femme et présidence : dans la lignée de Victoria Woodhull

En 1872, alors que les femmes n’ont toujours pas le droit de vote, l’une d’entre-elles se présente à l’élection présidentielle. Entre parcours de vie atypique et vision avant-gardiste, retour sur cette incroyable pionnière de la politique américaine.

Première femme vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris a pris la parole à Wilmington pour célébrer sa victoire ©AP – Andrew Harnik

Le résultat est tombé : Joe Biden sera le prochain président des Etats-Unis. Et avec lui, Kamala Harris accède à la vice-présidence, devenant ainsi la première femme vice-présidente du pays. Une douce revanche quand on sait qu’il y a quatre ans, Hillary Clinton manquait de peu d’être la toute première présidente des Etats-Unis. Mais qui a ouvert la voie à toutes ces femmes ? Qui a rendu cela possible en étant la première candidate à se présenter pour la présidence américaine ?

« Victoria Claflin, de son nom de jeune fille, a vécu une vie hors-norme »

Il faut remonter en 1872. Les femmes n’ont pas le droit de vote. Pour remédier à cela, l’Equals Rights Party est créé. Victoria Woodhull est choisie pour porter ses couleurs à l’élection présidentielle. Bien que trop jeune pour être élue, elle devient la première femme à se lancer dans la course pour la présidence. Une pionnière donc, et ce sur bien des aspects.

Victoria Woodhull, pourtant bien peu connu, a bel et bien marqué l’histoire politique des Etats-Unis ©Harvard Art Museum/Fogg Museum

Fille d’une famille pauvre comptant pas moins de 10 enfants, Victoria Claflin, de son nom de jeune fille, a vécu une vie hors-norme. Elle gagne son pain en disant la bonne aventure avant de changer radicalement de secteur et fonder sa société d’agents de changes. Avec l’argent amassé, elle créé en 1870 son propre journal hebdomadaire pour défendre les droits des femmes.

Dès 1871, elle se fait remarquer par ses discours passionnés demandant le droit de vote pour les femmes. Ces derniers lui valent d’être approchée par la National Woman Suffrage Association, dont elle devient rapidement une figure importante. Si bien que, quand un groupe de dissidentes décide de quitter la NWSA pour fonder leur propre mouvement, l’Equal Rights Party, elle est nommée à sa tête et devient leur candidate pour l’élection présidentielle de 1872.

« Un programme bien avant-gardiste pour l’époque »

Au cours de sa campagne, elle milite bien sûr pour la libération des femmes, mais également du travail et de la vie sociale. Elle défend également les droits civils et est pour l’abolition de la peine de mort. Un programme bien avant-gardiste pour l’époque, quand on sait qu’aujourd’hui encore certains états pratiquent la peine de mort. Victoria Woodhull prônait également l’amour libre, toujours mal vu presque 200 ans plus tard et la défense de la classe ouvrière. Elle fut d’ailleurs la première aux Etats-Unis à traduire Le Manifeste du parti communiste de Friedrich Engels et Karl Marx. Un point non négligeable pour une candidate d’un pays qui encore aujourd’hui voit le communisme, et même le socialisme, d’un très mauvais œil.

Cette élection fut pour elle, à l’image de sa vie, mouvementée et remarquable. Pour répondre aux attaques du révérend Henry Ward Beecher, jugeant l’amour libre immoral, elle dévoila au grand jour sa relation avec une paroissienne mariée. Cet acte lui valut une arrestation de près de sept mois. Le jour de l’élection, c’est donc derrière les barreaux que se trouvait la première femme candidate à la présidence américaine. Une conclusion à la fois comique et affligeante.

2016. Hillary Clinton remporte la primaire de l’un des deux grands partis américains : les Démocrates ©Gerald Herbert/AP Photo

« L’espoir brûle encore de voir un jour une femme devenir présidente des Etats-Unis. »

Heureusement, les choses ont bien changés depuis 1872. Mais si les barreaux ne sont plus de mise, il y a encore aujourd’hui bien des obstacles pour les femmes dans la politique américaine. Si Hillary Clinton avait, il y a 4 ans, réussi à briser le plafond de verre en remportant les primaires de l’un des deux grands partis, elle n’a pas réussi à atteindre la présidence. Mais avec la nomination de Kamala Harris et la popularité grandissante d’Alexandria Ocasio-Cortez, l’espoir brûle encore de voir un jour une femme devenir présidente des Etats-Unis d’Amérique.

Beaucoup voit déjà en Alexandria Ocasio-Cortez, la première présidente des Etats-Unis ©AFP

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