Le grand retour de John Green après cinq ans d’attente

Les fans de littérature Young Adult attendaient l’auteur au tournant avec son nouveau roman. Paru le 10 octobre dernier chez Gallimard, Tortues à l’infini n’offre pas le renouveau espéré.

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Une nouvelle couverture cache-t-elle une nouvelle histoire?

Quitte ou double. Avec John Green, soit on adore soit on déteste. Pourtant quoi qu’il arrive on y revient. Tortues à l’infini, le septième livre de l’auteur était très attendu. Après la sortie de Nos étoiles contraires en 2012 et son adaptation sur grand écran deux ans plus tard, la notoriété de l’écrivain, blogueur et YouTuber, avait explosé. Mais depuis, plus rien. La pression pesait donc sur son nouvel opus.

La recette du succès

L’homme sait manier les mots mais semble moins à l’aise avec l’histoire. Une chose que l’on peut reprocher à John Green, c’est le recyclage oeuvre après oeuvre de sa recette miracle. Tortues à l’infini ne fait pas exception.

Le rideau se lève sur la capitale d’un état ensoleillé: Indianapolis. À l’aube de l’âge adulte, Aza Holmes sera notre personnage principal. D’un milieu social moyen, elle a besoin d’un dernier coup de pouce pour quitter l’adolescence. John Green est ravi de le lui donner. Le père de Davis Pickett, son “peut-être” petit copain, a disparu. Avec Aza, et sa meilleure amie Daisy, ils mèneront l’enquête pour le retrouver.

Premier bémol. Avec Green, les personnages ont toujours un air de déjà vu. Aza se doit d’avoir une personnalité qui mêle culture générale à toute épreuve, répliques spirituelles bien senties, élans philosophiques imprévisibles et longs monologues introspectifs. Ajoutez à cette dernière une obsession singulière pour les microbes et un trouble obsessionnel compulsif prenant le pas sur le reste pour compléter le tableau. Comme tous les héros de Green, ce sont ses idées fixes qui déclenchent l’action et le chaos. À l’inverse, Daisy la tornade tiendra le rôle de la fidèle acolyte dont le caractère contrebalance à l’extrême les traits de notre héroïne. Second problème, l’intrigue. Toujours aussi répétitive. Il y est question de quête matérielle (recherche de Russell Pickett, père de Davis) servant d’excuse à une quête spirituelle plus obscure (Aza cherche à vaincre ses troubles mentaux). Une enquête pour justifier un voyage initiatique, une course contre la montre, un rite nécessaire pour notre héros, rien de bien nouveau. Ce cheminement justifiera des réflexions métaphysiques qu’on a bien du mal à attribuer à des ados. La perte d’un proche, le deuil, la maladie, les pensées dépressives ou suicidaire, des thèmes lourds mais récurrents chez l’auteur. John Green avoue être très intéressé par la primeur de ces expériences initiatiques à l’intensité démultipliée chez les adolescents qui y sont confrontés.

Vous en reprendrez bien une petite part

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John Green, l’auteur de livres pour jeunes adultes

Sous la plume de l’auteur, malgré une poésie nouvelle, une sensibilité hors norme et une philosophie bienvenue, la redondance reste gênante. Nos héros sont prêts à refaire le monde mais se contentent bien souvent du leur, livre après livre. Mais malgré la répétition, on redonne toujours une chance à Green. On espère un petit plus. Après tout, ses romans offrent une réflexion intéressante sur la vie. On reste donc pour le message et non pour l’histoire. Or un bon roman repose sur une intrigue solide, ce qui fait défaut à ses oeuvres et à Tortues à l’infini. Mais il y a tout de même quelques points positifs. Grâce à Daisy, fan incontestée de Star Wars, de nombreuses références à la culture populaire sont faites. Les réflexions sont poussées, le style est fluide, la lecture agréable malgré les thèmes lourds qui y sont une nouvelle fois abordés. On retrouve toujours de belles citations copieusement partagées, des odes aux personnages vraisemblablement atypiques qui peuplent les lycées mais pas les livres. L’expression des sentiments est faite avec justesse même si les personnages restent creux et l’action vide de sens. En somme, John Green ne parle que de ce qu’il maîtrise et Tortues à l’infini en est l’exemple parfait. Ce nouvel opus, qu’il qualifie comme étant “le plus personnel” de ses écrits, est peut être la revisite de trop. Cinq ans pour relire la même histoire confiée à de nouveaux personnages… La quête vaine d’Aza ne nous a pas menés bien loin et une fois le septième roman refermé, c’est le goût amer de la déception qui reste.

Barbara Fasseur

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