365 DNI ou comment faire l’apologie du viol

Mis en ligne en juin dernier sur la plateforme Netflix, cette production polonaise a reçu un accueil mitigé. Véritable succès dans les salles polonaises, et longtemps resté dans le top 10 sur Netflix France et dans d’autres pays, il ne demeure pas moins contesté pour les messages polémiques qu’il véhicule.

« Are you lost baby girl ? », telle est la technique d’approche du protagoniste Massimo à sa future otage Laura. En visionnant ce long- métrage, elle prend tout son sens car oui ce film nous « perd » totalement par tout son amateurisme scénaristique, par la faiblesse du jeu des acteurs et surtout par la «glamourisation» qu’il fait de la séquestration et du viol.

Réalisé par Tomasz Mandes et Barbara Bialowas et adaptée d’une trilogie littéraire, 365 DNI nous raconte comment les destins de Massimo ( Michele Morrone), un riche mafieux sicilien et de Laura (Anne Maria Sieklucka) directrice des ventes d’une entreprise polonaise vont se croiser pour le meilleur et surtout pour le pire. Pour le pire car après avoir passé des vacances en Sicile, la jeune femme est enlevée par Massimo qui va lui laisser 365 jours pour tomber amoureuse de lui et que passé ce délai, il la libérera ci et seulement si elle ne s’éprend pas de lui. Violences sexuelles, humiliation et intimidation rythmeront le quotidien du personnage féminin offrant une image dégradée de la femme.

Bande annonce officielle de 365 DNI © Youtube

La notion de consentement au cœur de la polémique

Si au premier abord tout semble réuni pour plaire au public notamment avec des acteurs charmants tels le séduisant Massimo, incarnation même du beau rital au physique avantageux , les paysages époustouflants qui laissent entrevoir la beauté des paysages siciliens, et une musique captivante, le constat est tout autre.

Michele Morrone dans le rôle de Massimo © Next Film

En effet, ce film pose problème d’un point de vue moral et social. Se présentant comme une comédie érotique inspirée de 50 nuances de Grey, il prend le risque de montrer le long processus durant lequel une jeune femme non consentante finit par se laisser séduire par un homme qui lui offre des cadeaux luxueux tout au long de son kidnapping.  

A l’heure ou la vague féministe Me Too prône une prise de conscience sur la notion de consentement et une libération de la parole des femmes quant aux agressions sexuelles dont elles peuvent faire l’objet, on semble avec cette fiction déconstruire tout le bien fondé de ce mouvement. Jamais dans 365 DNI il n’est question de consentement : pensons notamment à la scène dans l’avion ou Massimo impose à une hôtesse de l’air une relation sexuelle ou encore une autre séquence ou le personnage de Laura est attaché à son siège et que Massimo lui glisse sa main dans sa culotte sans que cette dernière puisse se débattre.

Les dangers du contenu: entre fiction et réalité

Tout le scénario repose sur la mécanique de romantisation du comportement  pervers du « bourreau » et de la banalisation du syndrome de Stockholm donnant l’idée que lorsqu’on pousse une femme dans ses retranchements, elle finit par céder et l’homme obtient ce qu’il désire. C’est exactement ce qu’il se passe dans le film puisque Laura finit par tomber amoureuse de son bourreau, schéma devenu classique dans le cinéma moderne.

La love story de Laura et Massimo en image © Next Film

Le problème de la représentation de la femme pose question car Laura est considérée comme un objet ou telle un être sous la domination masculine sans compter les remarques désobligeantes que le personnage masculin formule à son égard sur ses tenues de type : «  quand toute ta vie on t’a appris à tout prendre par la force, il est difficile de réagir autrement ». Illustration parfaite de la justification de ses pulsions masculines en rejetant la faute sur la victime la faisant passer pour la provocatrice.

Fort des clichés sexistes qui marquent encore notre société et qui pèsent sur les femmes depuis leur plus jeune âge, le scénario reproduit ce même schéma à travers ce rapport dominant- dominé. Certes et comme le rappelle l’acteur phare Michele Morrone lors d’une interview, il s’agit « d’une œuvre de fiction » mais elle demeure problématique pour un jeune public non averti. Notamment dans leurs relations futures, le risque est qu’ils puissent se construire en intégrant l’idée que l’amour repose sur des rapports de domination faits de violence et manipulation , idée faussement véhiculée dans cette création artistique.

Exemple du tweet d’une internaute partagée entre fascination pour le protagoniste et dénonciation de la romantisation du viol © Twitter

En bref, 365 DNI réunit tous les ingrédients pour proposer un cocktail sulfureux à un public en quête de sensations fortes : amour, sexe, violence et beauté, toutefois ces derniers ne font pas toujours l’unanimité auprès de tout un chacun, encore faut-il que le message derrière le long-métrage soit percutant et unanime, tout le contraire de 365 DNI. Il se murmure qu’un deuxième opus est en préparation, nul doute que de l’encre va encore couler dans les prochains mois.

Ashley Nichols

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