La vulve, matrice artistique

Depuis quelques temps, des militantes luttent pour la représentation visuelle de la vulve dans la société. Ces artistes se battent pour l’image des femmes, leur place dans la société et l’acceptation de leur corps, dans une société encore fragile et où la vulve reste tabou. C’est le cas de la talentueuse Vic Oh, jeune artiste plasticienne permanente dans le célèbre immeuble parisien 59 Rivoli.

Vic Oh, dans son atelier du 59 Rivoli

Le tout premier musée du vagin du monde vient d’ouvrir ses portes à Londres, le week-end du 16 novembre 2019. C’est une grande première pour l’organe génital féminin, longtemps victime de censure. L’ouverture de ce musée fait suite au constat d’absence alors qu’un musée du pénis avait été ouvert il y a déjà plusieurs années en Islande. 

La vulve est depuis longtemps négativement perçue et peu ou pas représentée. Même dans le célèbre tableau “L’origine du monde” de Courbet, l’image donnée à la vulve est fausse. Les mouvements “viva la vulva” et “VulvArt” créés par des militantes illustrent la mobilisation de nombreuses artistes autour de cette revendication. Ils s’ancrent dans la “quatrième vague du féminisme”, débutant en 2012, qui cherche une justice sociale notamment avec l’usage des réseaux sociaux. 

L’art comme moyen pour mieux se connaître et faire accepter la vulve dans la société? C’est le pari que se sont lancées plusieurs artistes. 

L’origine du monde, Courbet
L’histoire d’une vulve effacée…

Le tabou de la vulve

Il s’est créé un véritable tabou aujourd’hui autour de la vulve. Comme nous l’indique Vic Oh, “Cela fait maintenant bientôt deux ans que j’ai ce titre de série mais je vois bien que ça attrape, ça fait rire les gens, les questionne. Ça ouvre plein de portes. Cette série est très intéressante à étudier d’un point de vue humain et pour voir comment les gens réagissent face à elle. Certains m’ont dit “oh ils sont beaux ces ananas, ces planches de surf, ces dates”. Donc c’est pour ça que j’aime bien les dessiner aussi parce que il y en a qui n’osent pas dire, pas avouer qu’ils savent ce que c’est. Ils ne veulent pas utiliser le mot, et s’ils utilisent le mot, ce n’est souvent pas le bon”. Il y a donc une vraie méconnaissance de ce qu’est la vulve.

Oeuvre de la série « Viva la vulva » de l’artiste Vic Oh

Cachez cette vulve que je ne saurais voir…

Auparavant dans plusieurs mythologies, le fait de montrer sa vulve pouvait sauver le monde. Elle était perçue comme “salvatrice” notamment du fait que la vie en émane. Par exemple chez les Sumériens ou encore dans l’Egypte antique, les déesses arboraient leurs vulves. 

Pourtant, elle a par la suite rapidement été perçue comme une “obscénité”. Dans les empires Grecs et Romains, la vulve était disparate des représentations féminines. Si elle était représentée, comme Aphrodite, “[le]  triangle pubien [était] parfaitement lisse, sans lèvres ni clitoris. Des vulves effacées, censurées”.

Statut d’Aphrodite, avec un triangle pubien totalement lisse

Parallèlement, on accordait au pénis des pouvoirs magiques et on l’exhibait de toutes parts. Depuis, tout l’art occidental s’est construit loin de la représentation de la vulve. Dans la religion chrétienne, la vulve est même niée. La vierge a eu un enfant sans avoir de rapport sexuel. C’est aussi un moyen d’affirmer la domination masculine

Une vulve sous contrôle

Le rapport des sociétés au sexe féminin indique une volonté des hommes de contrôler la sexualité des femmes. Dans les situations les plus extrêmes, on enlève aux femmes leur liberté sexuelle en leur ôtant la possibilité de jouir pleinement. Ainsi dans certaines zones, l’ablation du clitoris est pratiquée. Pourtant, au contraire, le pénis est célébré par exemple chez les juifs et musulmans avec la circoncision. Les garçons n’ont pas de pudeur par rapport à leur pénis. Comme nous le dit Vic Oh: “l’idée de représenter des vulves était pour moi de pouvoir en discuter avec les femmes et de se réapproprier de ce symbole pour éviter que ce soit un tabou, pour qu’on soit fières comme les hommes de ce qu’on a entre les jambes”. 

Les cons font parler d’eux…

Cette obscénité de la vulve, bien qu’ancienne, persiste encore aujourd’hui. Bien des langues utilisent ainsi le sexe féminin comme moyen d’attaquer la dignité de l’autre, comme avec le mot “con” en français, ou “coño” en espagnol, insultes qui désignent le sexe féminin. Verbale chez la femme, chez l’homme, l’obscénité est visuelle. En effet, comme nous le dit Vic Oh, “Jusqu’à présent, quand on était au lycée, au collège, c’était très simple de dessiner des pénis de partout et on ne voyait jamais des gens qui dessinaient des vulves”.

En plus de l’obscénité verbale, il existe aussi un contrôle verbal. Les femmes qui aujourd’hui vivent leur sexualité peuvent très vite être catégorisées de “salope” ou au contraire, de “coincées”. Or, la sexualité a toujours été présente mais son expression dépend de la société qui nous l’autorise ou non. 

Un organe génital féminin? quésaco?

Cette non-représentation de la vulve a provoqué une vraie méconnaissance actuelle sur l’organe génital féminin et un besoin d’éducation. Comme nous l’indique Vic Oh “ je me suis mise à dessiner des vulves et en les dessinant je me suis rendue compte qu’il y avait des choses dont je n’étais pas sûre comme des terminologies. Et je n’étais clairement pas la seule à pas savoir pleins de choses sur ma sexualité, sur mon corps et il y a même des femmes de 30, 40, 50 ans qui ne savent pas encore la différence entre un vagin et une vulve. Ce n’est pas pareil et ce sont des termes qu’on banalise mais qui finalement sont spécifiques à certaines choses et on ne les emploie pas bien”. De nombreuses ignorances persistent encore aujourd’hui, même de la part des femmes sur leur propre corps. Il y a aussi une vraie méconnaissance sur le clitoris et le vagin. Beaucoup ignorent par exemple que le clitoris a des branches. 

La rue: territoire d’éducation sur la vulve

Lieu d’éducation, la rue est aussi un territoire à reconquérir. On le sait: le fait d’être femme conditionne les “stratégies de survie” car avoir le corps d’une femme peut mettre en danger, par exemple en sortant seule le soir. Certaines artistes ont donc commencé à donner une place aux femmes dans la rue notamment en y dessinant des vulves, leur symbole. C’est l’exemple de Vic Oh: “Je commence à en faire dans la rue, de façon ponctuelle. C’est une manière de se réapproprier la rue : parfois tu ne te sens pas toujours safe donc c’était une façon de dire qu’on est là et qu’on n’a pas peur. Il y a vraiment aussi l’idée de mettre en valeur la femme.” 

De nombreuses autres artistes, comme Vic Oh, ont essayé de se “réapproprier la vulve”. Par exemple à Marseille, on a pu voir une série de moules de vulve affichés dans les rues dans le but d’éduquer les gens, par une jeune artiste anonyme marseillaise.

Des moules de vulve dans les rues de Marseille: un but éducatif

De même, on a pu récemment voir de nombreuses images de clitoris entier affichées dans les rues ou dans les Universités pour pallier le manque de connaissances. 

De nombreux clitoris se sont emparés des rues…

La fierté de la vulve 

Pour pallier cette transparence de la vulve, des internautes ont décidé de la mettre à l’honneur dans de nombreux comptes instagram, comme “Point de vulve” ou “The Vulva Gallery”. Ce dernier a été créé par Hilde Atalanta, en 2016. Elle a commencé à dessiner des vulves de toutes formes, tailles et couleurs pour montrer que les différences entre êtres humains, même au niveau de nos organes génitaux, sont de bonnes choses, naturelles et superbes. Avec the Vulva Gallery, je veux célébrer la diversité, offrir un large éventail de représentations de vulves facilement accessible, et encourager la discussion autour de nos corps et de notre sexualité”.  

The Vulva Gallery, compte Instagram créé par l’artiste Hilde Atalanta, met à l’honneur des vulves de toutes formes et de toutes couleurs

Un autre projet intéressant, toujours pour mettre la vulve à l’honneur, est celui de l’artiste Lily Rault qui en a photographié. Ces deux artistes ont décidé de mettre en avant la vulve dans le but de réconcilier la femme avec cette dernière. Car si certaines femmes méconnaissent leur vulve, d’autres la rejettent. En effet durant les dernières années, les diktats de la beauté dessinaient une vulve parfaite ce qui a engendré chez les femmes de nombreux complexes. Les labiaplasties (opération visant à réduire la taille des petites lèvres) ont beaucoup augmenté. Cela montre que l’acceptation de la vulve est encore très fragile.

Quand c’est trop, c’est trop…

Malgré le travail des artistes, une véritable censure est encore existante. Par exemple, la presque totalité des œuvres de l’artiste qui affichait des moules de vulve dans les rues de Marseille se sont fait vandaliser.

Le scandale engendré par la dernière publicité de Nana, “viva la vulva” où des vulves sont représentées et où l’on voit du sang de règles “rouge” témoigne tout aussi de ce tabou autour de la vulve. Une pétition a d’ailleurs été signée pour qu’elle cesse d’être diffusée.

La pub Nana « Viva la vulva », une pub qui dérange

Cela montre de nouveau que la vulve est encore perçue comme obscène. Cependant, cette dernière n’a pas été retirée du petit écran et continue d’être diffusée régulièrement. Une nouvelle victoire en attendant les prochaines. 

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