Ema (2020) : prometteur au debut, decevant jusqu’a la fin

Saturé de couleurs brillantes et de rythmes reggaeton, le dernier projet de Pablo Larraín (Jackie (2016), Neruda (2016)) nous fait plonger dans un portrait inédit : féminin, contemporain, urbain et aussi chilien. Malgré son esthétique éblouissante, c’est plutôt la brume grise flottante tout au long du film qui reflète l’histoire derrière.

Ema danse avec les membres de sa compagnie dans le film Ema (2020). © Productora Fabula

Ça part en feu. Ema est jeune et danseuse professionnelle, déjà mariée à son chorégraphe Gastón. Le fils violent que ces deux-là avaient adopté ensemble se retrouve ré-abandonné auprès de l’agence d’adoption. Ainsi commence ce film original qui tourne autour des jeux de pouvoir, de l’identité féminine (et masculine), de la maternité, la sexualité, y claro la pyromanie.

La prémisse de ce película est donc assez intéressante, mais il s’avère une tentative malheureusement ratée. Il semble élaborer un jeu psychologique qui ne se ressentira jamais pleinement.

Au début, les deux personnages principaux sortent de l’ordinaire, mais petit à petit ils sont révélés plein de clichés. Ema, c’est une jeune femme androgyne pour qui chaque rencontre est une nouvelle opportunité de manipuler l’autrui du regard. Chaque moment est pour elle un vide à remplir avec sa sensualité, représentée par sa connexion avec le reggaeton. Son mari, Gastón, est un chorégraphe beaucoup plus âgé, subtilement efféminé, classiste, et infertile. Moins puissant malgré son titre, moins sexuel malgré son savoir-faire, il blâme sa femme éloignée pour le destin malheureux de leur fils déserté.

En effet, chacun représente une défaillance par rapport à son genre, en plus en tant que couple.

Ema et Gastón se fixent dans le film Ema (2020). © Productora Fabula

L’insistance sur cette relation empêche le film de s’épanouir. Les critiques venant de Gastón par rapport à Ema en tant que mère, ainsi que femme, ont été arrachées du cahier d’un lycéen qui vient de découvrir l’analyse freudienne. Ema paraît ni détachée vis-à-vis de ses remarques, ni vraiment attachée à leur relation. L’opposition binaire entre les deux personnages reste toute rigide, et les conversations stériles en résultant prennent beaucoup trop de place dans le récit.

Les motivations respectives de Gastón et Ema sont censées catalyser le chaos du film. Pourtant, l’intérieur de chacun reste dans l’ombre : vide et flou. Toute action radicale qu’ils puissent faire est ainsi dérobée de presque toute signification, surtout dans le cas d’Ema. Le spectateur perd ses repères en essayant de suivre l’évolution du film. Ce dernier tente en se dispersant de se construire en même temps.

Ema danse toute seule au bord de la mer dans le film Ema (2020). © Productora Fabula

Plusieurs aspects du film demeurent sous-développés en comparaison avec la relation entre Ema et Gastón. Il y a d’abord la relation entre Ema et sa sœur qui a été violemment mutilée. Cette dernière disparaît au cours du film, sauf pour quelques minutes d’échange. L’enfant incarne le stéréotype d’un orphelin sans mère devenu psychopathe, sans le moindre effort pour complexifier son rôle. La sœur et le fils se trouvent au cœur du conflit central du film, mais sont à peine mobilisés pour enrichir l’histoire. C’est probablement parce que cette dernière est déjà trop compliquée par des éléments moins importants. 

Les femmes de Much Loved (2015) ensemble. © Pyramide Films

C’est à la mode d’oser mettre à l’écran des personnages féminins hors normes qui expriment ouvertement leur sexualité. Par contre, s’il y a que des hommes dans l’équipe, ces personnages risquent d’être mal écrits. Parfois c’est pratique de travailler sur son scénario autour d’une femme à l’aide de quelques femmes. Afin de créer Much Loved (2015), par exemple, réalisateur Nabil Ayouch a décidé de faire tout un travail sociologique. Dans ce film aussi controversé que récompensé, il a réussi à évoquer des personnages féminins ambivalents, sans nous faire perdre le fil. Ambitieuses et fainéantes, passionnées et perdues, les femmes de Much Loved se situent à la fois dedans et en dehors du regard masculin dominant. Et cela est grâce à l’intervention des femmes concernées sur la rédaction du scénario.

L’attention apportée à la cinématographie de Ema – avec ses textures, couleurs, et lumières aussi singulières que séduisantes – aurait dû être appliquée au travail du scénario. Il y a plein de potentiel dans ce film rempli de symbolisme et de contrastes. Mais parfois plusieurs fils forment juste un grand nœud, ou encore pire, un grand vide au milieu.

– Sam Gabbert

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