Les invisibles de la Pitié Salpêtrière

En pleine épidémie de Covid, l’émission Les pieds sur Terre a recueilli les témoignages de 3 travailleurs de l’ombre qui sont en première ligne pour combattre le virus.

La crise du Covid-19 a changé l’image que l’on a de certaines professions. Elle a fait surgir au grand jour des métiers méconnus, dévalorisés ou encore sous-estimés qui participent à leur échelle au bon fonctionnement des services hospitaliers. Des hommes et des femmes qui apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des rouages essentiels de la vie du pays. Des menuisiers, des jardiniers, des standardistes en passant par des aides-soignantes, ces professions modestes ont été percutés de plein fouet par l’épidémie. 

Alors qu’une récente enquête de l’ordre national des infirmiers illustre le mal-être des soignants et leur incertitude quant à leur avenir professionnel, le plus grand hôpital d’Europe œuvre chaque jour dans la lutte contre l’épidémie de Covid grâce notamment à ses hommes de terrain qui ont des fonctions bien différentes. 

Travailler en temps de coronavirus

L’établissement hospitalier qui s’étend sur 33 hectares formant une ville médicale en plein Paris, emploie 9000 personnes dispersées dans un labyrinthe de 95 bâtiments et ses 17 kilomètres de galeries auxquels seuls les employés du service technique ont accès. C’est le cas de Philippe, responsable des services techniques à la charge de 127 personnes. Il s’occupe principalement de toute la partie maintenance à laquelle s’ajoutent des missions de plomberie, de chauffage et de téléphonie. Philippe est l’homme à tout faire qui veille au fonctionnement de l’hôpital en permanence : « Je fais ma journée traditionnelle et après ma journée j’ai mes deux téléphones sur moi. Je suis joignable 24/24. » raconte-t-il au micro de Stéphanie Thomas de France Culture.

Le documentaire d’Isabelle Wekstein et Oliver Taïeb nous plonge dans le quotidien des soignants et des travailleurs de l’ombre en pleine crise sanitaire à l’hôpital parisien de la Pitié Salpêtrière. © Youtube

Le Covid, en plus d’avoir bouleversé l’organisation du travail( transformation des services traditionnels en unité covid, mise en place d’une signalétique, blocage des ascenseurs, aération des chambres), a touché 24% de ses équipes. Par chance, le maître mot de cette crise sanitaire sans précédent a été la solidarité. Philippe raconte ce jour où les soignants sont venus offrir des chouquettes au service technique pour les remercier :

« C’est une petite attention qui marque et à laquelle on n’aurait pas pensé. »

Philippe, responsable des services techniques

Mais, le plus difficile pour certains employés a été le changement des rapports humains. Boye, aide-soignante raconte que le contact humain n’est plus le même : « Devoir s’habiller en cosmonaute, porter des lunettes et des masques, ça a été très dur » affirme-t-elle.

Pour d’autres professionnels de santé, la période de la première vague a été très éprouvante sur le plan physique et psychologique.

Au sein de l’unité de réanimation de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, une technique de circulation extracoporelle (ECMO) est utilisée pour les patients en situation critique.© Eric Dessons/ JDD

Fabrice, infirmier perfusioniste à la Pitié Salpêtrière depuis 2014, décrit une ambiance très lourde avec des services saturées, une demande croissante d’assistance respiratoire, le dilemme de faire des choix sur des patients et l’implication jour et nuit des soignants au détriment de la fatigue :

« On a fait des semaines de 6 jours sur 7 avec 1 jour de repos. On enchaînait puis on reprenait lundi ».

Fabrice, infirmier cardio perfusioniste

L’amour du métier 

Chacun à leur poste, ces travailleurs de l’ombre mettent toute leur énergie au service des autres. Véritables remparts de l’hôpital pour faire face à cette crise, ils se relaient jour et nuit dans cette course contre la montre.

Boye, 45 ans travaille au service réanimation depuis 8 ans. Après des débuts en tant qu’agent hospitalier, elle passe le concours d’aide-soignant pour faire de sa passion son métier. Ce qui lui plait dans son travail, c’est cet esprit relationnel qui la lie aux patients :

« A l’hôpital, j’oublie mes problèmes et tout ce qui m’entoure. Je suis là pour mes patients. »

Boye, aide soignante

Son quotidien est rythmé par des soins d’hygiène et soins de confort aux personnes intubées afin que leur séjour soit le moins difficile possible. Malgré ses 17 ans d’ancienneté, elle ne gagne que 1700 euros net par mois et appelle à ce que le gouvernement revalorise « toutes les petites mains de l’hôpital ».

Malgré une valorisation salariale inexistante, la passion du métier est plus forte que tout. Le manque de moyens, de structures adéquates pour les patients et les séquelles du personnel suite à la première vague ou à d’autres catastrophes telles que Charlie Hebdo ou le Bataclan, sont des préoccupations centrales pour les soignants et les non-soignants. Mais, le sentiment d’être utiles auprès des autres leur permet de passer outre les difficultés du quotidien et donne du sens à leur profession. Le témoignage de Fabrice, ancien agent comptable devenu infirmier perfusioniste en atteste:

« J’adore ce métier malgré des astreintes de 25 heures: je pense que je suis vraiment à ma place »

Fabrice, infirmier

Aujourd’hui, l’épidémie de Covid a causé plus de 49.232 décès en France avec encore 4438 patients en réanimation à ce jour. Grace à la mobilisation sans faille de l’ensemble des personnels, la circulation du virus semble perdre en intensité mais les conséquences psychologiques et psychiques demeurent. Beaucoup d’entre eux démissionnent ou changent de service par peur d’une nouvelle flambée épidémique aux conséquences désastreuses ou simplement par peur d’être impuissants face à la détresse humaine.

Ashley Nichols

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