World Press Photo 2018 : De la beauté et de l’amertume

Le meilleur du photojournalisme est actuellement présenté à Paris. Suivant le fil sombre des actualités, les histoires de cette année laissent un goût amer.

Jusqu’au 2 Décembre, les photos du concours le plus prestigieux du monde sont exposées  à la Galleria Carla Sozzani à Paris. Les migrants, les manifestations, le terrorisme, le changement climatique, ces œuvres mettent en lumière les échos de la presse contemporaine. Une sélection assez obscure.

À l’entrée, la photo de l’année : un homme de 28 ans, pris par le feu, s’échappant pendant les manifestations à Caracas. Il a survécu à des brûlures au premier degré. Suit le problème du Moyen-Orient, des migrants laissés dans la rue en Serbie, le massacre à Las Vegas, les travailleuses du sexe à Saint-Pétersbourg. Et alors des photos qui rassemblent le plus des visages choqués : les enfants frappés par ces problèmes. On voit des portraits des jeunes nigériennes kidnappées pour se faire exploser, qui se sont enfuies. On apprend aussi que l’année dernière, trois fois plus d’enfants étaient utilisés dans ce but qu’en 2016. Suit une jeune fille d’onze ans dont le visage est déformé suite à une explosion d’un missile en Irak. Elle portera un masque jusqu’à la fin de ses jours. Et puis un petit garçon utilisé comme bouclier humain.

Curieusement, il y a une image encore plus perturbante que les autres. À première vue, la photo elle-même n’est pas aussi frappante : deux jeunes filles allongées sur des lits sous assistance respiratoire. L’histoire, par contre, raconte la découverte d’une maladie développée par notre époque : le syndrome de résignation. Jusque là inconnu, ce syndrome provoque une insensibilité générale à ceux qui en souffrent. L’origine de ce mal : une demande de résidence refusée. Seulement des réfugiés entre 7 et 19 ans en sont touchés. C’est l’histoire de ces deux jeunes filles que la photo raconte, l’une insensible depuis 2 ans et demi, l’autre 6 mois. Il reste à voir s’il y aura plus de gens dont l’organisme refuse à réagir en raison d’un refus réitératif des doits fondamentaux.

girls

Resignation Syndrome, Magnus Wennman

 

Tout d’un coup, on sent la nausée. C’est annoncé dans la mission du concours : « Nous présentons des histoires qui invitent les gens à s’arrêter un moment, à ressentir, à réfléchir, et à agir. » Les trois premières actions sont sans doute accomplies. La dernière reste plus compliquée. Coincés dans une gallérie parisienne, dans une bulle, on est loin de ces événements. Puis, sortis au quartier de la Chapelle au crépuscule, on est immergés dans un autre type de chaos. On continue à marcher et à faire nos vies. La seule différence : on se sent plus éveillé.

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