PROF POUR LA VIE: DES PROFESSEURS EXCEPTIONNELS FONT DE BONS ÉLÈVES

C’est depuis le lycée Paul Eluard, à Saint Denis, que nous proviennent les éléments de ces témoignages. Tariq et Imen se remémorent des modèles de leur adolescence. Des histoires un peu trop banales mais peu racontées. Celles de jeunes élèves en manque de confiance, d’encadrement et de soutien scolaire, face à des instituteurs qui veulent fondamentalement plus que leur apprendre : les aider à s’en sortir.

Lycée Paul Eluard à Saint Denis, ©LCI

Des élèves en manque de soutien souvent en échec scolaire il y en a énormément. Les raisons pour cela sont vastes et complexes, mais parfois il suffit qu’un professeur leur tende la main et leur donne le gout de l’éducation pour les faire revenir sur le droit chemin. Aujourd’hui nous allons découvrir l’histoire d’Imen ; une jeune femme de 29 ans, salariée dans la grande distribution qui est partie à l’école avec de mauvaises cartes en mains. Dès sa tendre enfance en maternelle elle est brimée, punie et rejetée. On la croit paresseuse parce qu’elle ne s’en sort pas. Elle est trop jeune pour expliquer qu’elle a des problèmes de vue. Cela continue au CM1, où on lui dit qu’elle ne deviendra jamais ce qu’elle veut être : médecin. Un rêve d’enfant peut être, mais un rêve déjà brisé. Tout change pour elle en cinquième, où elle rencontre une très jeune professeure de Français, Florence Salé, qu’elle décrit comme :

« lignée de Björk, mèche au niveau de l’œil, marinière, jean Brut Levis avec Doc Martins, je la trouve cool »

Imen

Une professeure qui lui inculque des nouvelles passions comme la lecture et l’écriture. Pour la première fois dans sa scolarité, Imen reste captivée par les mots d’un de ses professeurs et ne se rebelle pas ; elle remarque que ses notes passent dans la moyenne. Professeure Salé lui interdit de s’interdire. Le poids des interdictions, Imen le ressentait à la maison, où on lui inculquait sa place de femme sous le joug des hommes. Elle passe son adolescence comme un oiseau en cage, à qui on donne à manger et à boire, mais qu’on ne le laisse jamais sortir. Plus qu’une éducation, c’est une orientation qu’elle lui inculque. Professeure Salé lui montre un autre chemin, une autre voix.

A la maison on m’a appris qu’une fille ne fait pas ce qu’elle veut et Florence Salé m’a appris qu’une femme est aussi forte qu’un homme et que je ne dois pas laisser le poids de la culture écraser mes envies et mes espérances. Elle m’a appris la liberté de penser.

Imen

C’est aussi ce qu’est arrivé à Tariq. Un jeune homme de 21 ans qui raconte son histoire au Lycée Paul Eluard, et l’effet que Pierre Aurières a eu sur lui. Pierre Aurières est enseignant d’histoire géographie au Lycée Paul Eluard depuis 1991. Bien qu’il n’ait jamais obtenu un diplôme pour être professeur, puisqu’il poursuivait un doctorat en Science Politique, c’est grâce au décret Jospin de 1990 qu’il devient professeur, un peu malgré lui. Il aime dire que c’est un avantage de ne pas avoir était déformé par la formation. En face, Tariq est un jeune homme de Stains, qui préfère suivre l’école buissonnière que d’écouter ses professeurs. C’est à la pré-rentrée qu’il se retrouve fasciné par ce professeur haut en couleur, qui promet à ses élèves un voyage au Guatemala ; un pays que Tariq n’arrive pas à placer car il ne le connait pas.

Là-bas, il aperçoit au bord d’une route un jeune garçon guatémaltèque, à qui il a donné un cahier et des stylos. L’enfant par ce geste s’est mit à pleurer de joie. Tariq se tourna vers son professeur qui lui murmura, « garde toujours cette image en tête ». En rentrant en France, Tariq se mit à travailler, et à ne plus sécher les cours. Avec le temps, ils se sont rapprochés. Un jour Tariq a reçu pour son anniversaire un cadeau du professeur, un livre qui racontait une histoire similaire à la sienne. Ce geste l’a profondément ému.

C’est devenu une sorte de figure paternelle pour moi. Il me trouvait un travail pour l’été, il vérifiait que j’allais en cours. Avec lui, j’avais quelqu’un sur le dos et c’est ce dont j’avais besoin.

Tariq

Le professeur Aurières note qu’il a toujours préféré avoir un rapport d’accessibilité avec ses élèves. Il a été contacté par un ancien élève plus de 20 ans après la fin de ses cours, un élève qui est devenu aujourd’hui un père et un banquier qui lui écrit :

 Tu m’as appris à être un homme et j’ai pris des bonnes décisions en pensant à toi 

nom inconnu

« C’est cette attention qu’il leur a donné qui fait la différence. Il dit voir des individus avant de voir des élèves. Plus qu’un professeur, il est devenu une référence hors milieu familial pour des enfants qui en avaient besoin. » À 21 ans, Tariq poursuit toujours ses études en école préparatoire HEC à Paris. Il ne manque pas de remarquer que sans le professeur Aurières, il ne sait pas ce qu’il serait devenu maintenant ; “il a été extrêmement positif pour moi” ajoute-t-il. Ce n’est pas une histoire simple et prévisible qui se dévoile devant nous aujourd’hui mais une leçon qui mérite d’être répété encore et encore. Il suffit d’un professeur bienveillant pour faire toute la différence dans le monde de jeunes esprits.

Rancic Emil

Source: https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/un-prof-pour-la-vie-1

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