Le mastodonte peut-il réduire son impact écologique ?

Avec la livraison rapide, les Amazon lockers disposés en libre-service, et sa récente idée de drone livreur, les politiques de livraison d’Amazon semblent être de plus en plus problématiques malgré les volontés de l’entreprise.

©MarketWatch

« Amazon, ennemi de l’environnement et du climat ». C’est ainsi que se nomme l’une des parties d’un rapport dénonciateur de 2019 intitulé « Impunité fiscale, sociale, environnementale: Immersion dans le modèle Amazon ». L’Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC), les Amis de la Terre et l’Union syndicale Solidaires se sont réunis pour rédiger une soixantaine de pages visant à alarmer les lecteurs sur les dangers des pratiques du site internet, invitant également l’entreprise à réagir.

Créée en 1994 par l’américain Jeff Bezos, Amazon est devenue la plus grande entreprise multinationale du monde. Son catalogue dispose de tous les objects possibles et inimaginables, vendus par des vendeurs partenaires ou tiers à des prix qui défient souvent ceux proposés en magasin. Les innovations du site ont permis à l’entreprise de générer un bénéfice considérable. En 2018, 15 milliards de produits ont été vendus dans le monde. Mais si les chiffres sont bons, la face cachée ne l’est pas. Les conditions de travail, la fiscalité et l’impact climatique, repris et expliqués dans le rapport, sont au coeur du débat. Penchons-nous sur le troisième point en se focalisant sur sa relation avec les modes de livraison proposés par Amazon. 

Amazon Prime: la livraison rapide, attractive, mais destructrice

En lançant son programme Amazon Prime en 2016, l’entreprise s’est lancée dans une démarche aux conséquences lourdes pour notre planète. Pour la somme de 24 euros par an, l’abonné peut non seulement bénéficier de la livraison gratuite mais surtout « en 24 heures », autrement dit, dès le lendemain. De plus, afin d’attirer le plus de clients, Amazon a mis en place un vrai business puisque cet abonnement permet également d’accéder à des avantages conséquents, le meilleur étant sans aucun doute la plateforme de streaming Prime Video, concurrente de Netflix. 

Avec ses offres attractives, le géant américain a empiré la catastrophe écologique en cours. Les émissions de gaz à effet de serre, néfastes car elles contribuent au réchauffement de la Terre, sont plus importantes avec ces mesures. En effet, les colis ne sont plus regroupés. Tout est individualisé, et la rapidité de livraison est la priorité. 

« Le transport par bateau des produits vendus sur Amazon aux États-Unis depuis la Chine représenterait un ordre de grandeur de 4 millions de tonnes de CO2, de très loin du mode de transport le moins émetteur » 

Au niveau du rapport quantité-pollution, le bateau est le moyen de transport le moins polluant. Néanmoins, il n’est pas assez rapide pour les promesses de livraison en 24 heures. Il est donc impossible de faire aussi rapidement. Amazon privilégie l’avion, ce qui augmente considérablement leur emprunte carbone. Bien que certains produits se trouvent déjà dans les entrepôts locaux, l’enquête du rapport indique que les smartphones et ordinateurs sont toujours transportés par avion. Quand on connait l’engouement que suscite la sortie d’un nouveau smartphone, on se rend forcément compte de l’impact que cela peut avoir sur le réchauffement climatique.

« Amazon annonce que le transport jusqu’aux entrepôts, puis vers les centres de tri et enfin la livraison au dernier kilomètre émet 18,87 millions de tonnes de CO2 par an », un rapport revu à la baise.

Le rapport se penche alors sur la contradiction entre les mesures d’Amazon et leur volonté d’atteindre zéro émission nette pour les transports en 2050. Comment l’entreprise peut-elle viser si haut alors qu’elle adopte chaque jour de nouvelles mesures qui incitent les consommateurs à commander, comme la politique de retour gratuit qui permet au client de ne plus se soucier d’un produit qui pourrait potentiellement ne pas lui plaire ? Tout en sachant que l’entreprise prévoit de louer plus de 20 avions en plus à Boeing d’ici 2021. Son projet de livraison par drone pourrait être la réponse, mais il ouvre une nouvelle faille. 

Le projet Amazon Air, métaphore de la transformation des conditions de travail

©Amazon

Depuis l’hégémonie du marché des drones en 2015, ces petits objects ne cessent de conquérir des espaces qui vont de l’armée au monde cinématographique. Amazon Air est un concept développé depuis 2016 par l’entreprise, qui prévoit de faire livrer ses colis par des drones. Bien que l’on pourrait penser qu’il est plus écologique, ce mode de livraison pose un nouveau problème soulevé dans le rapport: la disparition du facteur humain. Ces mesures pourraient être dramatiques et supprimer de très nombreux postes de chauffeurs-livreurs.

« Amazon ne compte en 2017 plus que 4,7 salarié.e.s pour 1 robot, contre 7,7 en 2015 »

L’automatisation du travail, qui a déjà envahit les moyens de production, pourrait alors arriver aux modes de livraison. En voulant réduire son emprunte écologique, Amazon a ouvert d’autres brêches qui démontrent les limites de sa toute puissance. Cependant, impossible de freiner son expansion sans un éveil global des clients, qui se doivent résister aux mesures attractives afin de consommer plus responsable et écologique. Une prise de conscience possible grâce aux travails d’associations et de syndicats engagés. 

Photo du 29 novembre 2019. Des manifestants d’ATTAC appelant au boycott du Black Friday bloquent les bornes de livraison Amazon Locker. ©Cybèle Plichart

Lou Tabarin

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