Elle a fait du design graphique un outil de combat thérapeutique : Agathe Truchon Bartès modernise le monde hospitalier

La jeune artiste, au travers de son engagement social dans les hôpitaux, attire l’attention sur un secteur jusqu’à présent inconnu : la place et l’importance que peut revêtir l’art et le design graphique dans les établissements de soins.

L’art, une nouvelle ressource pour les hôpitaux ? C’est en tout cas ce que suggère Agathe Truchon Bartès, d’une maturité déconcertante du haut de ses 24 ans. Avenante et déterminée, c’est de plein gré qu’elle évoque l’atelier de design graphique “Dis-moi tout !” qu’elle a mené pendant une année au sein des services pédiatriques des instituts Gustave Roussy et Curie. « Mon rôle était d’aider la communication entre l’enfant, le médecin et le parent », précise l’ancienne étudiante à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Le design graphique serait donc un moyen d’expression alternatif et particulièrement efficace dans le parcours de soins des patients hospitalisés. Ce n’est toutefois pas la première fois que l’art parvient à franchir les portes fermées des hôpitaux, lieux conventionnels par excellence.

"Dis-moi tout !", atelier artistique destiné aux enfants hospitalisés qui expriment leurs ressentis au travers d'éléments magnétiques.
« Dis-moi tout ! », un atelier artistique mené par Agathe Truchon Bartès et permettant aux enfants hospitalisés d’exprimer leurs ressentis à l’aide de fiches et d’éléments magnétiques.

Quelle place pour l’art dans le milieu de la santé ?

Le secteur de l’art-thérapie en est la preuve ; depuis les années 1950, cette forme de soin complémentaire gagne en considération. Au travers de ses propres créations artistiques, le patient pourrait ainsi extérioriser ses angoisses et ses souffrances ; l’idée étant d’aborder autrement la gestion de la maladie. « Attention à bien établir la différence entre le “care” et le “cure” ; l’art thérapie ne soigne pas mais prend soin, dans le sens où cela permet d’adoucir, d’accompagner, d’aider mentalement quelqu’un qui est malade, à s’exprimer », spécifie la designer. Il s’agit donc davantage de permettre le soulagement des douleurs psychologiques du patient – ce qui ne peut qu’être bénéfique à sa convalescence. L’art-thérapie a pour mérite de replacer le malade au cœur du parcours de soins : chose justement primordiale pour Agathe Truchon, qui en a fait une priorité avec les enfants hospitalisés. Ayant elle-même vécue cette situation durant son enfance, la jeune femme s’est sentie d’autant plus responsable de rectifier un parcours de soins incomplet à bien des égards, en travaillant sur de nouveaux outils de communication visuels qui donneraient véritablement la parole aux concernés. « Personnellement, on ne m’a laissé la parole dans mon parcours de soins qu’à ma majorité. J’aurais réellement aimé avoir la possibilité de m’exprimer et d’être écoutée plus jeune », évoque-t-elle avec amertume.

L’hôpital, un monde réfractaire à l’art ?

Pourtant, le monde de l’hôpital demeure encore peu réceptif à ces nouvelles thérapies artistiques. « Il m’a fallu six mois de papiers, d’envoi de mails, d’explications détaillées de mon projet, de prises de rendez-vous avec des psychiatres pour vérifier mon aptitude à travailler dans ce milieu, avant de parvenir à intégrer un hôpital », raconte Agathe Truchon. Convaincue du rôle du design, de l’esthétique, et des visuels sur la santé mais aussi sur le bien-être environnemental, la jeune femme ne s’est pas découragée pour autant. Les thérapies visuelles sont en effet essentielles dans un tel contexte anxiogène. Des détails aussi simples que les couleurs peuvent déjà faire la différence. « Il faudrait faire appel aussi bien à des designers graphiques pour le choix des couleurs et de la signalétique, qu’à des théoriciens, des coloristes, et des métiers du textile, pour étudier et modifier tout ce que représentent ces sources de stress dans le milieu hospitalier ». Le milieu est fermé, mais le dynamisme de la jeunesse lui confère un atout de taille.

Des espoirs en cours

Preuve que l’art et le design graphique se frayent doucement une place dans le monde hospitalier malgré tout, des associations et projets œuvrent pour la mise en place d’ateliers de création artistique et d’expositions d’art afin de faire de l’hôpital un lieu de vie plus agréable pour tous. L’hôpital Foch invite ainsi depuis plusieurs années des artistes à exposer leurs œuvres au sein de l’établissement, le but étant d’améliorer la relation patient / personnel encore trop formelle et trop axée sur la santé. Des ateliers de création artistique y sont également organisés, même s’ils s’adressent en priorité aux patients hospitalisés de façon prolongée ou permanente. De même en 2018, le CHU de Rennes et La Ligue contre le Cancer ont demandé aux étudiants en design graphique de LISAA Rennes d’imaginer un décor mural coloré pour améliorer l’environnement des enfants de l’unité d’hémato-oncologie de l’Hôpital Sud. Autant d’actions qui permettent d’améliorer le quotidien dans l’hôpital en le rendant plus attrayant, plus réconfortant, plus humain… L’association Art dans la Cité œuvre également, au travers de l’art, à la redéfinition de l’ensemble de l’espace hospitalier depuis sa fondation en 1999. Elle a ainsi contribué à la création d’une centaine d’œuvres depuis (peintures, sculptures, créations numériques), toutes exposées dans les hôpitaux. Le but : contribuer à des meilleures conditions de vie des patients et du personnel, en plus d’améliorer l’environnement médicalisé et réduire sa connotation anxiogène. 

Illuminart, dispositif artistique numérique imaginé par Art dans la Cité, qui diffuse des œuvres d’art interactives ou des contenus visuels et sonores dans les espaces de l’hôpital. Crédits Image: Art dans la Cité.

Poursuivre les efforts pour une amélioration généralisée de l’univers hospitalier

Au travers de l’art, l’objectif est également de replacer le patient au cœur du dispositif de soin ; un travail ambitieux qu’Agathe Truchon a justement mené dans les hôpitaux pédiatriques. « J’aimerais bien sûr continuer à travailler dans le domaine hospitalier, parce qu’il y a un réel travail à approfondir dans cet univers, mais je ne pourrai pas y parvenir seule. Il faut que le milieu hospitalier réalise que le design, les visuels, l’esthétique peuvent avoir une réelle importance », assure-t-elle. « Je pense qu’il serait nécessaire pour chaque hôpital d’avoir, d’ici 5 à 10 ans, un groupe de designers qui ne travailleraient que les problématiques de communication visuelle, d’architecture, de signalétique », renchérit la jeune femme, qui ne compte pas baisser les bras. Créer un environnement hospitalier propice à la mise en place d’une cohésion globale entre les patients et les soignants, améliorer le confort et le bien-être de tous ; perfectionner le quotidien de l’hôpital en somme, devrait ainsi devenir une des priorités futures du monde de la santé.  

Lara Tantawi

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