Le cinéma de George Romero : Le premier film de Zombie est-il un chef D’œuvre ?

Sortit il y a de plus d’un demi-siècle, La nuit des morts-vivants est devenu un incontournable pour les fans du cinéma d’épouvante. Il est considéré comme le premier long-métrage de son genre, avec des morts vivants, du sang, et un jeune Afro-Américain comme acteur principale à l’époque du mouvement des droits civiques. Aujourd’hui nous allons revisiter ce pilier qui a posé les bases pour tous les films de zombies de ces dernières décennies et voir s’il mérite le détour.

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Duane Jones interprète de Ben dans le film La Nuit des Morts Vivants d ©medium.com

Le synopsis est simple en apparence : une jeune femme (Barbara) a fait un long voyage avec son frère (Johnny) pour fleurir la tombe de leur père, situé dans la campagne profonde de la côte est américaine. Sur place, ils sont agressés par un détraqué. Barbara réussit à se réfugier seule dans une maison visiblement à l’abandon, où elle sera rejointe par Ben ; un jeune afro-américain qui lui aussi tente d’échapper ces agresseurs qui assiègent la maison. Plus tard ils sont rejoints par un jeune couple (Tom et Judy), et une famille de classe moyenne (Harry et Helen), dont leur fille est malade. Ils se sont tous réfugiés à la cave, pendant qu’à l’étage Ben était le seul a barricader les vitres contre vraisemblablement, des morts vivants. Le mot zombie n’est jamais cité dans le film, mais il est clair que ce sont bel et bien des zombies. Ils sont morts, marchent lentement, pratiquent le cannibalisme, et tuent les vivants.

Bande annonce (en anglais) du film.

Contrairement à ce que l’on peut croire, tous ces codes propres au genre du cinéma de zombies n’existaient tout bonnement pas à l’époque. Si ces codes existent maintenant, c’est parce qu’il a fallu créer des bases pour ce genre ; or à cette époque il n’y avait tout simplement pas de films de Zombies. En sortant La nuit des morts-vivants, George Romero et John. A Russo n’ont pas seulement bousculé la société américaine avec une critique sociale ; ils ont bel et bien crée un nouveau genre.

Images tiré du film © offscreen.com

La nuit des morts-vivants a néanmoins des points faibles. Étant le premier d’une saga de 6 films (le dernier paru en 2010), ce film sert de base ; mais il est aussi extrêmement daté. Le tournage du film sur une pellicule de 35mm en noir et blanc ne vient pas d’une volonté esthétique. Romero a dû largement financer le tournage par ses propres moyens et donc baissé les coups de tournage en filmant avec cette pellicule.  Le résultat est un film avec une ambiance sombre qui, à peu de détail près, pourrait dater d’une époque d’avant-guerre. Certains aimeront, surement. Mais un public moderne peut-être désensibilisé aux enjeux du film à cause de ça.

Un autre problème est sa lenteur. les trois quarts du film sont tournés dans une pièce (le salon), qui fait que sa construction ressemble à celle du théâtre. Romero a préféré privilégier ce décor “claustrophobique” tout d’abord par manque de moyens, mais aussi pour pouvoir faire une critique sociale.  En effet, le vrai danger ne sont pas les zombies, mais la discorde au sein du groupe qui peut les mener à leurs pertes.

Une des raisons pour lesquels vous n’allez peut être pas aimer ce film est que justement, en dehors de Ben, tous les autres personnages sont irritants. Barbara, après la scène d’exposition, se terre dans un mutisme profond et devient un poids pour Ben. Harry (le père de famille) se sent menacé par Ben et veut accaparer le pouvoir en tant que leader du groupe. Tom et Judy veulent bien faire, mais refusent d’écouter Ben, ce qui finira par les tuer. Harry est le plus grand antagoniste en dehors des zombies. Le résultat de ses actions met en danger tout le groupe en effectuant des actes égoïstes : laissant Ben se battre seul contre les Zombies, ou essayer de voler son fusil par la suite au lieu de l’aider.

Harry victime de sa propre fille zombifié © Janus Films

John Peele, un modèle du cinéma moderne, a été fortement influencé par ce film – qu’il considère comme une des inspirations principales pour la création de son film Get Out (2017). Bien que Romero a toujours nié avoir choisi un acteur spécifiquement noir pour son rôle principal, citant que “Duane Jones (interprète de Ben) était simplement le meilleur acteur qu’il ait trouvé”.

Quoi qu’il en soit le résultat est le même. Nous avons plusieurs personnages blancs (issues de différentes classes socio-économiques) incapables de se mettre d’accord sur quoi que ce soit, et un personnage noir étant le seul doué de raison pour survivre dans un environnement cloîtré. Difficile de ne pas faire de parallèle avec la période ou le film est sorti (pour rappel, Martin Luther King a été assassiné au cours de la même année).

Aujourd’hui, ce film pourrait être considéré comme un navet par un public habitué à des films d’horreurs modernes à grand budget. Pendant des années j’ai mis ce film de côté et préféré regarder d’autres films du genre, plus récentes. Il est en noir et blanc, avec des personnages non attachants et avec très peu d’action. Pourtant, son usage habile du gore qui est disséminé sur quelques scènes clés tout au long du film et son ambiance claustrophobique similaire à d’autres films plus modernes (comme 10 Cloverfield Lane), étrangement font de lui un film à voir absolument. Ça critique des relations sociales et de races, qu’elle soit délibérée ou non, est toujours actuelle. Il montre qu’on peut relier l’esthétique du gore, de l’horreur et la critique sociale, pour créer quelque chose de plus grand qu’un simple film de zombies.

Rancic Emil

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