Passengers, un Titanic de l’espace

Le réalisateur d’Imitation Game se lance dans la science-fiction avec un film d’aventure spatiale. C’est une première pour lui, une énième pour nous, spectateurs.

Passengers
Aurora (Jennifer Lawrence) et Jim (Chris Pratt), les passengers astronautes à bord du Starship Avalon. ©Sony Pictures

Lorsque l’on apprécie le travail de Morten Tyldum, c’est avec des exigences plutôt élevées que l’on prend place devant le nouveau film du réalisateur norvégien. En 2014, il avait été nommé pour l’Oscar du meilleur réalisateur pour Imitation Game, un sombre biopic adapté de l’oeuvre d’Andrew Hodges Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence. Son dernier film Passengers, sorti en salles fin 2016 en France, est d’un genre très différent : celui de la science-fiction. Il s’agit d’une adaptation (libre) du roman Le Voyage Gelé de Philip K. Dick, qui est quelque peu décevante…

Le casting est prometteur : Jennifer Lawrence, Chris Pratt, la crème de la jeune génération hollywoodienne. Les deux acteurs interprètent les deux passagers d’un vaisseau spatial, dont la mission est de coloniser une planète lointaine de la nôtre, dans le futur. L’engin transporte pas moins de 5000 volontaires, pionniers du futur. Ils sont tous enfermés dans des capsules individuelles en hibernation artificielle jusqu’à leur arrivée. Jim, l’un des passagers et le protagoniste, se réveille mystérieusement avant la fin du voyage. Il est condamné à passer 90 ans seul sur un vaisseau ou tout le monde est endormi, y compris l’équipage. Pas moyen pour notre héros de se rendormir ni d’alerter qui que ce soit sur Terre. Jim passe un an dans la plus grande des solitudes sur un vaisseau très luxueux, avec pour seul compagnie un barman androïde aux fonctions limitées (interprété par le brillant Michael Sheen de la série Masters of Sex). L’isolement le pousse à forcer le réveil d’un autre passager. Il s’agit d’Aurora, interprétée par Jennifer Lawrence.

Les premières séquences sont sans aucun doute les meilleurs moments du film. On assiste au réveil confus du protagoniste. Alors qu’il réalise lentement ce qui est en train de lui arriver, il panique et devient violent. Ensuite, on est témoins de sa descente aux Enfers, son histoire à la Robinson Crusoé, où Arthur l’androïde joue le rôle de Vendredi. Tout en noyant son chagrin dans l’alcool, il finit par ne même plus prendre la peine de s’habiller, sans parler de se raser ou se laver.

Puis il y a ce « réveil forcé », qui soulève plusieurs questions intéressantes. Celle de la métaphore du viol, celle de l’amour, (peut-on tomber amoureux de quelqu’un sans le connaître ?) celle de la solitude et ce que l’on peut être capable de faire pour y échapper… Des questions auxquelles le film essaie de répondre, sans succès. Le scénario, mièvre et maladroit, n’accorde que très peu de temps à la justification du geste de Jim envers Aurora. D’autant plus que le personnage d’Aurora finit par pardonner son « agresseur » en lui sauvant la vie. Syndrome de Stockholm mis à part, il aurait peut-être été plus original, ou pertinent, de faire en sorte qu’Aurora ne lui pardonne jamais. La question de son choix pourrait être abordée : sauve-t-elle Jim parce qu’elle l’aime et lui a pardonné, ou bien son revirement est-il motivé par la peur d’être isolée sur le vaisseau ? Encore une fois, rien ne permet d’esquisser une interprétation. On aurait plutôt tendance à penser que le revirement d’Aurora s’explique par le très banal « l’amour est toujours vainqueur ».

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Jim et Aurora sur le pont du vaisseau spatial. ©Sony Pictures

On est aussi déçus par le rôle, finalement très secondaire, d’Arthur. Le rôle de l’androïde (qui est tout de même le troisième personnage du film) est limité à une seule révélation et quelques répliques comiques : cela s’apparente presque à du gâchis.

La phase de la réparation du vaisseau laisse une impression de déjà-vu. Pendant de longues minutes, le spectateur doit supporter une série de clichés de science-fiction hollywoodienne. Les effets spéciaux sont assez peu impressionnants pour un film de 2016. Le personnage de Gus, le chef de bord interprété par Laurence Fishburne, est encore plus insignifiant que celui d’Arthur. On croirait qu’il n’apparaît dans le film que pour mourir après quelques minutes à l’écran, car il fallait bien inclure une mort héroïque dans le tableau. C’est bien dommage, encore une fois, compte tenu du potentiel de l’acteur qui interprétait ce rôle. Pas de commentaires sur la façon dont Jim est miraculeusement ramené à la vie. On dirait bien que le scénario est extrêmement flexible pour que la fin soit heureuse.

La scène où les deux personnages s’élancent à deux dans l’espace, dans des tenues d’astronautes, aurait pu être une référence subtile, un hommage à la scène du pont de Titanic. Elle ne parvient à en être qu’une grossière parodie, entre le geste des bras en croix et la fameuse réplique : « Do you trust me… ? I trust you. »

Il semblerait que de nombreux aspects de ce film auraient pu être très intéressants mais ont été mal exploités. L’histoire d’amour elle-même ne réussit pas à émouvoir. Pourtant, elle est le sujet central du film. Morten Tyldum n’est pas un réalisateur de science-fiction : peut-être était-ce là un premier essai… un peu superficiel. Il semblerait que le norvégien ait voulu calquer son travail sur la mode hollywoodienne actuelle de la science-fiction, peut-être pour donner un nouvel élan, plus international, à sa carrière. Après tout, Passengers n’est que son deuxième film en production américaine, après Imitation Game qui était une coproduction américano-britannique. Pour son prochain projet, notons que Morten Tyldum abandonne la sci-fi. Le réalisateur a pour ambition d’adapter le célèbre roman policier d’Agatha Christie, Dix petits nègres. Peut-être Morten Tyldum ne se frottera-t-il donc plus à la sci-fi… d’autant que Passengers a plutôt fait un bide au box-office.

La bande-annonce du film en version originale sous-titrée en français. ©Sony Pictures

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