Bolsonaro et Escola Sem Partido: vers l’étouffement de l’enseignement

Voilà presque 1 mois que Jair Bolsonaro a été élu nouveau président du Brésil. Même si officiellement il ne sera au pouvoir qu’à partir de 2019, ses projets de réformes font déjà parler d’eux. Notamment concernant l’éducation. Bolsonaro compte la réformer à partir de quelques réflexions du mouvement conservateur « Escola Sem Partido » (Ecole sans parti).

Le propos de Escola Sem Partido est de faire de l’école un lieu de neutralité politique où les élèves ne se verraient pas imposée une façon de voir les choses, une idéologie. Ils critiquent l’actuel système éducatif brésilien où des troupes de militants politiques se « travestiraient » de professeurs pour diffuser leur propre opinion. Ce mouvement souhaite donc redéfinir le rôle des professeurs dans les écoles en réduisant leur liberté d’enseignement pour éviter de formater leurs élèves et laisser « entrer la lumière du soleil » dans les salles de cours. Pour cela, ils exposent dans leur site les 6 devoirs, ou lignes de conduite, que l’enseignant devra respecter, dans le cas où leur projet de loi soit sanctionné définitivement après la prise de fonction de Bolsonaro. Devoirs qui ressemblent plus à des interdictions d’ailleurs…

Parmi les lignes de conduite qui pourraient être imposées aux enseignants, on retrouve l’interdiction de « profiter » de son statut de professeur pour promouvoir son idéologie, sa vision du monde. Les professeurs auront aussi l’interdiction d’inviter les élèves à participer à des manifestations ou autres protestations publiques. Mais l’une des mesures les plus ahurissantes concerne la façon dont les questions politiques, socio-culturelles et économiques polémiques devront être traitées : le professeur n’aura pas d’autre choix que de présenter aux élèves, de la façon la plus « juste » possible, les principales versions, théories, opinions établies sur ces questions. Ce qui est alarmant dans cette mesure, c’est de savoir qu’elles seront les versions ou opinions « officielles » transmises par le nouveau système éducatif ?

Selon l’éditorial de Libération du 18 novembre 2018, Escola sem Partido serait mené principalement par l’Eglise évangéliste qui a pour projet d’éradiquer l’idéologie marxiste de l’éducation, qu’elle considère comme un poison. Drôle de coïncidence avec le passé latino-américain et ses dictatures qui avaient ce même but. Escola Sem Partido a d’ailleurs pour projet de rétablir la « vérité historique » concernant la dictature militaire de 1964 en faisant disparaître tout le négatif au profit de l’image d’un régime qui s’est basé sur l’ordre et le nationalisme. Pas étonnant que Jair Bolsonaro, grand nostalgique de ce régime, soutienne le projet de loi proposé par ce mouvement.

Si cette loi est adoptée par le futur gouvernement, le Brésil s’apprêtera à faire un dur retour dans le passé dictatorial, où le régime invitait largement à la délation de ceux qui ne respectaient pas les normes. Quand on pense que Escola sem Partido, dans son projet de loi, encouragera les élèves à prendre des vidéos pour dénoncer leurs professeurs s’ils ne respectent pas leur ligne de conduite…

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