Making Art Public : un projet ambitieux raté

L’exposition Making Art Public célèbre les 50 ans de l’organisation Kaldor Public Art Projects. Une installation australienne peu prometteuse qui renferme l’art public dans un musée fermé.  

De gauche à droite : John Kaldor, Michael Landy et l’artiste David Capra. ©LOUISE KENNERLEY

L’exposition en valait-elle vraiment la peine ? Depuis un demi siècle, l’organisation Kaldor Public Art Projects initie des projets révolutionnaires dans des espaces publics, avec l’aide d’artistes du monde entier. Pour ses 50 ans, l’artiste Michael Landy a créé la 35ème installation de Kaldor Public Art Projects : Making Art Public. L’exposition se trouve à la galerie d’art de Nouvelle-Galles du Sud, située à Sydney, en Australie. Landy y a représenté des projets iconiques sous forme de reconstructions, photos et documentations. Ces dernières sont dans des boîtes d’archives géantes qui font la taille de petites chambres. 

Le spectateur, en descendant dans le sous-sol du musée, est face à un océan de 34 grandes boîtes éparpillées dans un espace blanc. Numérotées de 1 à 24 de façon chronologique, ces boîtes ne sont pas placées dans l’ordre pour éviter une trajectoire linéale. Cependant, d’un point de vue pratique, le visiteur se sent désorienté : « faut-il suivre la numérotation même si c’est dans le désordre ? Où est le numéro 2 ? » 

Un exemple de boîtes de l’exposition. ©JENNI CARTER

Dans les boîtes, on retrouve comme prévu des archives : photos, lettres officielles, schémas, dessins d’intentions, demandes d’autorisation… Néanmoins, après avoir vu des morceaux de tissus utilisés pour recouvrir la côte australienne pour le projet Wrapped Coast, on se questionne sur le but de l’installation. Puisque l’art public est éphémère, il faut peut-être y être sur place et voir l’oeuvre en vrai pour vraiment comprendre son impact esthétique et intellectuel. Une fois le projet terminé, on ne peut plus le recréer, ni recréer sa puissance émotionnelle, d’où peut être ce manque d’explications dans cette exposition. Si on prend cette perspective là, on ne trouve aucun but à l’exposition. Finalement, peut-être que l’art public est une oeuvre d’art « qui est » et pas forcément « qui signifie ». C’est-à-dire qu’il n’a pour seul but que l’aspect esthétique, spectaculaire, de l’art pour l’art. Mais dans le contexte de cette exposition, ces oeuvres ne sont pas et ne signifient pas, puisqu’elles ne sont pas présentes. En les regardant, on se sent très à l’écart de l’installation, comme si ça ne nous était pas destiné.

Le projet Wrapped Coast (1969) représente Little Bay enveloppée de plus de 90 000 mètres carrés de tissu. ©ELLEN WAUGH

Making Art Public ne fonctionne pas comme oeuvre artistique, ni comme exposition d’art. Ce 35ème projet de Kaldor Public Art Projects tente de renfermer l’art public dans un musée fermé, ce qui est assez ironique. De plus, en tant qu’exposition, ce projet n’est pas efficace non plus. Il est plutôt présenté comme une liste de projets réalisés par le collectif, sans pour autant mettre en avant un aspect artistique, esthétique ou conceptuel de l’art public. Le visiteur ressort du musée sans avoir une vision différente de ce qu’est l’art public, sans avoir éprouvé aucune émotion, à part de la déception peut-être. Les grands noms comme Jeff Koons, Bill Viola ou encore Marina Abramovic n’ont pas réussi à sauver l’exposition. En fin de compte, le projet devient plutôt une publicité pour le collectif qu’un lieu de culture. 

Luna Perruchi

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