Le mouvement Chipko ou l’invention inconsciente de l’écoféminisme

Après dix ans de lutte pour défendre leur lieu de survie, les femmes du mouvement Chipko sont aujourd’hui considérées comme les pionnières d’un écoféminisme au cœur des débats actuels.

chipko

Les femmes du mouvement Chipko en action ©www.indiatoday.in

Dans beaucoup de régions rurales des pays en voie de développement, les arbres se trouvent être l’unique source d’alimentation familiale: ils augmentent la fertilité des sols, améliorent la qualité de l’environnement et la santé de leurs habitants. Mais les entreprises préfèrent exploiter ces zones en profitant des faiblesses économiques et d’influence sociale de leur populations. Dans la logique capitaliste, les personnes pauvres et racisées sont alors les plus touchées par les problèmes de pollution.

En 1973, dans un village à Gahrwal au nord de l’Inde, un petit groupe de travailleuses indigènes s’est battu contre l’exploitation industrielle de leur forêt, pour leur survie. Comme la plupart de leurs maris étant partis en ville pour gagner de l’argent, les femmes de Chipko devaient subvenir seules aux besoins de leur famille. Pendant des jours et des nuits, elles ont donc embrassé les arbres de leur forêt (Chipko signifierai familièrement faire le « pot de colle» en Hindi) pour empêcher leur abattement. Leurs actions pacifiques ont réussi à faire reculer les intérêts économiques à court terme de la compagnie privée Simon Compagny.

Renversement des hiérarchies

Ces femmes ont alors créé l’espoir d’un équilibre des pouvoirs entre les différentes classes sociales. Leur porte-parole, Vandana Shiva, (prix Nobel alternatif en 1993) raconte que cette manifestation a non seulement montré la force des femmes dans le changement social, mais aussi dans le rétablissement d’un équilibre entre les pouvoirs du peuple indigène et ceux du capitalisme colonial. Ce problème présente alors la remise en question des différentes hiérarchies de notre siècle: la domination de l’homme sur la femme, de l’humain urbain sur l’humain rural, du « riche » sur le « pauvre », du peuple « post-colonial » sur les minorités indigènes, puis surtout de l’humain sur la nature[1].

 

Aujourd’hui au cœur du débat

Aujourd’hui on cite ce mouvement pour illustrer l’écoféminisme partout dans le monde. Mais les femmes de Chipko, illettrées, ne s’étaient pas réunies en pensant ce terme, elles luttaient simplement pour leur survie et pour le respect de leurs terres.

Le terme écoféminisme est apparu en 1974 pour la première fois dans le manifeste Le Féminisme ou la Mort de l’autrice française Françoise d’Eaubonne. L’ouvrage explique que loin d’une idéologie essentialiste (le faite d’attribuer des caractéristiques innées aux femmes), les écoféministes se réapproprient leur défaut de “sensibilité envers la nature” – qu’on a associé avec leur genre – comme une qualité.  Un de leurs buts est de revendiquer cette « faiblesse » comme une force. Dans un monde en pleine “transition écologique”, l’écoféminisme est avant tout le fait de porter attention à la nature et au vivant, quelque chose de nécessaire aux femmes comme aux hommes.

Aujourd’hui Vandana Shiva reste très active dans ses luttes écoféministes : elle a par exemple empêché la mise en brevet du riz basmati en Inde. Au Nord, la personnalité de l’année selon Times magazine est Greta Thunberg, une (très jeune) femme autiste, issue d’une famille aisée.

Les vrais problématiques d’aujourd’hui devraient pouvoir s’expliquer depuis les voix et les actions de celles et ceux qui n’ont jamais eu l’espace de s’exprimer, celles et ceux qu’on a toujours tus dans les médias. Les populations pauvres et racisées ont une nouvelle perception de notre passé et de notre présent. Si on veut vraiment comprendre le monde et progresser dans la transition écologique, nous devrions recevoir plus d’histoires nées dans la plus grande diversité sociale.

Cindy Viallon

[1] Podcast Arte : https://www.arteradio.com/son/61662635/ecofeminisme_1er_volet_defendre_nos_territoires_21

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