler avec le roi de la jungle: Jezz Bezos.
Par Mutio.

Par exemple en Europe, la compagnie dispose de sites logistiques dans 9 pays : Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie. L’Allemagne est le premier marché d’Amazon en Europe, et compte un parc d’entrepôts conséquent à travers le pays.

Pourtant l’entreprise, pour réduire ses coûts, fait une  « intégration » entre les filiales d’Amazon Allemagne et Amazon Pologne. Elle profite de la proximité géographique entre les deux pays, pour jouer sur les différences salariales, fiscales, monétaires et de protection sociale. Par exemple les 7 500 salariés des centres logistiques de Szczecin et Wroclaw sont soumis à une intense activité, alors que le droit de grève est très restreint en Pologne.  En effet, tout syndicat doit organiser un référendum auprès des salariés et atteindre un quorum de participation d’au moins la moitié du personnel pour pouvoir déclencher une grève. 

C’est une bonne tactique, pour faire vivre à ses employés des conditions très mauvaises sans qu’ils puissent se plaindre. Amazon essaye toujours de tout faire pour dépenser le moins d’argent.

Moins c’est cher, mieux c’est.

Amazon fait aussi appel à une main d’œuvre souvent non qualifiée dans les entrepôts où sont préparées les commandes, en ayant recours par exemple aux “intérimaires massifs”, qui représentent parfois la moitié des salariés.

De plus en matière de conditions de travail, la multinationale utilise une autre tactique, celle de mettre à sa guise la convention collective . Ainsi en Allemagne, Amazon refuse d’appliquer la convention collective des entreprises du commerce, préférant appliquer celle du transport qui lui est plus favorable. Elle fait toujours ce qui l’arrange, et ne pense pas en premier lieu à ses salariés et à leur protection.

Le bouleversement des conditions de travail dans le secteur de la livraison 

En France, depuis 2017, Amazon a construit dix grands hangars dédiés à la livraison, qui reçoivent les colis en provenance des entrepôts d’Amazon.  A partir de minuit, ces colis sont triés et les livreurs prestataires d’Amazon les embarquent dès 5h30 pour leurs tournées. Grâce au travail jour et nuit, 7 jours sur 7, Amazon assure alors des livraisons du jour au lendemain. Grâce à cette efficacité, aujourd’hui Amazone est le premier client de La Poste mais elle devient aussi son premier concurrent. En effet avec la mise en place de services de livraison avec des délais très courts, y compris le week end, et des tarifs de plus en plus compétitifs, Amazon se démarque et prend le leadership. On observe alors ces dernières années une véritable dégradation des conditions de travail dans ce secteur. L’obligation de travailler le dimanche, l’appel plus fréquent à la sous-traitance, la multiplication des contrats précaires, ainsi que la non comptabilisation des heures supplémentaires et le travail dissimulé, notamment avec l’exploitation d’une main d’œuvre immigrée. 

Les travailleuses et travailleurs sont soumis à la pression d’un travail toujours plus accéléré. Sur certains postes, les salariés marchent plus de 15 kilomètres par jour et portent souvent des charges lourdes. De plus ceux qui ont pour mission la préparation des commandes (on les appelle les “pickers”) sont dotés d’un “PAD”, appareil électronique connecté leur fournissant toutes les informations nécessaires en temps réel : localisation du produit, quantité commandée, zone de regroupement de la commande. Mais cet appareil permet aussi aux responsables de géolocaliser les “pickers” et de contrôler le temps d’exécution de leur tâche. Chaque mouvement est pensé, surveillé, chronométré.

Le règlement de l’entreprise impose une productivité en hausse constante car le but est faire le plus en moins de temps possible.

Lourde conséquence sur l’état de santé des salariés

Avec un tel rythme et une telle pression, les corps souffrent et les salariés atteints de troubles musculo-squelettiques et de maladies professionnelles sont nombreux au sein d’Amazon.  Les syndromes d’épuisement, les accidents du travail et les licenciements pour inaptitude sont fréquents dans l’entreprise. En Pologne par exemple, une enquête menée en 2018 par l’inspection du travail a constaté des conditions de travail particulièrement anormales : « des erreurs dans les protocoles d’établissement des circonstances des accidents du travail, le défaut d’équiper les employés d’équipements de protection individuelle, la délivrance tardive des certificats d’emploi, le paiement tardif des salaires et la sous-évaluation de leur montant, le non respect des dispositions relatives au temps de travail…».

Malgré tout, Amazon ne fait rien pour changer les choses ou améliorer les conditions de travail.

Et ce n’est pas tout…

En plus du contrôle permanent (grâce au PAD et peut-être bientôt un bracelet électronique qui sait ? ) chaque salarié d’Amazon doit régulièrement rendre compte à sa hiérarchie, à la fin de sa journée de travail. C’est le fameux «feedback» (entretien de « retour »). Un procédé extrêmement stressant et anxiogène pour les employés, le feedback peut varier selon les entrepôts et les pays. Dans les entrepôts français, comme en Allemagne, l’entretien avec la hiérarchie concerne essentiellement les problématiques de sécurité. Les sanctions disciplinaires pour manque de performance sont très rares. Mais cela peut complètement changer dans un autre entrepôt. En effet en Pologne, le feedback est principalement tourné autour de la réalisation des objectifs, de la performance; et des mesures disciplinaires peuvent être prises à l’encontre des salariés, s’ils n’ont pas accompli à la minute ce qu’il fallait faire. Le stress, la pression sont donc omniprésents chez les salariés.

Enfin, autre stratégie de l’entreprise, c’est d’encourager les salariés à se dénoncer. Ce sont les pratiques de dénonciation, en accord avec les “14 principes de leadership”, qui visent à améliorer en permanence la productivité de chacun/chacune dans une dynamique de compétition et de performance individuelle. Ces principes sont au cœur de la relation de travail dans l’entreprise et cherchent à pousser les salariés à se sur investir personnellement, à être source d’innovation au profit d’Amazon. Ce type de processus viserait à garder les meilleurs salariés dans l’entreprise.  Et les conditions sont tellement dures que, par exemple, sur le site de Montélimar les salariés en CDI ne restent pas plus de deux ans et demi en moyenne. 

Cela donne très envie d’y travailler, n’est ce pas ?

Cette entreprise transforme donc les salariés en machine et leur enlève tout principe moral.

Et pour couronner le tout, Amazon bafoue les droits des femmes. En effet, une enquête récente du magazine américain CNET explique “qu’au cours des huit dernières années, sept salariées manutentionnaires dans les entrepôts d’Amazon de différentes villes des États-Unis, ont été licenciées peu de temps après l’annonce de leur grossesse. Les témoignages se recoupent : leurs demandes d’adaptation du poste de travail, certificats médicaux à l’appui (impossibilité de rester debout longtemps, de soulever des charges de plus de 10 kg, de monter à l’échelle pour atteindre les produits stockés en hauteur, nécessité de pauses toilettes plus fréquentes…), ont été ignorées par l’entreprise et leur surveillance au travail a même été renforcée. Une de ces femmes a ainsi été mise à pied plusieurs semaines sans salaire, avant d’être licenciée. Deux autres l’ont été après un arrêt maladie. Toutes se sont vu reprocher une baisse de leur productivité. “

Alors pour arrêter d’avoir des problèmes ou des procès ( il y en a de nombreux en cours), la solution pour Amazon serait de “se débarrasser” de ses salariés. Et justement, en juin 2019, Amazon a annoncé être bientôt prête à livrer ses colis par drones. De plus, l’entrée d’Amazon sur le marché de l’alimentation est une perspective particulièrement inquiétante, c’est un secteur qui est déjà frappé par des réductions massives d’emplois, liées à la progression du e-commerce. Son arrivée engendrerait encore plus de réductions d’emplois.

ll vaut mieux en rire qu’en pleurer.

Après avoir lu tout cela, pas sûr qu’on ait très envie de commander sur Amazon.

Une autre caricature, qui montre à quel point Jazz Bezos prend soin de ses employés. Par Mutio.

Ana Lorvo

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