TRAVAILLEUSES DU SEXE, ENTRE SECURITE ET AUTONOMIE

Le monde des travailleuses du sexe est, en 2020, encore flou. Les employés du Vénusia, célèbre maison close suisse, nous permettent de comprendre les enjeux et les problématiques du métier.

Ouvrir les portes du Vénusia est une manière de lever le voile sur le monde des travailleuses du sexe. En mettant un visage sur les femmes qui y travaille, on rompt avec les stéréotypes cassants qui ont tendance à nier les témoignages de celles qui exercent le métier. 

Elles s’appellent Ingrid, Jessy et Sophie et considèrent le Vénusia comme l’endroit qui a permis leur émancipation financière. Elles y ont appris à décider de leur avenir afin d’en éviter les pièges.

L’argent, c’est tout, parce que je ne suis pas là pour vivre ici. Je suis ici pour travailler pour ma famille.

Ingrid, 30 ans.

Alors, pour que son fils de 11 ans ne manque de rien, Ingrid s’adapte au menu des plaisirs et devient le fantasme de clients entre 16 et 90 ans. Pour 30 minutes d’effort, 140 euros. Le double pour un lesbo show

Sophie, jeune hongroise, voit le Vénusia comme la terre promise. L’endroit où elle a su rompre avec la pauvreté. À 20 ans, Jessy sait ce qu’elle tire de cette expérience : le remboursement de ses dettes et un avenir certain fait de maisons et de voitures. Si l’argent est un facteur déterminant, comme pour toutes les professions, deux éléments sont essentiels à l’épanouissement des travailleuses du sexe : aimer le contact et les relations. 

Capture d’écran de la page d’accueil du Vénusia

Ce qu’on retrouve au sein du Vésuvia, c’est une communauté. Des femmes qui prennent soin l’une de l’autre et qui très tendrement se disent l’affection qu’elles se porte : “Ici, on se chouchoute“. Elles sont nombreuses à considérer cette maison comme un sanctuaire synonyme de protection, de sécurité et de propreté.

Je travaille avec des femmes qui sont propres et respectueuses, hygiéniquement aussi.

Anonyme

La part d’ombre du métier 

Madame Lisa, propriétaire du Vénusia © Louise Carrin

Le conte de fée intelligemment raconté par nos trois protagonistes s’étiole lorsqu’on rencontre Madame Lisa, marâtre des lieux. Celle qui prend 30% du chiffre d’affaire de “ses filles” met en avant son courage et son rôle de protectrice.

J’ai accepté que je n’avais besoin d’argent. Pour moi, c’était une question vitale et ici tout le monde m’accepte comme une chef d’entreprise (…) par principe je ne donne la chance à toutes les filles. Quel que soit leur âge leur physique

Madame Lisa

Sauf que Madame Lisa reste floue sur les réalités du métier. Elle qui dit accepter tout le monde, nie la compétitivité qui règne dans sa maison. Compétitivité exacerbée par les normes de beauté imposées par la société. Alice, 26 ans explique comment ses rondeurs sont devenues un problème. Face à la minceur de ses concurrentes, elle ne faisait pas le poids et était moins protégée, mise de côté.

Madame Lisa sur ses débuts au Vénusia

Que les problématiques ancrées dans la société définissent les envies de la clientèle, soit. Mais, Madame Lisa raye de son récit les pratiques officieuses qu’elle impose. Elle dit reconnaître les demandes physiques et psychologiques du métier sans mentionner les prestations dangereuses qu’elle pousse “ses filles” à accepter: des fellations sans préservatifs et avaler le sperme par exemple.

Si les maisons sont des solutions pour certaines travailleuses du sexe, d’autres ne savent plus quel statut choisir. La sécurité du Vénusia accompagnée de l’ombre d’une Madame Lisa ou l’autonomie du statut indépendant qui augmente la dangerosité du métier? 

AL

*Photo à la une © Le Vénusia

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