The Danish Girl : peinture d’une imposture

Sorti en 2015 (2016 en France), et réalisé par Tom Hooper (Le Discours d’un roi, Les Misérables) le film retrace l’histoire de Lili Elbe, l’une des premières personnes transgenres à avoir bénéficié d’une chirurgie de réattribution sexuelle. Il est inspiré du livre homonyme, écrit par David Ebershoff en 2000.

Affiche du film
©Universal/Working Title

Il était très attendu aux Oscars en 2016. Aux Golden Globes aussi. Et puis à la Mostra de Venise. Rien de très surprenant sur le papier. Il semblait normal de mettre à l’honneur l’un des rares films mettant en avant l’histoire des personnes transgenre. Pourtant, seulement 4 victoires sur la petite quinzaine de nominations. Alors pourquoi ? Et bien pour beaucoup de choses me semble-t-il malheureusement.

La bande annonce du film, qui déjà laisse dubitatif.
©Universal/Working Title

Tout d’abord, ce film, qui se revendique comme une représentation d’une importante figure LGBTQ+, représente beaucoup de personnages, mais certainement pas Lili Elbe. À aucun moment, elle n’apparait comme décisionnaire, comme centrale, comme autonome. Son personnage ne se construit qu’à travers les autres, sa femme Gerda, leurs amis, etc. Elle ne choisit ni son nom, ni ses apparitions en public, ni même ses rendez-vous chez le médecin. Comme le résume si bien Lili en s’adressant à sa compagne : « you made me possible » (maladroitement traduit en français par « tu m’as permis d’éclore »). Lili apparait donc comme une petite chose fragile et sujette. Une vision qui détonne un peu face à la lecture de Man into Woman, un livre quasi autobiographique, puisque construit autour de journaux de Lili Elbe (mais à prendre avec des pincettes aussi : il a été modifié par l’éditeur ainsi qu’une journaliste).

Alicia Vikander interprète Gerda Wegener.
©Universal/Working Title

Ensuite, le casting. Eddie Redmayne (Einar Wegener/Lili Elbe) étant un homme cisgenre, beaucoup ont questionné sa légitimité à jouer un personnage comme celui-ci ? N’est-ce pas enlever à un acteur transgenre la possibilité d’interpréter avec plus de justesse un rôle aussi important ? Surtout que l’acteur anglais se perd dans un maniérisme poussé à l’extrême, rendant le personnage fade, voir même un peu niais. Si Nicole Kidman a été un moment considérée pour Lili, beaucoup interprètent le choix de Tom Hooper comme un choix transphobe. Pourrait-on aller jusqu’à dire que pour lui, une femme transgenre se résume à un homme (très) maniéré portant une robe ? Une théorie légèrement soutenue par la prestation de l’acteur principal, qui sent un peu la course à l’Oscar. Qu’il n’obtiendra malheureusement pas. Contrairement à sa partenaire à l’écran.

Eddie Redmayne interprète une Lili excessivement maniérée.
©Universal/Working Title

Heureusement, la performance d’Alicia Vikander (Gerda Wegener), bien que légèrement pathétique, rattrape un peu les choses. Si l’on met de côté le fait que ce soit une actrice de seulement 26 ans qui interprète un personnage censé en avoir presque le double – Gerda avait 44 ans en 1930. Encore une fois, un choix peu judicieux, et peu féministe de la part du réalisateur. On pourrait penser que, selon lui, seules les femmes jeunes sont susceptibles d’être représentées à l’écran, puisque plus désirables, ou plus facilement manipulables, qui sait ? Une « légère » infériorisation de la femme, corroborée jusque dans le titre. Lili Elbe, the Danish girl, est considérée comme une fille, et non comme une femme. Elle reste jeune, et incomplète. Elle n’est pas « the Danish Woman », et ne sera jamais considérée comme telle aux yeux de la société.

Les deux (jeunes) acteurs partagent tout de même une certaine alchimie à l’écran.
©Universal/Working Title

Cependant, la qualité du film est quelque peu rattrapée par la qualité des décors et des costumes, qui s’apparentent à de véritables tableaux vivants. Les vêtements et tissus sont pièces maîtresses de l’histoire, et à juste titre mis en avant. Et la réalisation de Tom Hooper permet à quelques scènes de nous frapper et de nous détacher un peu de ces problèmes de conception et d’interprétation. Le film est également sublimé par la musique d’Alexandre Desplat, qui soutient à merveille la vision dramatique et pathétique du réalisateur, et lui redonne même une certaine justesse.

Einar se découvre femme en portant une robe. un grande attention est portée à la sensation procurée par le contact avec les tissus. ©Universal/Working Title

Mais gardons tout de même en tête que ce film, tout comme le livre dont il s’inspire, sont très librement adaptés de la véritable histoire de Lili Elbe, et ne font pas autorité. Et qu’aussi fausse et malmenée soit-elle, une mauvaise représentation de la communauté LGBTQ+ vaut sans doute mieux que pas de représentation du tout !

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