VICTORIA WOODHULL, CANDIDATURE CONDAMNEE

En 2019, cinq femmes se présentaient aux élections présidentielles américaines. Cet élan nous semble anodin aujourd’hui. En 1872, il fut personnifié par la première femme à briguer le poste. Car, avant Hillary, avant Kamala, il y avait Victoria.

Victoria Woodhull militant pour les droits de femmes devant le pouvoir (masculin) en place. © Tous droits réservés

Lors de son discours post-victoire, Kamala Harris, vêtue de blanc, a tenu à saluer les femmes. Celles qui lui ont permis de briser le plafond de verre. Ces mots nous ont fait penser à Shirley Chisolm, à Hillary Clinton, mais jamais à Victoria Woodhull. Pourtant, le blanc, couleur symbolique du mouvement des suffragettes, aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. 

Trois jours avant les élections présidentielles de 1872, Victoria Woodhull est arrêtée et jetée en prison. Celle qui a réussi à s’immiscer dans une campagne opposant le républicain Ulysses Grant au démocrate Horace Greeley finira son historique campagne dans une cellule.

Née en 1838, elle mène une vie régie par ses combats. Ceux pour les droits des femmes au sein du mouvement des Suffragettes. En 1871, ses discours tournent autour du droit de vote. Elle appelle les femmes à la révolte.

Si les hommes tiennent tant à exclure les femmes des postes de pouvoir, ces dernières ont le droit de se révolter.

Face à la non-réaction du pouvoir en place et grâce au soutien de ses suffragettes, elle crée un parti tiers, The Equal Rights Party et en devient la candidate. Tout ceci alors qu’elle a 34 ans – un an de moins que l’âge légal – et cinquante ans avant que le droit de vote ne soit accordé aux femmes (blanches).

J’ai bien conscience que ma candidature est source de moqueries plutôt que d’enthousiasme chez beaucoup, mais cette ère est celle de surprises et de changement.

Doutes, couacs et fin

Sa candidature pleine de bonnes intentions est condamnée d’avance. Son ambition est diabolisée par les journaux de l’époque. Une caricature de Thomas Nast la compare au diable. Un diable pour qui le mari alcoolique et les enfants sont un poids. La couverture médiatique de sa campagne, teintée de sexisme, devient la norme.

Victoria Woodhull devient le diable, soit une femme avide d’égalité hommes/femmes. © Thomas Nast

Son projet de campagne repose sur deux idéaux, le droit de vote pour les femmes bien sûr et le Free Love. Ce concept tiré de l’ère victorienne revendique l’émancipation sexuelle des femmes et milite pour la fin du tabou sociétal envers les divorcées. Un concept tiré de son histoire personnelle qui passe mal auprès des femmes même qu’elle souhaite défendre. 

Outre les critiques sexistes, sa prise de parole politique souligne son statut de femme blanche privilégiée. Lorsqu’elle dépose sa candidature, elle ajoute à son ticket Frédérick Douglass. Cet abolitionniste, ancien esclave, est utilisé tel un pion lors d’une campagne dont il n’a pas connaissance. Son aura d’accord, mais pas son accord. Dans sa lutte pour les droits des femmes, Victoria Woodhull place les femmes blanches au-dessus des femmes noires, dans ses discours et dans ses actions. Elle y cite le 15e amendement, comparant l’état de servitude des esclaves à celui des femmes blanches, sans pour autant reconnaitre le statut des femmes esclaves. Elle remet en cause le droit de vote des hommes noirs. Une déclaration qui efface les problématiques de la population noire et les obstacles beaucoup trop nombreux qui sur le papier autorisent à voter mais en réalité les en empêchent.

Ces éléments noient sa campagne, idéologiquement et financièrement. Sa dernière arme pour la sauver, son propre média le Wooddhull & Clalfin Weekly. Elle menace certains hommes hauts placés dont elle connait les secrets : le financement de sa campagne contre la non-publication d’histoires sordides. Personne ne plie, elle révèle alors l’infidélité de  Henry Ward Breecher, célèbre pasteur new-yorkais. Accusée de promotion d’image pornographique, elle est arrêtée et suit les résultats de la présidentielle depuis sa cellule. 

Candidate d’un parti tiers, sa candidature était vouée à l’échec. Plus qu’une tentative sérieuse pour la Maison-Blanche, son but était d’alerter sur la condition des femmes à n’importe quel prix. Et si Kamala Harris est aujourd’hui la première vice-présidente des Etats-Unis, c’est un peu grâce à Victoria Woodhull.

AL

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