Le mystère Bobby Fischer

Le joueur d’échec légendaire a inspiré le personnage de Beth Harmon dans la nouvelle série phare de Netflix, The Queen’s Gambit.

Génie paranoïaque. C’est le diagnostique qu’on attribut à Robert James Fischer, prodige des échecs made in Illinois, USA. Il naît en 1943 à Chicago et grandit avec sa mère et sa sœur a Brooklyn. C’est pourtant loin du sol Américain qu’il finira sa vie. Reykjavík l’accompagne pendant ses dernières années, qu’il passe reclus et malade.
Bobby Fischer disparaît à seulement 64 ans, mais il laisse une empreinte géante dans l’histoire des échecs. Si la série The Queen’s Gambit a révéler le potentiel dramatique de ce jeu sous-estimé, c’est en parti à Bobby Fischer qu’on doit sa popularisation.

Fischer découvre les échecs à 6 ans, à 14 ans il est sacré champion américain. Malgré son QI élevé, sa précocité aux échecs ne l’aide pas à l’école. Il la quitte pour se concentrer sur le jeu. Bientôt, même la scène américaine n’est plus assez combative pour lui. Dès l’âge de 12 ans, il a battu tous les adversaires qui pouvaient lui offrir une résistance, à 15 il remplace Samuel Reshevsky, grand maître international, dans le tournoi interzonal qui sélectionne les candidats pour le championnat du monde. Devenu grand maître international lui-même, on n’arrête plus Bobby Fischer.

Bobby Fischer interviewé par Mike Wallace pour 60 Minutes en 1972 © 60 Minutes

Are you worried about Spassky? (Vous êtes inquiet à propos de Spassky?)
Not overly, I mean he’s a little better, I think, than the other Russians I’ve taken on, but… (Pas particulièrement, certes il est légèrement meilleur que les autres russes à qui je me suis confronté, mais bon…)”
Le “match du siècle”, qui se déroule pendant l’été 1972 contre le grand maître Boris Spassky, marque un tournant. Fischer est en retard, Spassky fait les cent pas. Quand Fischer arrive dans cette large pièce vide éclairée aux néons, il s’installe sans cérémonie. Le jeu commence. Dans la vidéo qu’il nous reste de ce jeu légendaire, Bobby Fischer se tourne vers la caméra et se lève. Spassky reste imperturbable, la réputation de Fischer le précède sûrement, tandis que Fischer informe les arbitres qu’il ne supportera pas les caméras. Ce type de comportement est typique du grand joueur dont l’attitude de « diva » n’étonne plus même s’il agace. Il finit par demander que la dernière partie de son jeu contre Spassky se déroule dans une salle privée. C’est ce qui absorbe le public, qui regarde le match commenté à la télévision. Les caprices de Fischer et son style de jeu agressif révèlent soudain les échecs comme un sport de compétition comme le basketball ou la boxe, et Bobby Fischer est plus puissant et adulé que jamais. Les ventes de jeu d’échec grimpent grâce à lui, et quelque chose nous dit que The Queen’s Gambit aura sûrement le même effet.

Bobby Fischer (droite) et Boris Spassky (gauche) se sont rencontrés une première fois en 1970.

Entre Michael Jordan et Glenn Gould, Bobby Fischer est un génie à la fois précoce, rafraîchissant, et torturé. Les caprices ne s’arrêtent pas à l’échiquier, Mr. Fischer est aussi adepte de théories de complot. Dès 1973, il tombe progressivement dans une solitude agitée dont il ne sortira que pour donner des interviews contrariées et incompréhensibles, où un « complot des juifs » l’obnubile. Alors qu’il était devenu un héros des américains après sa défaite historique contre les russes, Bobby Fischer se perd lui même. La rumeur court qu’il a vécu cette période comme un nomade désargenté, comme un prémisse de ses dernières années en réclusion totale et exilé des États-Unis.

Lui qui a assuré à Harper’s magazine que les femmes sont incapables d’être douées aux échecs, qu’aurait-il pensé de la brillante Beth Harmon ? Une chose est sûre, le personnage de Harmon finit par prendre des décisions très différentes de celles de l’enfant terrible des échecs et se détourne de la fin tragique de la figure qui l’a inspiré. La conclusion de Queen’s Gambit sera elle bien plus lumineuse.

Emma Loiret

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