Le jardin Denfert: Un lieu d’enfer…mais jusqu’à quand?

L’ancien immeuble du XIVème arrondissement de Paris, inoccupé depuis plus de deux ans, s’est converti en nouveau “tiers-lieu” (qui sont des espaces “informels” culturels ou sociaux, où les individus peuvent se rencontrer ou se retrouver) en juillet dernier. Situé au 61, Boulevard Saint-Jacques, proche du métro Denfert Rochereau, il est ouvert au public tous les dimanches après-midi, en attendant sa prochaine reconversion.

Autrefois couvent, foyer de jeunes filles, lieu d’hébergement pour sans-abris, puis pour travailleurs migrants. Maintenant “tiers-lieu” converti en lieu culturel. Bientôt foyer de jeunes travailleurs avec 117 logements? Le plus tard possible, espèrent les actuels occupants.

L’immeuble s’est vu faire investir par plusieurs dizaines d’artistes tous d’horizons différents. C’était un mercredi 3 juillet quand Gaspard Delanoë, président du célèbre 59 Rivoli et un des plus grands squatteurs de Paris, a convié plusieurs de ses amis artistes dans ce lieu abandonné pour un pique-nique “illégal”. L’action “buzz” qui consistait à afficher une banderole avec écrit dessus “encore un putain d’immeuble vide” a changé de perspectives quand une heure et demi plus tard, le propriétaire des lieux, Paris capital, est arrivé. Mais ce fut une bonne nouvelle quand la perspective d’investir l’immeuble pour le convertir en lieu culturel a pointé le bout de son nez.

L’appel à l’occupation des immeubles vides par les artistes (Crédits Le journal minimal)

Vic Oh, actuelle artiste plasticienne occupante raconte “moi à la base j’étais juste venue faire un picnic et tu te rends compte c’est une opportunité de fou, on te propose un lieu aussi grand, avec la possibilité d’une pletor de choses à faire dedans.” 4200 mètres carrés, trois étages, un jardin intérieur,… ni une ni deux, le lieu exceptionnel s’est vu faire une petite beauté pendant les premières semaines. “le premier mois ça a été vraiment s’occuper de l’esthétique générale du lieu parce que c’était dans un sal état vraiment terrible terrible”, commentera Vic Oh. Puis musiciens, peintres, acteurs, chanteurs, photographes, danseurs,… le jardin Denfert est devenu un vrai lieu culturel où séjournent entre 50 et 70 artistes “extravagants”, comme les définit l’artiste Vic Oh. Leur page instagram raconte les histoires au quotidien de cette vraie communauté et l’investissement au jour le jour du lieu.

La cour du jardin, vrai havre de paix (Crédits Enlarge your Paris)

T’as des espaces communs et des espace privés. Donc moi maintenant je travaille dans un espace privé et ça fait du bien parce que c’est le seul endroit au monde où je peux fermer et il n’y a personne et c’est moi et mon monde. Et je peux être pieds nus, avec ma musique forte et connecter avec ce que je fais et ça me fait beaucoup de bien”. Selon Vic Oh, un vrai paradis sur terre.

Le jardin denfert: un grand espace pour tous… (Crédits Enlarge your Paris)

Mais qu’en sera-t-il quand Paris Capital voudra reprendre possession de son immeuble? Le délogement de toute cette communauté qui a pourtant tout fait pour rendre le lieu vivant? C’est une problématique souvent oubliée à l’entrée dans les lieux et pourtant rattrapée quand refait surface la pression foncière. Bénéfiques pour les propriétaires qui s’épargnent des frais de gardiennage ou l’intrusion de squatteurs, et qui s’évitent “un bon coup de ménage”, les tiers-lieux une fois le bail terminé mettent les occupants à la porte avec en prime, une valeur foncière gonflée. Le business des “tiers-lieu” dans des lieux abandonnés n’a pas épargné le collectif Wonder qui occupait la tour Liebert à Bagnolet. À la fin de son bail, il s’est vu délogé pour un bâtiment trois fois plus petit, sans électricité… Aujourd’hui, il attend encore un nouveau lieu pour pouvoir reloger toute sa communauté. «Combien j’en ai vu, de collectifs, qui s’épuisaient dans des occupations temporaires, après avoir engagé des travaux de réhabilitation parfois énormes, et déménagé trois fois, explique Juliette Bompoint, directrice de Mains d’œuvres, au journal Libération. Au bout de deux ou trois ans, ils sont épuisés. Il y a d’autres moyens que le transitoire.»

Les fameux “Grands Voisins” n’ont pas été épargnés non plus. En juillet prochain, habitants immigrés et bénévoles seront mis à la porte et remplacés par des riches propriétaire d’un complexe immobilier écolo. Devenir propriétaire des lieux pourrait donc résoudre le problème, comme le complexe 6B à Saint-Denis qui a su s’implanter dans la durée en achetant les locaux. “Les collectivités locales et le groupe Quartus ont travaillé intelligemment ensemble : les locaux ont été vendus à bas coût, conclut Juliette Bompoint. Il n’y a pas de budget culture, d’accord, mais les politiques ont le pouvoir de discuter avec les promoteurs et les aménageurs”. 

Croisons donc les doigts pour l’avenir du magnifique jardin Denfert, un jardin d’enfer à visiter… pendant longtemps on espère. 



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