Les Proies: Un thriller aux traits lisses

Bien qu’ayant gagné le prix de la meilleure mise en scène lors du  festival de Cannes 2017, le dernier film de Sofia Coppola ne semble pas être à la hauteur de l’oeuvre de la réalisatrice. 

The Beguiled
La directrice du pensionnat Martha Farnsworth (Nicole Kidman) et ses élèves perturbées par la présence du soldat blessé.  ©American Zoetrope

Lors de la sortie de Les Proies, le dernier film de Sofia Coppola, nous nous attendions à un chef d’oeuvre dans la lignée de son dernier film d’époque, Marie-Antoinette, véritable merveille. Hélas, ce huit-clos se déroulant en Virginie pendant la guerre de sécession n’a pas eu l’effet escompté. Coppola fait ici une adaptation du roman éponyme de Thomas Cullinan paru en 1966.

L’histoire commence lorsqu’un soldat (Colin Farrell) est retrouvé blessé dans la forêt par une des élèves du pensionnat de Martha Farnsworth (Nicole Kidman). Celle-ci le ramène dans l’immense propriété désolée abritant quatre pensionnaires et leur professeure (Kirsten Dunst). Très vite, les résidentes tombent  sous le charme de ce Yankee affaibli bien qu’il appartienne au camp adversaire.

Tous les ingrédients cinématographiques propres à la réalisatrice sont présents. On y retrouve des jeunes filles aux allures pures et esseulées, une ambiance contemplative et emprunte de mélancolie existentielle et des plans magnifiques baignés d’une douceur pâle. L’adoption d’un point de vue féminin est réussie et nous rappelle les réalisations précédentes de Coppola. Chacun de ses films traite brillamment les personnages féminins, qu’elles soient enfants, adolescentes ou adultes. Les Proies fait ainsi la synthèse de tous ces âges avec leurs approches particulières, pourtant le traitement du sujet ne nous fait tout simplement pas décoller.

La bande-annonce du film en version originale sous-titrée en français. ©American Zoetrope

Malgré quelques séquences au potentiel certain, on reste essentiellement sur la même fréquence émotionnelle. Loin d’être habituellement emportés dans un ascenseur émotionnel par la cinéaste, le délicieux voyage dans les abîmes de l’esprit humain auquel elle nous avait habitué est ici négligé. On retrouve à la place des sentiments primaires peu approfondis tels que l’envie et la jalousie. Les protagonistes ne sont pas introduits en profondeur et nous semblent simplement confrontés à un concours de circonstances les menant vers la fatalité du dénouement. Bien que le choix des acteurs et leurs jeux soient idéaux, les pensionnaires ne sont pas assez décrites, créant une frustration certaine chez le spectateur. Les scènes supposées nous faire tressaillir sont alors amoindries par ce manque d’approfondissement.

Le genre du thriller placé dans un contexte historique lourd ne semble pas être le cocktail de prédilection de Coppola. Pour rester fidèle à son style, certains aspects cruciaux sont en effet lissés. La guerre n’est ainsi qu’une lointaine toile de fond à peine évoquée par quelques vagues détonations de bombes et des fumées émanant d’un territoire qui semble éloigné. Quant à l’esclavagisme, très présent dans le roman, il a tout simplement été effacé. Un parti pris douteux qui nous laisse perplexe.

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