Miss.Tic : L’exposition qui réinterprète les stéréotypes sur les femmes

Des images de femmes provocatrices, des slogans accrocheurs, Miss.Tic redonne un second souffle au Street art en mettant en avant un féminisme assumé. Un air de liberté tout à fait dans l’ère de son époque.

Malgré des débuts difficiles pour se faire une place dans ce milieu assez fermé, Miss.Tic est devenue aujourd’hui une icône pour de nombreuses femmes. Pourquoi ? Parce qu’elle met à l’honneur l’indépendance et la condition féminine. L’exposition “Bombe Textuelle” nous plonge dans l’univers déjanté et très engagé de l’artiste.

Sa technique est très simple: l’image d’une femme très sexualisée ainsi qu’un message qui laisse les passants s’interroger sur la condition de la femme. De par son art, elle détourne l’image de la femme tirée des médias, de la publicité ou de la mode. L’élément clé de son travail est la remise en question sur notre société. “La femme marchandise” est de loin son sujet de prédilection. Des représentations de figures féminines nues ou vêtues d’une robe noires, en porte-jarretelles, entourées de sangles et de fouets assez explicites, le vulgaire ne lui fait pas peur. Elle assume pleinement son statut de “mauvais genre”.

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L’artiste met aussi en avant ses oeuvres dans l’exposition “Bombe Textuelle se tient à la Art to Be Gallery de Lille du 9 novembre au 9 décembre. ©Miss.Tic

Miss.Tic, ce n’est pas seulement des pochoirs de rues. Dans son exposition “Bombe Textuelle”, l’artiste expose pour la première fois ses œuvres. Des collages de papier déchirés nous plongent dans son univers créatif.

 

Miss.Tic: l’histoire d’une femme blessée

Son art, c’est avant tout son histoire. Après une rupture difficile, elle décide d’utiliser son talent pour montrer sa douleur. Ses pochoirs racontent tous la même histoire: celle d’une femme qui veut protéger sa liberté. Une femme fatale qui séduit les hommes et contrôlent leurs désires. Une femme blessée. Ce n’est pas un hasard si ses personnages vont être inspirés de la déesse babylonienne, Lilith, dont la mission était de séduire les hommes en les rendant prisonniers de leur propres désires. Mais, au cours de ces débuts, ces femmes aux cheveux noirs étaient des auto-portraits de l’artiste.

Elle a voulu montrer sa douleur et ses premières œuvres vont la représenter comme brisée.  En 1985, son pochoir “J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs” va immédiatement se faire remarquer de par sa poésie et son dessin. Miss.Tic est dévoilée complètement, elle veut que le destinataire, son ancien petit ami, la reconnaisse. Elle apparaît renfermée sur elle même, assise sur le sol, la tête dans les genoux. C’est une mise en garde.

Jenfile l'art mur
“J’enfile l’art mur pour bombarder des mots coeurs”, l’oeuvre a été enlevé de son mur pour pouvoir être conservée. L’artiste, blessée, exprime son désespoir à travers son art. Une première toile qui en dis long sur son talent. ©FlorentNicolas

Cette apparence la suivra l’année suivante lorsqu’elle se représentera debout, mais en miniature dans “le hasard bave des formules de magie noires”. L’année 1987, marquera un tournant puisque Miss.Tic va se dessiner debout, en entière, et dans une posture assez provocante. La femme blessée ne parle plus de ses désamours mais défie l’homme dans son domaine, le sexe. Elle l’exprime avec “L’épreuve à l’appui, expulser le vide que tu as laissé”. C’est à partir de là qu’elle va s’affirmer en tant que femme forte.

Lepreuve à lappui
“L’épreuve à l’appui expulser le vide que tu as laissé”, Paris 13e. Miss.Tic impose sa provocation, l’homme n’étant plus qu’un objet. ©Miss.Tic

Dans son art, les préjudices et les stéréotypes sont retournés. L’artiste est avant tout une “femme de l’être”. Son style d’écriture est son plus grand atout. A travers des jeux de mots très recherchés, elle mêle métaphores vivantes nourries d’images surréalistes. Un art unique faisant jouer sa langue maternelle. Antanaclase, assonances, chiasmes, consonances, elle s’approprie le français avec précision.

Malgré un talent évident, l’artiste a souvent été assimilée au “mauvais genre”. Une femme dans la rue dégradant les murs de Paris avec des dessins risqués et qui s’expose en étalant sa luxure d’une telle façon, est vue comme “mauvais genre”. C’est sûrement aussi car la femme a souvent été sous représentée dans l’art, laissant majoritairement place aux héros et légendes masculines. Par raison de convenance, les peintures de femmes dénudées n’était pas autorisées auparavant. Miss.Tic va donc utiliser ces freins et ces préjudices pour en faire un atout. Ce qui était alors “mauvais genre” est maintenant devenu un beau genre.

Je prete à rire
“Je prête à rire mais je donne à penser”, Paris 13e. ©Miss.Tic

 

Une anthologie de la femme

L’artiste va dénoncer cette catégorisation de la femme dans sa série “Muses et Hommes”. Dévoilée l’année dernière, Miss.Tic donne un nouveau tournant en revisitant de façon originale des tableaux mythiques. Le bon genre va séparer délicatement le musée de la rue. D’un côté, des œuvres d’art commémorant des hommes glorieux, et de l’autres des posters, des graffitis, des traces secondaires du peuple ordinaire. Son genre est libre et c’est ce qu’elle exprime en disant : “Je laisse à rire mais je donne à penser”. Elle va dénoncer cette sur-représentation de l’homme, les femmes n’en étant que des muses.

Femme au bord
“Femme au bord d’elle même”, Paris 13e. Miss. Tic réinterprète les oeuvres d’art des plus grands artistes pour en dénoncer le rabaissement de la femme. ©MissTic

En reproduisant des œuvres telles que celles de Gaughin, Toulouse-Lautrec, et Courbet, elle va mettre sa touche d’arrogance pour critiquer l’omniprésence de l’homme qui relaye la femme au simple rôle de victime. Du statut de courtisane, elles deviennent des figures héroïques. Les putains deviennent des femmes fortes et indépendantes, dominatrices des désirs sexuelles masculins. Son génie va de nouveau s’exprimer à travers sa poésie. Après le succès de la série “Muses et hommes”, l’artiste voit sa détermination plus que tout renforcée.

Femme engagée, Miss. Tic propose une nouvelle vision de la femme. Elle va changer le cœur de toutes les dominations, et de toutes les organisations en rendant aux femmes leur vraies responsabilités et en défendant la dignité de tout être humain. Aujourd’hui, ses pochoirs sont connus internationalement et plusieurs marques se l’arrachent. Son exposition “Bombe Textuelle” prouve une fois de plus que Miss. Tic est une femme de son époque, et un exemple pour beaucoup.

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