escorts et pandémie: survivre maintenant, avoir peur plus tard

Quand la France se fige en vue de respecter les annonces du Président de la République, les « oubliés » du confinement ne peuvent pas se permettre le télétravail pour vivre décemment. Escorts et travailleurs(ses) du sexe font partie des minorités laissées pour compte dans le grand chamboulement lié à la gestion de l’épidémie.

Plan tiré de The Living End réalisé par Gregg Araki, 1992

Ils/elles (environ 8% d’hommes et 92% de femmes selon un article du Point Les visages de la prostitution en France) sont entre 30 000 et 50 000 en France. Les travailleurs(ses) du sexe sont encore aujourd’hui peu considéré(e)s aux yeux d’un gouvernement qui n’apporte aucune réelle stabilité juridique. Si la profession de « travail du sexe » est reconnue comme activité professionnelle au sens du droit français, d’autres lois qui continuent d’être adoptées restreignent les droits fondamentaux des êtres humains qui la pratiquent. C’est donc sans surprise que des minorités comme les TDS (Travailleurs Du Sexe) se sont vues délaissées par les mesures gouvernementales en regard de la crise sanitaire du Covid-19, fermant ainsi les yeux sur la réalité d’une précarité alarmante.  

S’il n’est pas facile d’avoir 20 ans en 2020, il l’est encore moins pour Lolita, escort à son compte. La jeune étudiante en lettres et langues vit à Bordeaux et gère ses rendez-vous elle-même avec son téléphone. Contrainte de quitter le logement familial et sans aucune ressource, elle est devenue travailleuse du sexe par nécessité. Le confinement de mars dernier, en plus d’avoir réduit drastiquement le nombre de ses clients, a chamboulé ses conditions de travail et sa qualité de vie. « Je me suis dit, peut-être que la prochaine fois ce sera pour moi […] quand tu te retrouves face à un client qui a un rhume, et que tu as besoin d’argent, tu ne peux pas refuser » ; en plus de la peur de tomber malade, Lolita a dû accepter de baisser le prix de ses prestations, une chose qu’elle n’aurait pas fait hors temps de crise. « L’argent a commencé à manquer […], beaucoup voulaient négocier », elle avoue n’avoir pas voulu exercer son métier d’escort pendant le confinement, avant de se résoudre à rejoindre des clients au risque d’être contrôlée et verbalisée. « Le Covid, ils s’en fichaient, j’ai essayé de mettre en place des gestes barrières […] c’est vraiment profiter d’une situation de faiblesse » : les clients de Lolita pendant le confinement préféraient oublier l’existence du virus, et beaucoup n’ont pas voulu respecter les mesures qu’elle souhaitait mettre en place comme la désinfection des mains ou le refus du baiser sur la bouche.

Des associations comme le Syndicat du Travail Sexuel (STRASS), dont le siège se trouve dans le 18ième arrondissement à Paris, ont mis en place des aides pour ces minorités invisibilisées, financières mais pas seulement. La plupart des travailleurs(ses) sexuel(le)s n’étant pas déclaré(e)s, le STRASS publie sur son site internet des informations importantes quant aux droits et aux démarches possibles au regard de la loi et y encourage notamment les TDS à se déclarer. Sur leur site, on trouve la Déclaration et manifeste européens des travailleurs(ses) du sexe ; une déclaration ratifiée par 200 travailleurs(ses) du sexe lors de la Conférence Européenne du Travail Sexuel, des Droits de l’Homme, du Travail et de l’Immigration qui s’est déroulée en 2005 à Bruxelles. Le fait que le STRASS, un syndicat crée par les citoyens et les TDS eux-mêmes, doive aujourd’hui exister pour venir en aide à des minorités souligne le manque crucial de reconnaissance et de soutien de la part de l’Etat français. La crise sanitaire serait l’occasion pour ce-dernier de repenser la place du travail du sexe dans la société, sans stigmatisation et avec humanité.

Depuis la sortie du confinement, Lolita a repris progressivement son activité à un rythme normal mais déplore l’absence de considération envers les TDS pendant cette période trouble ; « on participe quand même à la vie de la société, donc une aide aurait permis de pouvoir rester chez nous, de subvenir à nos besoins, sans avoir le stress de comment on va manger demain ».

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