Victoria woodhull : une femme à la maison blanche ?

Passionnée de sport automobile, elle meurt en 1927 d’une sortie de route. Il faut dire aussi que sa vie avait commencé par pas mal de faux départs, et avait connu de nombreux virages en épingle. Dont celui d’être la première femme à se porter candidate à la présidence des États-Unis. C’était en 1872.

Victoria Claflin nait en 1838. Avec un père escroc, une mère serveuse/voyante, et une dizaine de frères et sœurs, elle semble très loin d’une carrière politique. Mariée à 15 ans à un alcoolique de deux fois son âge (monsieur Woodhull), elle devient mère d’un enfant atteint d’un handicape mentale, avant de tout quitter à 19 ans, pour devenir medium avec sa sœur. Rien à voir avec le parcours d’Hillary Clinton donc.

Elle revendique le droit des femmes de quitter leur mari, et de prendre des amants au même titre que les hommes : c’est l’amour libre.

À cette même époque, Victoria prend à cœur les revendications féminines, qu’elle commence à défendre avec ferveur lors de ses conférences sur le spiritisme. Et c’est au cours de l’une d’elles qu’elle rencontre un colonel vétéran, James Harvey s, autrement nommé Mari numéro deux. À travers cette relation d’abord extra conjugale, elle revendique le droit des femmes de quitter leur mari, et de prendre des amants au même titre que les hommes : c’est l’amour libre.

De cet amour libre, elle fera l’un des grands préceptes de sa campagne, quelques années plus tard. La suite de son ascension, la voici : en 1968 à New York, elle rencontre un riche homme d’affaire très enclin au spiritisme. Grâce à lui, elle devient, avec sa sœur, la première femme agent de change à Wall Street, et commence à écrire pour le New York Tribune, puis le New York Herald. Elle fonde également son propre magazine, Woodhull and Claflin’s Weekly (elle y publiera la première version américaine du Manifeste du parti communiste, de Engels et Marx).

Une édition du Woodhull and Claflin’s Weekly annonçant la candidature de Victoria aux présidentielles – ©Victoria Woodhull.org

Et c’est dans les colonnes du New York Herald qu’elle scelle son destin politique en annonçant deux ans plus tard, en 1870, sa candidature aux élections présidentielles de 72. Une annonce assez polémique, encore aujourd’hui, puisque qu’elle n’avait pas à l’époque l’âge requit de 35 ans, mais seulement… 34 ! Dire qu’elle était avant-gardiste serait presque un euphémisme, puisqu’elle se présente presque 50 ans avant le droit de vote des femmes.

En 1871, elle revendique le droit de vote des femmes devant la Chambre des représentants – ©Library of Congress

Au sein du « Equal Right Movement », elle défend l’égalité entre les hommes et les femmes, mais aussi l’égalité entre les noirs et les blancs. Elle se présente (semble-t-il, même si certaines sources affirment que rien de certifie ce détail) avec Frederick Douglas, ancien esclave abolitionniste comme vice-président Elle tient des propos assez libertins pour l’époque, qui lui vaudront des surnoms tels que Madame Satan ou « Wicked Woodhull », à savoir Woodhull la malfaisante. Elle demande notamment la légalisation de la prostitution, des réformes vestimentaires, et rejette les conventions du mariage.

Une caricature de Victoria Woodhull, diable qui attire les gens loin des vertus du mariage avec son “amour libre” – ©Library of Congress.

Malheureusement, elle est arrêtée quelques jours avant l’élection pour obscénité, après avoir dénoncé l’hypocrisie d’un prêtre en l’accusant d’adultère. Prêtre qui, bien sûr, s’indignait contre le précepte de l’amour libre, selon lui dangereux pour la famille et la religion. Ainsi, les bulletins à son nom ne sont pas comptabilisés, et encore aujourd’hui personne ne connait le score de cette pionnière.

“Si vous réunissez les gênes de Hillary Clinton, Madonna, Heidi Fless et Margaret Thatcher, vous pourriez obtenir quelqu’un comme Victoria Woodhull”

Atlanta Journal & Constitution – ©Victoria Woodhull.org

Légèrement écœurée par ces évènements, Victoria finit par quitter les États-Unis pour l’Angleterre, où elle rencontre Mari numéro trois. Dernier grand tournant de sa vie, elle épouse le richissime banquier John Biddulph Martin, dont elle deviendra la richissime veuve quelques années plus tard. Là-bas, elle se convertie au catholicisme, retrouve une vision plus traditionnelle du mariage et va même jusqu’à renier tout ses propos sur l’amour libre.

Elle meurt en 1927, alors qu’elle se bat encore pour le droit de vote des femmes. Deux associations féministes portent aujourd’hui son nom. Et si cette elle a était la première à devenir candidate à l’élection présidentielle, elle ne fut pas la seule à ne pas accéder au bureau ovale. Aujourd’hui, l’élection de la vice-présidente Kamala Harris apporte un peu d’espoir, même si, plus d’un siècle après Woodhull, elle doit elle aussi se battre pour l’égalité entre les sexes, et la fin du racisme…

Victoria et sa soeur, Tennessee, posent en 1910 avec des suffragettes – Library of Congress

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