« The House that Jack Built » : white male fragility ?

En 2018 sortait le dernier film de Lars Von Trier, The House that Jack Built, une satyre violente sur l’art et la morale. Démesuré ou génie incompris, le film divise sans surprise.

The House that Jack Built est une farce aux dépends du festival de Cannes, aux dépends des femmes, et aux dépends des artistes. Dépassée la farce, y a t-il quelque chose de plus profond derrière la violence insensée du personnage principal, Jack (Matt Dillon) ? A-t-on envie de faire l’effort de dépasser la violence absurde de ce film pour découvrir, peut-être, une réflexion plus profonde ?

Jack est un ingénieur qui se veut architecte. Il a une enfance heureuse où il torture des canaris mais ne passe jamais à l’acte ultime du meurtre avant l’âge adulte. Un jour, une auto-stoppeuse blonde (Uma Thurman) le pousse au crime. En effet, elle décrit en grand détail comment Jack, qui ressemble à un serial killer dit-elle, pourrait la tuer. La tentation est trop forte, un coup de molette dans le visage et Jack la fait taire. Toutes les femmes du film seront écrites pour être aussi stupide, façon slasher movie des années 80. Cette scène initiale nous rappelle tout ce qui fait le cinéma de Von Trier : la violence, la caméra épaule, et la dégradation des femmes. De ce premier « incident » découlent tous les autres meurtres du film, que Jack tente de faire passer pour de l’art dans une longue discussion philosophique avec le génial Bruno Ganz en voix off.

Lars Von Trier est connu pour ses provocations cinématographiques. Le sexe, la nature imbécile de l’Homme, la violence… Rien n’est tabou pour le réalisateur danois. Après avoir déclaré « comprendre Hitler » au festival de Cannes en 2011, il arbore fièrement son nouveau titre sur un t-shirt : Persona Non Grata. Attaque de la liberté d’expression, bourgeoisie moralisatrice… Lars Von Trier est victime selon lui d’une société incapable de regarder ses propres contradictions en face. Lars Von Trier est un Génie Incompris, et le personnage de Jack est écrit à son image.

© Les Films du Losange

Certains critiques ont défendu le second degré génial du film, comme s’il justifiait d’un quelconque recul que le réalisateur aurait vis à vis de ses propos problématiques. Après tout, Lars Von Trier se moque de son personnage, qui est vain, dramatique, et un peu maladroit. Par exemple, Jack a un trouble obsessionnel compulsif. Après avoir commis un meurtre mémorable, mais surtout incroyablement laborieux, il se met à nettoyer la scène du crime comme s’il faisait son ménage de printemps. Jack va pour disposer du corps, mais prit de doute, revient sur ses pas et passe à nouveau tous les éléments du décors au peigne fin, au cas où des gouttes de sang auraient éclaboussé le papier peint derrière ce tableau bucolique dans le coin de la pièce. Nous sommes soudain face à un personnage comique, avec des défauts ridicules et charmants qui causeront probablement sa perte. Viendrait-t-on de s’identifier au personnage ? Si Von Trier se moque de son personnage, il se moque surtout de nous, ses spectateurs naïfs. Et puis il y a les autres personnages du film. Comme Lars Von Trier aime les écrire, les personnages secondaires, surtout les femmes, sont tou.te.s idiot.e.s. Serait-ce une métaphore de Lars Von Trier sur la Croisette ?

La maison de Jack © Les Films du Losange

L’interlocuteur de Jack est son unique égal intellectuel dans le film : une espèce d’ange sorti de la Comédie Divine nommé Verge, Bruno Ganz donc, qui lui donne plus d’attention qu’il ne le mérite. Jack est persuadé d’être un artiste. Le film l’accompagne dans son délire et devient un catalogue de références artistiques. Le radeau de la Méduse de Géricault, Glenn Gould, la Divine Comédie de Dante, The Chinese Bookmaker de Cassavetes… Parmi les maîtres, Lars Von Trier s’auto-cite allègrement en glissant ses propres films dans le montage d’images d’archives qu’il parsème tout au long du film. On comprend bien sûr que les prétentions artistiques de Jack sont un prétexte pour parler de la morale et de l’art. Jack « construit » une maison sur la destruction de la vie, et Lars Von Trier pose la question : qui a le droit de dire ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas ?

Le film a donc fait sensation, et pas nécessairement pour les meilleures raisons, mais il a tout de même trouvé son audience. Au final, le plus terrifiant n’est pas que Lars Von Trier ait écrit un serial killer à son image, mais qu’autant d’hommes blancs se soient identifiés à lui.

Emma Loiret

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