Beyrouth touchée: action, réaction

Les deux explosions du 4 août laissent une ville sinistrée et une population vulnérable, déjà mise à mal par l’épidémie du Covid-19. Face à l’urgence, les organisations et associations prennent le relais pour réparer et reconstruire.

La ville est meurtrie au lendemain du drame. STR / AFP

Propulsés par le souffle des explosions de l’usine au cœur de Beyrouth, les immeubles les plus proches sont maintenant des carcasses jonchées aux pieds des buildings qui tiennent encore. Mais les dégâts sont visibles jusqu’à 10km depuis le point d’impact. L’architecte Patrick Coulombel a pu constater l’état de la ville et ses bâtiments lors d’une mission d’évaluation en collaboration avec la fondation Architectes de l’urgence. “Ceux en acier sont détruits, la structure de ceux en béton a mieux supporté l’explosion mais toutes les menuiseries intérieures / extérieures, les plafonds, cloisons légères, les habillages de façade, les couvertures en tuiles, les gardes corps, sont soit détruits, soit fortement endommagés.” 

Une église soufflée par l’explosion. ANWAR AMRO / AFP

Une des priorités dans le chantier colossal de la ville de Beyrouth sera le remplacement de portes et de menuiseries extérieures. L’arrivée de l’hiver est une pression supplémentaire pour beaucoup d’habitants qui n’ont plus d’endroit où vivre, ou bien dont le logement est maintenant insalubre. Pour Patrick Coulombel, gérer cette crise passe d’abord par un accompagnement psychologique de la population afin d’éviter de lourdes conséquences. “Cette approche, peu commune, a une réelle efficacité pour le retour à la vie d’avant, car accompagner techniquement et simultanément psychologiquement les populations peut éviter les post-traumatismes.”

Le quartier Karantina de Beyrouth, le 9 août. PATRICK BAZ / AFP

Les estimations quant au temps de reconstruction de Beyrouth sont encore trop approximatives pour être prononcées, mais l’architecte précise:  “Les fenêtres ne pourront pas toutes être posées avant deux ans, il a fallu ce temps à Toulouse […]” et souligne l’incroyable solidarité des libanais face à la situation, ainsi que leur dextérité dans des moments aussi sombres. “[…] on est sur un chantier de deux à trois ans pour enlever les stigmates de cette catastrophe, mais tout est possible, on est au Liban.”. Les habitants ont réagi sans attendre en travaillant ensemble afin de déblayer et nettoyer les rues. 

L’hôpital Saint Georges à Achrafieh. AP SIPA / Hussein Malla

“En ce qui concerne les hôpitaux, leur remise en service peut prendre une, voire deux années.”, l’architecte relève l’insuffisance des dons récoltés comparés aux coûts des dégâts qu’il estime se chiffrer en milliards d’euros. La situation sanitaire n’arrange rien puisque la saturation des espaces d’accueil pour les malades, en partie dégradés, devient à présent encore plus problématique. 

En tant qu’architecte, Patrick Coulombel ne peut s’empêcher de voir au milieu du chaos le potentiel d’un nouveau Liban sur le plan urbain. Son regard sur la ville questionne l’enjeu d’aménagements plus adaptés, pour reconstruire judicieusement, en tenant compte de la place qu’occupera Beyrouth dans le monde de demain. 

Vanille Delon

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