Élections 2020 : l’afro-américaine qui a renversé le bastion républicain de la Géorgie

Avec son engagement social et politique dans les quartiers multiculturels d’Atlanta, Stacey Abrams a décroché une victoire surprenante pour le candidat Joe Biden aux présidentielles americaines de 2020. Cet accomplissement est le fruit de plusieurs années de campagne de sensibilisation qu’elle a mené dans son État. 


À exactement un mois de l’annonce de la victoire du démocrate aux élections américaines, une rétrospective s’impose. Les États Unis ont assisté à un dépouillement au ralenti qui a pourtant donné lieu à des coups de théâtre inattendus. L’État de Géorgie en est un exemple flagrant. Le 7 novembre passé il s’est coloré de bleu pour la première fois depuis 1992, quand Bill Clinton avait remporté une large majorité de Grands Électeurs contre George H. W. Bush. Majoritairement blanc et conservateur, l’état sudiste est marqué par un fort passé d’esclavage et d’intolérance raciste. C’est contre ce système discriminatoire que la démocrate Stacey Abrams se bat depuis son entrée en politique.

Stacey Abrams lors de la Marche des Fiertés d’Atlanta, Georgia en Octobre 2017 | ©Maura Friedman

Née le 9 décembre 1973 en Wisconsin et installée en Géorgie depuis son plus jeune âge, Stacey Yvonne Abrams a été Représentante de l’État de Géorgie de 2007 à 2017. Fille déterminée de deux parents activistes du mouvement pour les droits civiques, elle grandit dans le dépassement de soi. Ses parents lui répètent « ne rien avoir n’est pas une excuse pour ne rien faire ». Elle gardera cette phrase comme un credo et obtiendra un doctorat en droit à l’Université de Yale. Éduquée avec une conscience sociale développée, elle a été témoin de la stratégie politique du voter suppression. Une pratique, appliquée surtout par les républicains, qui consiste à décourager le vote d’une catégorie sociale, notamment les minorités généralement démocrates. En rendant l’inscription aux listes électorales impossible ou moins facile, ils arrivent à modifier les tendances de vote et à museler des millions de personnes. C’est pour limiter ces pratiques qu’en 1965 le Voting Right Act a été introduit. Il contraignait les états du sud à soumettre au gouvernement fédéral toute modification de leur système électoral, pour en obtenir l’approbation. 

L’abolition en 2013 de cette loi, considérée désormais comme dépassée, a poussé Stacey Abrams à créer l’organisation non lucrative « New Georgia Project ». Son objectif était celui de veiller à ce que les bureaux de vote procèdent de façon honnête lors des élections. Il est en effet très commun, selon l’avocate, que les centres de vote des quartiers à majorité afro-américaine soient fermés sans préavis ou que les procédés en soient considérablement ralentis. Par exemple, en créant des files d’attente de plusieurs heures. Avec son organisation, Stacey Abrams aide non seulement la population à s’inscrire aux listes électorales, mais également à développer leur propre conscience politique en les invitant à s’y intéresser davantage. C’est ainsi qu’elle a fédéré les démocrates de Géorgie jusqu’à faire basculer l’état en faveur de Joe Biden aux dernières élections présidentielles.

Stacey Abrams serre la main au républicain Brain Kemp lors d’un débat en octobre 2018 | © John Bazemore/AP

Mais l’influence d’Abrams à l’échelle nationale ne date pas des derniers mois. En 2018 elle s’était présentée au poste de gouverneur de son état, en devenant la première femme afro-américaine candidate pour remplir cette mission. Son adversaire était Brian Kemp, un républicain qui recouvrait déjà la fonction de secrétaire de l’Etat de Géorgie et qui avait décidé de ne pas démissionner au moment de sa candidature. Dans un éclatant conflit d’intérêts, le républicain n’était pas étranger à la pratique de purge des listes électorales. Jusqu’au dernier jour de campagne, Kemp à veillé à ce que le moins de afro-américains possible ait la possibilité de voter. En faisant cela, il s’est assuré les 50 000 votes d’écart qui lui ont garanti la victoire. Une marge dérisoire pour un bastion du parti républicain comme l’était la Géorgie. 

Toujours souriante mais aguerrie, Stacey Abrams a reconnu cette amère défaite quelques jours après, tout en dénonçant les pratiques illicites de son opposant. « Voir un responsable qui prétend représenter les citoyens d’un état appuyer ses espoirs d’être élu sur la restriction du droit de vote a été tout simplement déplorable », a-t-elle déclaré pendant son discours final. Deux ans plus tard, l’avocate a obtenu une véritable revanche à cette défaite personnelle, avec une victoire démocrate qui marque l’histoire et qui a été possible aussi grâce à ses efforts incessants. Déterminée et pleine de ressources, à la question sur ses projets pour les prochains 20 ans, elle promet qu’elle remportera le Bureau Ovale. 

« Si on change la Géorgie, on change le Sud

et on change l’Amérique. »

Giulia Pandolfi

Image à la une : Stacey Abrams pendant la campagne de Joe Biden et Kamala Harris à Las Vegas, le 24 octobre 2020 | © abcnews.com

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