Récit d’exil (1)

“Je n’étais pas heureux en Guinée, mon salaire était minable”


De janvier à juin 2018, des exilés et leurs soutiens ont occupé des salles du bâtiment A de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Mamadou* est l’une de ces personnes qui a dû quitter son pays natal, la Guinée, pour chercher du travail. Dans ce témoignage il partage avec nous l’histoire de son parcours.

migrants
Des conditions de traversée de la Méditerranée sommaires ©Anna surinyach/ AP/ SIPA

“Je m’appelle Mamadou*, j’ai 25 ans et je suis Guinéen. Je vivais avec mes deux frères, mes quatre sœurs et nos parents dans un village pas loin de Conakry, la capitale. J’ai obtenu une licence d’économie en 2015 et j’ai travaillé juste après dans l’hôtellerie car je n’avais malheureusement pas trouvé de boulot dans mon domaine.

Je n’ai jamais pensé à quitter la Guinée, c’est venu comme ça, pendant un voyage au Maroc. Un ami guinéen m’avait invité à passer un mois de vacances à Rabat et un jour, alors qu’on était en boite, on a rencontré plusieurs guinéens qui étudiaient là-bas. L’un d’entre eux m’a parlé du « business de la traversée ». Il m’a expliqué comment ça se passait, il m’avait dit « si tu veux aller en Europe, je connais des gens qui peuvent t’aider à le faire pour 3000 balles ». Sa proposition m’a poussé à réfléchir, je n’étais pas heureux en Guinée, mon salaire était minable.

Mon ami est rentré en Guinée et je suis resté au Maroc. Entre mes économies, l’aide de mon père et celle de mon ami, j’ai pu rassembler la somme. J’ai donné l’argent à un intermédiaire, on les appelle « les garanties », car dans le cas où je n’arriverais pas à traverser, l’argent me serait restitué.

Le premier contact était par téléphone, on a fixé un rendez-vous avec la personne qui se charge de la traversée. Ce jour là, nous n’avons pas beaucoup parlé, il m’a juste expliqué le déroulement des choses.

Le lendemain, on s’est revus au même lieu, il m’a accompagné pour prendre un bus qui va de Rabat à Nador. Une autre personne m’attendait là-bas. Elle m’a emmené en haut d’une montagne où je suis resté un mois avec beaucoup de personnes qui attendaient comme moi; il y avait des guinéens, des algériens, des marocains, des camerounais…

Les trois premières tentatives ont échoué car la marine nous a rattrapés. La quatrième était la bonne. Le jour de la traversée, nous devions quitter Nador. Un mini bus nous attendait pour nous emmener vers un village et on devait ensuite marcher trois heures pour arriver au bateau. L’eau n’était pas bonne, on a donc dû reporter le voyage pour le lendemain. J’avais peur, mais je ne pouvais plus faire demi-tour.

Le voyage a duré dix heures, la mer était perturbée, on craignait que l’eau ne fasse couler le bateau mais une fois dans la zone espagnole, on a appelé la croix rouge qui nous a demandé d’activer le GPS pour qu’ils viennent nous chercher. Un hélico est venu nous repérer aussitôt et moins d’une demi-heure après, les secours étaient là.

Ils nous ont emmenés au poste de police où nous sommes restés emprisonnés trois jours après avoir donné nos empreintes. On nous a par la suite présentés à des ONG susceptibles de nous aider. J’ai été envoyé à Séville. J’étais nourri, logé, on me donnait aussi des tickets de transport pour me déplacer.

Je suis resté trois semaines là-bas avant d’aller à Madrid chez mon oncle qui m’a donné de l’argent pour aller en France, car je ne voulais pas rester en Espagne. Je suis francophone, mais ne connaissant pas l’espagnol, il m’était donc impossible de trouver du travail là bas.

Mon oncle a contacté une personne qui pouvait m’aider à quitter l’Espagne pour la France, ça lui a coûté cent euros, transport inclus.

Je devais aller à Bilbao où j’avais rendez-vous avec cette personne qui m’a accompagné vers une autre ville où on m’attendait pour me mettre dans un bus qui allait à Paris, c’était le 13 février 2018.

Une fois arrivé, je suis allé directement chez mon oncle dans le 14ème . Un ami à moi était déjà ici à Paris 8, il m’a expliqué ce qui se passait et m’a conseillé de le rejoindre et c’est ce que j’ai fait. J’espère vraiment pouvoir rester en France, trouver un travail et avancer dans ma vie”.

* Les noms ont été changés.

Lire aussi :  « Je n’ai jamais voulu venir ici ni quitter les miens, je n’avais pas le choix… »

Propos recueillis par Hadjer REGGAM.

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