L’oubli, le nouvel occupant

Retour sur l’occupation de Paris 8… ou  tourner la page ?

A 4h40 du mardi 26 juin, il y a juste quatre mois, notre université a vécu un de ses épisodes les plus marquants des cinquante dernières années. Les CRS ont investi le campus de Saint-Denis pour expulser par la force des dizaines d’exilé.e.s qui occupaient le bâtiment A depuis le 31 janvier. Après avoir dispersé avec des gaz lacrymogènes une chaîne humaine de 70 personnes, les forces de l’ordre ont entamé l’évacuation de « 194 migrants » et « 160 autres occupants illégaux », selon la Préfecture de Saint-Denis.

L’occupation avait été initiée par des collectifs venant en aide aux exilé.es de la Porte de La Chapelle et de la Villette. Ils demandaient pour tout.e.s la régularisation, un logement et une inscription à l’université ainsi que l’arrêt des expulsion. Pendant le mois d’avril, une seconde occupation a eu lieu dans le bâtiment B2 : celle des étudiant.e.s grévistes exigeant le retrait de la Loi Vidal ou de « la sélection à l’entrée à l’université ».

La présence des exilé.e.s dans la fac a éveillé dans un premier temps la solidarité de la communauté universitaire. Les assemblées générales des étudiant.e.s en grève tentaient de canaliser les demandes des étudiant.e.s tout en manifestant leur soutien aux exilé.es. De son côté, la direction formait une Commission de médiation pour établir un dialogue avec les exilé.e.s et leurs représentant.e.s. Leur condition de vie précaire, la suspension des cours et des examens, les dégâts matériels qui commençaient à ravager le campus ont bientôt attisé la méfiance de chaque partie.

Le déficit d’informations fiables (beaucoup d’étudiant.e.s ignoraient la présence des exilé.e.s pendant les premières semaines), l’apparition dans les réseaux sociaux de comptes répandant des rumeurs, le hackage des courriels de professeurs se sont ajoutés au vertige. Des voix se sont levées dénonçant la présence de personnes qui, n’appartenant pas à la faculté, votaient pourtant la reconduite de la grève. Parallèlement, dans les UFRs des débats avaient lieu sur la validation des cours et des diplômes pour l’année 2018. Beaucoup d’étudiant.e.s étaient anxieux quant à la validité de leur diplôme et la perception de potentiels employeurs…

S’il était apaisant de constater la solidarité en amont à l’égard des membres de notre communauté (exilié.e.s, étudiant.e.s et fonctionnaires précaires), la peur face à l’avenir bouleversait et inquiétait.  Peur parce que notre monde est celui d’une concurrence impitoyable. Parce que l’on est déjà fragile dans cette concurrence – a fortiori si la fac se trouve en banlieue -, si on habite au delà du périphérique ; si nos peaux sont moins blanches ; si nos genres dérangent, ; si nos accents sont trop marqués ; si nous sommes sans-papiers ; si nous sommes arrivé.e.s en France mi-noyé.e.s ou à pied, traversant déserts et montagnes.

Nous entamons les 50 ans de Paris 8 en nous souvenant de nos origines et en oubliant le semestre dernier. Les tags sont désormais sous les couches de peinture blanche, les murs sont rebouchés, le ménage a été fait, les exilé.e.s ont été mis.e.s dans des autobus. Quelle est le rôle de Paris 8 comme communauté solidaire ? Comme institution universitaire internationale, ouverte à la diversité, devant les enjeux de société d’aujourd’hui ? Que faire de ce passé immédiat ?

 

 

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