Renoncer aux enfants par militantisme écologique

Refuser de procréer serait-il devenu le meilleur des gestes environnementaux aujourd’hui ? Si cette idée semble encore trop radicale pour la majorité, certains sont bel et bien convaincus que la limitation des êtres humains sur la planète est l’unique solution pour ne pas courir à la catastrophe.

Dans un monde marqué par la menace du chômage et du terrorisme, à laquelle s’ajoutent la multiplication des désastres écologiques, l’épuisement des ressources naturelles, l’extinction progressive de la biodiversité, et la surpopulation démographique, il y aurait de quoi hésiter à donner la vie à l’heure actuelle. Procréer – signe de confiance et d’optimisme par excellence – dans un tel contexte pourrait sembler quelque peu paradoxal, voire égoïste.

La surconsommation qui caractérise nos sociétés actuelles met en péril la plupart des écosystèmes mondiaux, et donc par extension, nos capacités de survie à long terme. Renoncer à avoir un enfant serait un geste plus effectif pour la planète que cesser de consommer de la viande ou que refuser de conduire une voiture polluante – la comparaison n’est certes pas très judicieuse. Selon une étude menée par le Centre d’Étude sur le Développement Durable et publiée dans la revue Environmental Research Letters en 2017, une famille américaine qui choisit d’avoir un enfant de moins fournit le même niveau de réduction des émissions de CO2 que 684 adolescents qui décident de recycler leurs déchets durant le reste de leur vie – soit une diminution des émissions de CO2 de 58,6 tonnes par an. Une vie en moins de créée serait donc l’action écologique la plus efficace, si l’on en croit le tableau ci-dessous.

C’est en tout cas l’avis des adeptes du malthusianisme, mouvement basé sur les idées de l’économiste Malthus du début du 19ème siècle, qui a cherché à montrer en quoi la croissance démographique posait à terme un problème de disponibilité des ressources, et serait à l’origine de la dégradation de l’environnement planétaire. Certains prônent donc la limitation des naissances comme mesure gouvernementale face à la surpopulation. En 2009, le député écologiste Yves Cochet soutenait la dégressivité des allocations familiales à partir du 3ème enfant, sous prétexte qu’un « enfant européen a un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York » ; une empreinte carbone particulièrement élevée, donc.

Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent d’entendre des témoignages d’hommes et de femmes renonçant à procréer afin de ne pas faire subir à la planète l’empreinte carbone d’un nouvel être humain. En France, le mouvement “Démographie Responsable” réunit environ 200 membres. Il milite pour une décroissance progressive de la population, en appelant au plafonnement des allocations familiales à deux enfants par couple, afin d’encourager la limitation du taux de fécondité. Plus radicaux aux États-Unis, les “Ginks” (Green Inclinations, No Kids), encouragent à ne pas procréer du tout, convaincus des effets dévastateurs de la surpopulation sur le réchauffement climatique et refusant de peser encore davantage dans l’épuisement des ressources naturelles. Et si le désir de fonder une famille est irrésistible, mieux vaut adopter.

Par pure conviction écologique, certains prônent même la stérilisation définitive. Face à l’absence de mesures prises concernant la surpopulation, de jeunes adultes décident d’agir à leur propre échelle en renonçant à leur capacité de reproduction, convaincus que l’humain est l’élément le plus pollueur. Bien entendu, la stérilisation est un choix très souvent incompris dans un pays aussi nataliste que la France, où tout discours concernant les enfants relève de l’émerveillement. Pourtant, face aux prévisions alarmantes qui estiment le nombre d’être humains à 10 milliards en 2050, la maternité est un choix qui devrait désormais prendre en compte l’intérêt de tous, et plus seulement le sien. En 2017, lors de la Cop 23, 15,000 scientifiques dans la tribune « Avertissement à l’humanité » invitaient chacun « à prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales ». Ils encourageaient à limiter la reproduction humaine de façon à s’en tenir simplement au renouvellement de la population et à diminuer la consommation de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources.

Seulement, beaucoup n’ont pas les moyens, réflexes, ou même désirs de se préoccuper de l’environnement. N’oublions pas que la lutte contre la pollution est un luxe des pays développés. Et si ce sont les pays occidentaux qui font le moins d’enfants, ce sont également eux qui polluent le plus et qui sont donc davantage responsables de l’état actuel du désastre écologique. La faute à un mode de vie basé sur une surconsommation sans limite qui appelle justement à une natalité toujours plus élevée. Pourtant, on constate aujourd’hui un tassement de la croissance de la population mondiale. Selon le démographe Hervé Le Bras, le taux de croissance était de 2% par an en 1970, alors qu’il s’élève à un peu moins de 1% aujourd’hui. Sur l’ensemble de la planète, on dénombre aujourd’hui en moyenne 2,5 enfants par femme, soit 2 fois moins qu’il y a 50 ans. Et si le réchauffement climatique n’était pas lié au nombre de personnes sur la planète mais à la manière dont ils l’exploitaient ? L’avenir de la planète ne se joue peut-être pas tant au niveau du nombre d’enfants conçus que de la façon de les éduquer. La priorité serait donc d’agir sur les comportements, en transmettant d’autres valeurs que celles de la consommation.

Lara Tantawi

(1 commentaire)

  1. Il ne faut pas renoncer d’avoir d’enfants par militantisme écologique mais plutôt avoir ce enfant et dès la base lui donner une éducation relative à l’environnement afin qu’il impacte positivement son pays et arrive à changer les autres enfants.

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