La mode selon Esther Mapouka.

Noire africaine de 26 ans, née en France, créatrice et styliste qui compte prochainement déposer sa propre marque Esther MPK. D’origine centrafricaine, elle sort d’une école de marketing et se lance dans l’univers de la mode. Plus particulièrement dans le style wax, traditionnel africain. Un retour sur son parcours.

Qu’est-ce que la mode représente pour vous ?  J’estime que ce que l’on porte représente et reflète notre personne. Chacun a son propre style. 

Je me demandais, le wax serait un choix influencé par vos origines ? Non, ça n’a aucun lien (rires) justement je préfère les robes en satin. Mais le wax peut-être magnifiquement porté.

Dans quelles mesures peut-on dire que vos créations sont uniques ? J’aimerais mélanger les tissus et faire des créations un peu hybrides culturellement. Mélanger le wax avec du cuir ce serait révolutionnaire. Je sais que je ne suis pas la seule dans cette vision de mode mais j’aimerai me démarquer avec mes créations. C’est plus des vêtements qui se porteraient de différentes manières : classe, élégant, décontracté. Chaque personne l’adapterai à sa guise.

Pourquoi cette décision alors que vous faisiez des études de marketing ? Je me suis lancée dans la création car j’aime beaucoup les vêtements, m’habiller et habiller les autres. J’ai saisi l’opportunité que l’on m’a présenté. C’était comme un rêve. Il y a deux ans de cela j’en parlais à mon meilleur ami en lui montrant des robes et aujourd’hui me voilà.

Une décision quand même assez influencée : Mon couturier qui s’occupait de mes tenues traditionnelles pour des évènements, a été une grande influence. Mais le fait de voir des personnes proches faire ce qu’elles aiment m’a également encouragé à faire de même

Avez-vous rencontré des difficultés ? Être entrepreneuse, c’est assez compliqué au départ car tout ne fonctionne pas d’un coup de baguette. Mais je me suis lancée et grâce à Andrea responsable d’événement qui m’a contacté via l’application SHAPPR j’ai eu la belle opportunité de créer ma première collection et faire mon premier défilé en juin dernier.

Mais elle vous a pris comme ça sans expérience ? Ah oui oui, le monde de la mode est très ouvert pour les jeunes créateurs. Quand cela devient compliqué il faut avoir la capacité de se démarquer tout en gardant son identité, faire sortir l’artiste, « l’influenceuse » qui est en vous (rires). Je trouve que Paris a un côté très hype, fashion pas “bobo” car c’est péjoratif. Elle a aussi un côté plutôt accessible même si il y a des échelons. 

Votre regard sur le monde de la mode aujourd’hui ? C’est super différent, c’est sacrément différent même, ça permet de voir ce que l’on peut mélanger ou pas. Je n’aime pas trop quand plusieurs personnes ont la même tenue ça fait très collectif et pour moi la mode c’est plus quelque chose d’individuel. Je sais bien qu’avec les tendances cela pousse les gens à acheter les même choses. Je préfère les éditions limitées (rires). Il faut tout simplement s’acclimater au monde de la mode pour celui-ci.

“J’aimerai, renouer mon lien avec l’Afrique à travers mes créations comme je ne suis jamais encore allée dans mon pays originaire.”

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Sa première création : une combinaison bleue à patte d’éléphants avec des motifs wax. (Instagram)

Son inspiration provient d’elle même : J’imagine la forme dans ma tête et je la réalise. Je suis un peu autodidacte en ce qui concerne la couture. Je suis assez pointilleuse sur mes tenues. Le seul souci c’est qu’au début cela prend du temps, au fur à mesure on prend des notes, on fait des modifications. On sort de notre zone de confort et surtout quand les gens aime ça motive.

Quelle créatrice ou créateur vous inspire ? Des créatrices sur instagram ainsi que des figures connues dans la mode. Il y a Balmain, Chanel, Michael Costello, Ade Samuel en tant que styliste personnel. Mimmy Yeboah, c’est une ghanéenne, elle fait des robes magnifiques. Elle mélange les tissues elle aussi, du wax et du tissu normal. J’aime bien leur créations, leur style parce que c’est classe c’est élégant c’est ce que je veux créer aussi et ce que j’aimerai que mes créations dégagent.

Quel message souhaitez-vous faire passer au monde ? Osez ! Il faut prendre des risques pour réaliser ses rêves. Au départ ce n’était pas prévu mais je pose pour ma propre marque, je représente ma marque.

Vos mannequins sont-ils exclusivement d’origine africaine ? Non justement, mes mannequins sont variés c’est le concept que j’aimerai faire ressortir “le tissu africain n’est pas exclusivement réservés aux africains”. J’ai des mannequins caucasiens, russes, asiatiques. Le métissage est le but de ma marque. Mes créations ne sont pas restreintes tout le monde peut les porter. Je sais qu’il y a certaines coupes qui ne vont pas à tout le monde selon leur morphologie mais j’estime que “les tissus ne sont pas propre à quelqu’un”.

Avez-vous été confronté au racisme ? Non, mais je sais qu’il est là et j’aimerai me battre contre cela. Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de stylistes, créateurs africains connus à part Virgile Labloh, il y a plus des métisses comme Olivier Rousteing.  Mon ami portugais, auquel j’avais demandé de poser pour moi m’a répondu “mais c’est pas pour moi Esther, c’est pour les renoi”. Pour moi c’est un commentaire assez osé même si involontaire. La société nous conditionne à avoir certaines prénotions. Je ne suis pas fermée au monde, je voudrais que n’importe qui porte mes créations quelle qu’en soit son origine.

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Esther Mapouka et ses mannequins à la clôture de son premier défilé le 20 juin 2018. (Instagram)

Pour les riches ? Et les pauvres alors, comment s’habillent-ils ? C’est une question intéressante. Tu sais tu peux avoir un sac de marque ou même des vêtements mais si tu n’accordes pas ta tenue correctement cela n’a aucun intérêt bien qu’elle coûte une fortune. Pareillement pour les “pauvres” si on accorde bien une tenue, la valeur des vêtements et accessoires n’est pas importante. Être bien habillé suffit amplement. J’estime qu’il faut savoir porter la mode et qu’il n’y a pas que les marques qui la représente.

La mode, on en a vraiment besoin ? Moi je dirais oui (rires) quand même un minimum ! Cela permet de se repérer sur les tendances d’avoir une ligne de conduite pour s’habiller. Grâce à la mode on peut savoir ce qu’on aime ce qu’on aime pas, avoir de l’individualité pas porter tous les même choses avec tout les styles différents qui existent. Cela permet de se définir même si la mode engendre des imitations d’un certain style ou vêtement ou même accessoire, on peut toujours imiter mais pas égaler.

Vos futurs projets ? J’aimerai me perfectionner dans mon domaine. Je vire vers la tulle dont il faut que j’apprenne à coudre. Je vais aussi prendre des cours de couture pour évoluer dans mes créations. J’aimerai aussi mixer mode et musique, un domaine qui m’intéresse également. Il faut que j’amplifie mon réseau car c’est vital pour la réussite de ma marque.

Prochainement le samedi 19 janvier 2018, la créatrice fera défiler sa collection d’automne intitulée : “Quand la mode urbaine flirte avec la haute couture” au Urban Fashion Show. Le lieu : Espace 109, 109 boulevard de Sébastopol 75001 Paris (Métro 4 – Sébastopol)

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