3e Nuit de la Poésie : la beauté derrière les messages consensuels.

Depuis 2016, la Nuit de la Poésie se veut une commémoration des attentats de novembre 2015, un moment pour « résister ensemble ».

Pour cette troisième édition, toujours en partenariat avec la Maison de la Poésie et le festival Paris en toutes lettres, le mot d’ordre du directeur de l’Institut Jack Lang reste le même: « Répondre à la violence par la culture. Répondre au fanatisme par la poésie ». Que c’est beau.

Au-delà des mots attendus et un peu creux, l’événement a l’énorme mérite de rassembler, pour quelques heures ou toute la nuit, des corps allongés sur des tapis orientaux, des têtes sur des coussins, et surtout des oreilles, bercées et attentives. La véritable communion et la vraie force sont là : des centaines de personnes sont capables de s’asseoir, de s’allonger côte à côte pour se laisser emporter, ensemble.

Dessin et poésie

Cette année, l’accent semble être mis sur les liens entre poésie et dessins, comme le montre l’affiche créée par Zeina Abirached. La bédéiste libanaise nous offre d’ailleurs une performance mêlant piano, conte et dessin autour de son Piano Oriental (Casterman, 2015), issu de l’histoire de son arrière grand-père, qui a passé sa vie à bidouiller des pianos pour trouver le quart de ton qui permettrait de jouer la musique orientale. À cette légende familiale, elle lie sa propre histoire, son départ de Beyrouth pour Paris, livrant une réflexion sur les ponts entre Orient et Occident. Et de conclure : « être un piano oriental, c’est ouvrir une fenêtre à Paris et s’attendre à voir la mer. » Au final, Zeina Abirached, Stéphane Tsapis et Luc André Deplasse livrent un message assez conventionnel sur le mélange des cultures, mais offrent un très beau moment poétique et touchant. Bien plus que la lecture musicale qui se déroule à la bibliothèque, où les récitations de la poésie de la syrienne Maram al-Masri et ses Dessinées, Visages de femmes, poèmes d’amour, illustré en direct par Zaü (qui avait marqué notre enfance pour ses illustrations notamment dans les livres Rue du monde). La poésie de Maram al-Masri (publiée chez Eric Doucey) est une célébration du corps féminin. Avec les dessins (aquarelle, craie grasse…) des corps féminins nus de Zaü, ça fait vraiment trop. C’est très beau, mais ça manque d’originalité. Ne pas sortir la poésie du blason féminin, c’est très fatiguant.

Des voix montantes du Moyen-Orient

Heureusement, une autre poète nous offre un contre-point salvateur. Müesser Yeniay vient d’Ankara et nous partage son premier recueil traduit en français Ainsi disent-ils (éditions Eric Doucey) avec l’interprétation de Clémence Azincourt.  La langue turque mise à l’honneur cette année résonne sur les toits de l’Institut. Ici, l’utérus est un fardeau, la poésie de Müesser Yeniay est un refus de porter l’image de la féminité donnée par les hommes et la société. C’est éclatant dans le poème Kadın (Femme). D’autres poètes turcs sont aussi partagés ce soir, notamment le poète engagé communiste Nâzım Hikmet (1901-19063) par Violaine Schwartz et Pierre Baux (avec lectures d’autres poètes turcs).

L’étonnement continue avec le périple poétique tout autour du monde arabe, dans la lecture bilingue de 22 poèmes (un pour chaque pays), Raymond Hosni en arabe et Nâzim Boudjenah pour le français. C’est une course frénétique, parfaitement menée par la guitare de Ghassen Fendri. Les kilomètres parcourus par cette anthologie, du Koweit à la Mauritanie, montrent une diversité et s’éloignent des clichés sur la poésie en temps de guerre. Un des œuvres les plus fines entendues sur les conflits et les migrations qu’ils entraînent.

C’est finalement la force d’un espace aussi grand : pouvoir proposer à tous un moment qui lui convienne, entre poésie, formes classiques et recherches plus originales. Pour ce que nous en avons vu, les travaux présentés restent dans des thématiques attendues : poésie de guerre, portrait de la femme arabe… La grande richesse de cet événement tient dans la variété des traitements que l’on offre aux spectateurs.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :