Miriam Makeba: « Je ne fais pas de politique, je dis la vérité. »

Auteure du célèbre morceau « Pata Pata » et première femme noire à obtenir un Grammy Award en 1965, Miriam Makeba n’est plus à présenter. C’est en 2008 à Castel Volturno que l’icône internationale apparaitra pour la dernière fois sur scène. Elle s’effondrera peu après son dernier concert, victime d’un infarctus à l’âge de 76 ans. Sud-Africaine d’origine, naturalisée guinéenne puis algérienne, celle que l’on surnomme la « Mama Africa » aura fait trembler l’Apartheid en chantant la libération des noirs et en se battant sans relâche pour la justice et l’égalité.  

Grand Gala du Disque Populaire in Congrescentrum. Miriam Makeba©wikipedia

Née le 4 Novembre 1932 à Johannesburg d’une mère Swazi et d’un père Xhosa, Makeba grandit dans le quartier ségrégué de Sophiatown. Elle commence à chanter très tôt dans la chorale de son école et est rapidement remarquée grâce à ses qualités vocales. Elle devient vocaliste de profession en 1954 et devient choriste pour des groupes populaires tels que les Cuban Brothers, les Manhattan Brothers ou encore The Skylars. En 1959, alors qu’elle se trouve en Italie, elle est bannie d’Afrique du Sud à cause de sa participation au tournage clandestin du film documentaire de Lionel Rogosin, Come back Africa. Elle ne pourra y retourner qu’en1990. Elle séjourne brièvement à Londres, à Paris, et à Venise avant de s’installer aux Etats-Unis auprès de son mentor, le chanteur Harry Belafonte. La musique de Makeba est un mélange de Jazz américain et d’airs traditionnels. La diversité linguistique de ses morceaux la distingue des autres artistes de l’époque. Elle chante en Xhosa, en Zoulou, en Anglais, en Français ou encore en Tswana et se sert de sa célébrité pour critiquer l’Apartheid.

Miriam Makeba au festival de Jazz à Cape Town©Youtube

Elle joue dans des clubs et des bars à New York, la ville où l’on milite la journée et où on écoute du jazz la nuit. Au micro de France Culture, Elaine Mokhtefi, se souvient de la première fois qu’elle a vu Miriam Makeba chanter : « Cette voix inouie, elle avait 2 ou 3 voix ! (…) Elle était une très belle femme (…) Elle chantait des chansons de la libération et du monde. » Mais la « Mama Africa » ne fera pas que chanter.

Miriam Makeba©bloomsbury popular music

En 1963, elle intervient à l’Organisation des Nations Unies pour demander la fin de la politique d’apartheid en Afrique du Sud: « Makeba ne cessera de prononcer des discours anti-apartheid et d’appeler au boycott du régime sud Africain en vigueur devant les Nations-Unies. (…) » écrit le journal Nofi. « Ses mélodies envoutantes et touchantes prônent la tolérance et la paix. (…) Dans ses chansons, pas d’amertume mais une dignité à toute épreuve. »

C’est très courageux. Elle aurait pu se contenter de faire danser les gens ! 

Patricia Essong

Grâce a ses tournées, la militante panafricaniste va parcourir le monde en ne cessant de prôner la valorisation des cultures africaines sur la scène internationale. En 1968, elle épouse Stokely Carmichael, un des leader des Black Panthers et proche de Martin Luther King. Ses contrats sont rompus et ses concerts sont annulés, mettant un coup d’arrêt brutal à sa carrière de chanteuse aux Etats-Unis.

La différence entre l’Afrique du Sud et les Etats-Unis est très légère. Les Sud-Africain admettent ce qu’ils sont…

Miriam Makeba

Makeba et son mari s’exilent donc en Guinée, où elle continuera de participer à de nombreux festivals qui marqueront sa carrière et renforceront ses engagements politiques: « En 1969, elle se présente au Festival panafricain d’Alger (…) Sa présence, très appréciée, est un symbole fort de son positionnement en faveur d’une Afrique unie contre l’idéologie impérialiste coloniale. En 1972, elle chante à Cuba puis à Berlin Est lors du Festival mondial de la jeunesse (…) Au Nigéria, elle participe au Festival des Arts et de la Culture du Monde Noir (FESTAC), organisé à Lagos en 1977 (…) » (Cairn Info).

L’art a toujours été pour Miriam Makéba, un moyen d’unifier les peuples, un vecteur de paix. Le chant représentait le vaisseau de son message contre le mépris d’autres cultures, la répression et l’humiliation des peuples. Sa musique a traversé les frontières en faisant connaitre la culture Africaine, tout en y dénonçant les systèmes politiques inégalitaires. A la fois militante, chanteuse, ambassadrice et activiste, Miriam Makeba a su s’établir en icône de la lutte raciale internationale et s’ériger en véritable modèle pour le peuple africain.

Image de couverture : Miriam Makeba©le ticket mode

Océane H.

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