La Station – Gare des Mines: un lieu d’expérimentation et de renouvellement social queer

Le monde de la nuit parisienne est connu pour ses nombreux clubs et soirées LGBT+, souvent taxés d’avoir été investi par un public branché, plus attiré par la vogue du mouvement queer que par ses implications politiques. Mais qu’en est-il de la banlieue parisienne ? A Aubervilliers, la Gare des Mines prépare sa riposte.

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Aux abords du périph’, les basses résonnent porte d’Aubervilliers. Une usine à charbon clignote quelques mètres après la sortie du métro, et un flux de gens à l’allure parfois branchée, parfois plus classique se pressent à côté d’une barrière en palettes taguées. Après une queue qui peut être longue, on passe le petit portail et on arrive sur le côté du bâtiment dans une cour souvent bondée. Sur les trois scènes offertes par le lieu, c’est toujours celle devant le bâtiment qui en impose le plus : aménagée comme en festival, la scène crache le son avec férocité et les fêtards s’agglutinent autour des caissons. Plus loin, derrière dans la cour, le bar. Monté un peu à l’arrache, peut-être par désir de mimiquer l’esthétique « underground », les tarifs restent relativement abordables (6€ pour une pinte de bière qui tient la route). Partout, les murs tagués essuient les stigmates des soirées passées, et les stickers de collectifs à moitié déchirés constellent le béton. Parfois, une scène annexe se trouve sur le côté du bâtiment, non loin d’un autre mini-bar. Enfin, une troisième scène intérieure est présente dans le haut du bâtiment, et sert de salle principale notamment en hiver. Parfois, dans les grosses soirées, on investit aussi la cave du bâtiment, ce qui crée des mouvements de foule assez conséquents autour du bâtiment. On se surprend à se laisser entraîner d’une salle à une autre, mais on déplore le soundsystem de la salle du haut.

Dans ce type de lieu, et face au succès d’évènements massifs et branchés tels que la Flash Cocotte que beaucoup soupçonnent d’avoir perdu de vue leur objectif premier, la résistance queer s’organise. Lassés d’entendre “Ah, mais c’est une soirée gay ?” -ou d’autres remarques peu obligeantes- de la part de fêtards peu informés, de nombreux collectifs tel que Forensics ou des évènements tels que la Queer Week investissent La Gare des Mines afin de proposer des modèles de soirée résolument différents, où l’inclusion et la déconstruction des représentations oppressives prévalent.

On trouve à La Station concerts et évènements de tous types, mais aussi des marchés solidaires ou de récup et des workshops. Dans un contexte de recomposition de la vie queer, les soirées comme celles du closing de la Queer Week s’avèrent particulièrement marquantes.

Dans cet endroit, la priorité demeure l’ouverture d’esprit. Les différentes sortes de populations se mêlent sans s’attarder sur les spécificités des uns ou des autres. Cette approche qui demeure hétéro-inclusive s’inscrit dans une vision des soirées et d’une culture queer intégrante, qui peut -par exemple- dénoter avec une certaine culture gay dominante portant la masculinité en étendard et aboutir à des résultats souvent délétères, créant un climat toxique au sein de cette communauté. Le fait que ces évènements mettent en exergue le militantisme n’empêche pas pour autant de garder un esprit bon enfant, où la fête vient réunir tous les publics sous l’égide de l’acceptation de l’autre, tout en proposant des évènements culturels de qualité et diversifiés.

On peut lire sur la page de l’évènement du closing de la QW :

« QUE LA LIESSE SOIT ANARCO-REINE
ESPOIR et FIN DU PATRIARCAT HETERO_CIS_CHIANT ».

Cette phrase correspond à l’esprit qui règne durant ces soirées : on y trouve un espace décomplexé où le regard de l’autre n’est pas vécu comme un fardeau, et où la domination de certains groupes n’a plus d’emprise. Ici, le mythe de la sexualité binaire et patriarcale est déconstruit dans une atmosphère positive et un peu destroy, à l’image des lieux entourant la célébration. Ce qui prévaut surtout dans ce lieu, c’est l’énergie des gens qu’on y retrouve. La manière de faire la teuf change par rapport à certains clubs parisiens, même si la Station est devenue une adresse incontournable de la vie culturelle parisienne (et cela se ressent dans les prix d’entrées). Qu’importe la fringue, qu’importe la manière de danser, les gens arrivent, dansent, se rencontrent et s’entassent sans considérations réelles sur ces sujets. La fourchette d’âge est plus large que dans certains autres lieux, et vient taper dans les 20-45 ans. Malgré l’aspect libertaire du lieu, on peut se demander si on cherche vraiment à fondamentalement casser les codes du lieu culturel polyvalent à la Station, dans la mesure où on peut questionner l’augmentation des prix au fur et à mesure de l’augmentation de la popularité du lieu. Malgré tout, les artistes en résidence proposent évènements et ateliers comme un « Fablab conçu comme un atelier DIY de création d’instruments adaptés à tous » ou l’organisation d’un festival « convoquant toutes formes d’art, ouvert aux réfugiés et aux migrants ».

Written by

Science journalist / Independant documentary producer and director for TV and radio. "My interest is in the future because I am going to spend the rest of my life there" Woody Allen.

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