Huit salopards et un ennui infini

Le film, sorti sur les écrans français le 6 janvier 2016, oscille entre trop et pas assez et se convertit ainsi en l’œuvre la moins réussie de Tarantino.

Après deux derniers longs-métrages encensés par la critique, le huitième film du cinéaste déçoit. Les Huit salopards, qui dure 2h40, prend une heure entière à présenter le décor. Ce n’est que lors des trente dernières minutes que le récit devient mouvementé ! C’est long, c’est lent, et on sent le temps passer.

Le casting laissait pourtant présager un nouveau chef d’œuvre. Kurt Russell, Samuel L.Jackson, Tim Roth ou encore Michael Madsen. Toutes ces stars du cinéma nous offrent un jeu impeccablement maîtrisé. Mais le manque de rythme a eu raison de la réalisation. Les personnages sont présentés à outrance au sein de portraits. Ils ne nous laissent donc pas l’occasion de les découvrir dans l’intrigue par nous-mêmes. Le scénario a malgré tout tout pour lui. Les dialogues nous resituent historiquement juste après la guerre de Sécession. L’opposition idéologique entre nordistes et sudistes est d’ailleurs parfaitement représentée. Elle fait peut-être même un peu trop voir à quel point certains points de vue sont encore très actuels aux Etats-Unis.

Le Major Marquis Warren, incarné par Samuel L.Jackson dans Les Huit salopards ©The Weinstein Company

Ce sont cependant ces mêmes dialogues qui, omniprésents et interminables, laissent peu de place à l’action. Comme à son habitude, Tarantino nous offre un recueil de violence et de sanguinolence. Malheureusement pour nous, leur dosage est cette fois-ci beaucoup trop fort. On en vient à questionner leur utilité au sein du script. Les insultes, la vulgarité et la haine raciale sont plus présentes que jamais. Et à leur apogée. Une fois encore, elles ne sont pas maîtrisées et sonnent finalement creux. Cette dernière sortie ne serait-elle finalement qu’un défouloir pour le réalisateur ?

C’est donc un raté pour Tarantino qui s’essayait ici au genre Western dont on le sait si passionné. Ce huis-clos nous enferme sans laisser aucune porte de sortie. Les flashbacks incessants font, eux, perdre le fil. Et les différentes références à Sergio Leone n’ont pas réussi à rehausser le tout. Nous sommes ainsi bien loin de Django Unchained ou Inglorious Basterds.

Les Huit salopards en plein tournage, 2015 ©SND

Les Huit salopards ont au moins le mérite de regrouper 3 films en un. Un début aussi lent et philosophique que The tree of life de Terrence Malick. Une fin aussi rapide et sanguinolente que le Sweeney Todd de Tim Burton. Et enfin un développement imprégné de calme sous forme de huis-clos à la Reservoir Dogs, dont l’auteur n’est autre que Tarantino. On pourra tout de même noter que les prises de vue sont souvent époustouflantes. La neige à perte de vue aurait sûrement pu avoir plus de place dans le récit. Ennio Morricone signe de plus une nouvelle bande son irréprochable. Rendez-vous donc pour un neuvième long-métrage…que l’on espère cette fois-ci tonifiant.

LPJ

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