L’Ombre d’Emily, une recette simple mais efficace

Sortie le 26 septembre dernier, L’ombre d’Emily est le nouveau film du réalisateur Paul Feig. Après les comédies Spy et Meilleures Amies, il s’essaye à un nouveau genre : le thriller toujours avec quelques touches d’humour.

L'ombre d'Emily

Un peu comme l’étaient les séries Desperate Housewives ou plus récemment Big Little Lies, L’Ombre d’Emily se déroule dans l’une de ces banlieues chics des Etats -Unis. Et comme ses consœurs sérielles, L’Ombre d’Emily raconte la vie de femmes dont les secrets et les apparences sont au cœur du récit. Certains y verront une référence directe au succès mondial qu’a été Gone Girl, sorti en 2014 et réalisé par le maître du genre David Fincher. L’histoire de Stéphanie (Anna Kendrick), vloggeuse et mère modèle célibataire bien rangée qui se lie d’amitié avec la très chic et working girl Emily (Blake Lively) car leurs fils fréquentent la même école. Cette dernière se présente comme un modèle de réussite pour la plupart des femmes et en particulier pour Stéphanie. Toujours très bien vêtue de grandes marques de couturier, Emily semble mener la vie parfaite : job de rêve chez un grand créateur à New York, mari écrivain à succès et mère de famille, le tout vivant dans une grande et belle maison. Emily fait partie de ces femmes que l’on admire pour la façon dont elles arrivent à mener poste à responsabilités et vie de famille, mais qui au fond énervent un peu. Tout pour elle, Emily cache pourtant -comme son titre français l’indique- une part d’ombre et de secrets. Un jour, cette dernière disparait mystérieusement.

Le point important et sans doute le plus fort est la relation entre les deux personnages principaux. Parfaite en femme fatale et sexy, Blake Lively se voie offrir sans doute l’un de ses meilleurs rôles au cinéma. Loin de ces élans féministes et l’idée de renverser les stéréotypes entre hommes et femmes qu’elle combat dans la vraie vie. Anna Kendrick est elle, l’atout comique du film et renvoie à ses rôles précédents et notamment Pitch Perfect. Malgré ce genre de rôle déjà rencontré dans sa filmographie, Kendrick parvient à trouver le juste milieu entre légèreté et sérieux tout au long du film. Certes le côté de la femme décoincée et assumée contre celle plus introvertie et timide a déjà été vu, mais l’alchimie entre les deux actrices fonctionne ici très bien.

Dans cette banlieue où mystères et secrets sont bien cachés sous le vernis et où chaque personne juge librement et ouvertement les mœurs de sa petite ville, ce film dresse le portrait d’une société fascinée par les histoires sordides et le buzz (comme en témoigne le nombre d’abonnés grandissant de la chaine de Stéphanie) et le voyeurisme. Les médias et la fiction étant d’une influence redoutable. « On a tous vu ça dans New York Police Judiciaire », scande Stéphanie à ses abonnées. Mais du côté plus intime, le film dresse un portrait plus dérangeant de la folie chez la femme, jusque-là « réservée » plus facilement aux hommes (comme dans Shining). Pour comprendre la disparition de celle qu’elle considère comme sa « meilleure amie », Stéphanie va fouiller dans son passé, et avec elle, le spectateur de découvrir la vraie Emily.

L'ombre d'Emily 2

En plaçant souvent sa caméra loin des personnages afin d’augmenter cette sensation de voyeurisme, Paul Feig démontre que même chez soi, endroit où l’on est censé se sentir le plus en sécurité, il n’est pas dénué de danger. Le personnage de Stéphanie commence peu à peu à se sentir observée dans ses moindres gestes. Mais son ami Sean, le mari d’Emily, lui rétorque que tout cela est normal. Stéphanie doute et l’ombre de la paranoïa fait peu à peu son apparition dans le film. Au centre de vives critiques et de moqueries de la part des autres parents d’élèves ou des policiers en charge de l’enquête, Stéphanie s’évertue tout de même à trouver la vérité.

L'ombre d'Emily 3

Bien que vu de nombreuses fois sous diverses formes, ce thriller policier à tendances comiques s’avère efficace et prenant. On regrette cependant peut être un trop pleins de rebondissements qui précipitent un peu la fin. Certes le cliché des bourgeois et de leurs histoires quotidiennes est présent, mais le film arrive à le surmonter grâce à ces superbes actrices. Il faut reconnaitre encore une fois le talent et le goût de Paul Feig pour raconter des histoires centrées sur des personnages féminins forts. Il n’a pas attendu l’émergence du mouvement #MeToo pour attribuer les premiers rôles à des femmes comme il l’avait fait auparavant dans son SOS Fantômes version féminine. Et, malgré l’accueil glacial qui lui a été réservé à l’époque, Paul Feig persiste et revient une nouvelle fois avec une histoire haute en couleurs sur l’amitié toxique naissante… entre femmes.

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