BASQUIAT : LE GÉNIE FULGURANT

« Je rature des mots, afin qu’on les perçoive mieux : c’est justement parce qu’ils ont été brouillés qu’on veut les voir. » Une icône New Yorkaise et une superstar internationale, dans les années 80, Jean Michel Basquiat marque le milieu de l’art comme personne ne l’avait fait avant. Graffeur New Yorkais, puis artiste Neo-Expressionniste reconnu, il est aujourd’hui une référence pop mais aussi un exemple pour la culture hip-hop, cité par des rappeurs légendaires comme Jay-Z (qui lui fait honneur dans plusieurs de ses chansons) ou Kanye West.

« Son style, son look c’est pas Jean Paul Gauthier hein. Un peu punk, un peu hip hop, un peu Jean Michel quoi. Comme dans la peinture, il mélangeait toutes les influences. » Stephen Torton © Street Art à New York

C’est sa mort à l’âge de 27 ans qui l’élève au rang de légende. Jean-Michel Basquiat incarne le mythe de l’artiste torturé mort trop tôt mais qui restera jeune à jamais. Ses œuvres se vendent à des millions de dollars et sont parmi les plus chères aux enchères. Basquiat dépasse les 50 millions aux enchères pour la première fois en 2016 avec un “Sans Titre” datant de 1982, vendu pour 57,3 millions de dollars à un milliardaire Japonais. Un an plus tard, le même acheteur bat de nouveau les records en achetant un autre “Sans Titre” pour 110,5 millions de dollars. En plus de battre le record de l’œuvre la plus chère de Basquiat, la vente est également la plus chère de tous les artistes américains, la plus chère d’un artiste noir et la première œuvre d’art de 100 millions de dollars US créée après 1980. Aujourd’hui, Jean-Michel Basquiat atteint des millions de gens grâce à son art et ce plus de 25 ans après sa mort.

Basquiat est né dans une famille de classe moyenne à Brooklyn. Son père est haïtien et assez strict. Sa mère, dont les parents étaient portoricains, est née à Brooklyn. Ses parents se séparent quand il a sept ans et lui et ses sœurs vivent avec son père. Sa mère, dont il est très proche, est internée dans un hôpital psychiatrique lorsqu’il a 11 ans. Elle est celle qui l’avait initié à l’art dès son plus jeune âge en l’emmenant au MoMA (Museum of Modern Art) à Manhattan ou encore au Guggenheim de New York. Al Diaz, meilleur ami d’enfance de Basquiat, décrit le père de Jean Michel comme étant un père qui ne voulait pas que son fils soit ce qu’il était. « Ce n’était pas vraiment ses choix de carrières mais un tout. Son look, ses fréquentations, sa vie, c’était tout sauf ce qu’il aurait voulu pour son fils. »

Jean-Michel Basquiat, New York, 1985 © Evelyn Hofer / Getty Images

Sa carrière commence alors très jeune. Basquiat gagne en notoriété grâce à ses graffs, qu’il fait avec Al Diaz. Ce dernier dit de Jean Michel qu’il n’était pas un graffeur mais qu’il s’y est pris très facilement. À l’époque, Basquiat et Al Diaz signent leurs graffs par le pseudonyme « SAMO », contraction de « Same Old shit » en français « toujours la même merde » voulant dire « rien de nouveau ». Pour eux, « SAMO » représente « la fin des religions qui nous lavent le cerveau, des politiques qui mènent nulle part et des philosophies bidons ». Basquiat s’impose ensuite comme artiste solo sur la scène artistique new-yorkaise des années 1980, s’appropriant la toile et laissant derrière lui les murs.

« Ses yeux te traversaient. Au même moment, tu as l’impression qu’il regarde à travers toi, qu’il ne te voit même pas et tu as aussi l’impression qu’il te voit mieux que personne. Il était très contradictoire. Il était doux, fermé mais très accueillant et gentil. À la fois très sûr de lui et très timide. Dans le regard, c’est la même chose, il était fermé et ouvert. » Stephen Torton

Lorsqu’il n’était pas en boîte, Basquiat travaillait dur et peignait sans cesse. Il crée ses œuvres les plus reconnues entre 1981 et 1982. C’est aussi la période pendant laquelle il acquiert une richesse qui l’élève socialement. Il se lie d’amitié avec Andy Warhol à qui il vend des cartes postales lors de leur première rencontre et avec qui il finit par collaborer en 1984-1985. Pour Lee Jaffe, peintre et ami de Basquiat, on essaie de tisser ce mythe sur le bon sauvage devenu riche alors qu’il ne venait pas d’une famille pauvre. C’est lorsqu’il fugue à plusieurs reprises et vit dans la rue très jeune qu’il découvre la pauvreté. « Basquiat ne vient pas d’une famille pauvre. Son père a étudié à l’université et travaillait dans une banque. Lui a étudié dans une école privée. Mais il a choisi de commencer son art dans la rue. Toutes ses œuvres parlent de ça. De ces deux mondes. C’est très politique. Son travail parle de cette différence entre les riches et les pauvres. »

« Jean-Michel, c’est mettre une veste à 3000-4000 dollars et aller dans son atelier et mettre de la peinture dessus. Lui il s’en fiche de tout ça. » Toxic

On dit de Basquiat que son portfolio représente le travail de toute une vie alors qu’il n’a vécu que jusqu’à l’âge de 27 ans. Comment expliquer son catalogue si conséquent ? Son ami d’enfance, Al Diaz, explique que c’est l’héroïne. « On prenait de la drogue pour pouvoir travailler plus. C’était l’huile du moteur. On ne pouvait pas travailler autant sans. Le but n’était pas d’être stone, c’était de travailler. On avait un rythme dingue de 16h par jour minimum, tous les jours. » Basquiat est mort d’une overdose le 12 Août 1988.
Quand on lui demande ce que Jean-Michel doit à New York, Stephen Torton, son assistant, répond qu’il ne doit absolument rien à New York, au contraire. « Il est New York. Il incarne New York, a motivé New York, a inspiré New York. Il a représenté et peint New York, il a survécu New York. Il est synonyme de New York quelque part. »

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