Explorer le passé colonial à travers les « Peintures des Lointains »

Les visiteurs du musée du quai Branly – Jacques Chirac, sont invités, à travers différentes œuvres à découvrir la signification de l’ailleurs et de « l’autre » du point de vue d’artistes français.  

Comment définir l’ailleurs dans l’Art ? Il n’existe pas une seule et unique réponse à cette grande question. Selon le point de vue adopté, l’ailleurs peut être perçu comme un hommage, un fantasme, une forme d’exotisme. Pour une partie des français au 19e siècle, l’ailleurs était un moyen de parler des colonies. La période coloniale est le miroir d’un passé peu glorieux de l’Histoire française. Néanmoins, il faut en parler, l’exposer, le dénoncer afin de reconnaître les torts causés mais aussi d’avoir un recul sur l’Histoire de son pays. L’Art est un bon moyen afin d’adopter un regard critique sur l’Histoire. Une archive des pensées de l’époque qui doit être observée avec un regard critique.

Du 30 janvier 2018 jusqu’au 03 février 2019, à l’occasion de l’exposition « Peintures des Lointains », le musée a sorti de ses archives près de 200 œuvres, toutes réalisées entre la fin du 18e siècle et le milieu du 20e siècle. Le titre, « Peintures des Lointains », peut facilement porter à confusion. Le mot lointain étant un moyen de désigner les colonies sans les nommer. Une majorité de ces peintures proviennent des collections du Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie et qui ont été transférée au musée du quai Branly en 2006. De nombreuses œuvres offrent une perspective ethnocentrique sur les anciennes colonies, et doivent être remises dans leur contexte historique.

« Séduction des lointains »

L’exposition est découpée en trois parties. Dans un premier temps, les visiteurs sont conviés à un voyage artistique. Les premières œuvres exposées expriment le voyage, avec la représentation d’expéditions en mer. Un moyen pour les artistes d’exprimer dans leurs œuvres leur envie de fuir l’Occident. Le 18e siècle est le point de départ de l’exposition. Du point de vue artistique, l’ailleurs est synonyme de curiosité et de renouveau artistique. Une quête d’exotisme qui va les mener en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Les éléments représentés vont aussi évoluer. De plus en plus de peintures vont montrer des souks, des déserts, et utiliser des tons plus chauds.

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Photo 1: Mosquée dans la basse Egypte, Prosper Marilhat, vers 1834-1840

Au fil des années, le regard occidental sur les peuples, les coutumes et les lieux des « lointains » va évoluer. La phase de découverte et de renouveau artistique va se transformer en fantasme pour l’ailleurs et « l’autre ». Les mythes et les rituels sacrés des peuples rencontrés deviennent une source de fascination. Les femmes n’échappent pas aux fantasmes de ces artistes. Elles sont sujettes à la projection d’un exotisme imaginé. Le corps est dénudé, stéréotypé et nourrit les fantasmes occidentaux. Au regard de l’Histoire, cette sexualisation du corps féminin représente un vrai problème. La violence sexuelle dont elles étaient victimes était une manière pour les colons d’affirmer leur besoin de dominer.

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Photo 2: Bethsabée dit aussi Femme malgache à sa toilette – Alcide Liotard dit André Liotard – 1931

« Altérité plurielle »

Les portraits occupent une grande place dans l’exposition. Un moyen de mettre en avant et de documenter les rencontres entre les artistes, et les différents peuples pendant leurs voyages. Ces portraits vont être utilisés à des fins ethnographiques, mais vont aussi servir à nourrir des idéologies racistes qui consistaient à classer les populations selon leurs « types » ou leurs « races ». Mais où commence la subjectivité et où s’arrête l’objectivité des artistes dans ces portraits ? Les visiteurs doivent s’interroger sur l’authenticité dans la représentation des différents hommes et femmes dépeints. Toutes les peintures n’expriment pas une vision stéréotypée ou fantasmée des peuples, ou des lieux visités. Néanmoins, il devient presque impossible de ne pas questionner les liens entre l’Art et la politique coloniale de l’époque. Certains artistes ont contribué à la diffusion de la vision colonialiste à travers leurs œuvres. La représentation de la violence et les guerres subies par les peuples des « lointains » offre au public occidental une vision mettant en avant les Européens. Ces mêmes populations, qui au début du 18e siècle alimentaient le fantasme des artistes et celui des occidentaux, ont été dénigrés.

« Appropriation des lointains »

Au fil de l’exposition, un personnage fait son apparition dans les peintures : l’homme européen. Il est mis en scène, et mis en avant comme un symbole de la force coloniale de son pays d’origine. Il est explorateur, voyageur et occupe une place importante dans les œuvres. À l’inverse, les peuples des pays colonisés sont infériorisés. Les souverains locaux sont représentés de manière symbolique et occupent une place moins importante que les Européens.

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Photo 3: Le Docteur Sainte-Rose, Madeleine Luka, 1949-1953

 

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