Sausage Party : sexy mais sexiste

Ce film d’animation, sorti en novembre, a fait scandale pour sa simple interdiction aux moins de 12 ans, jugée trop faible. Surtout au vu de la scène d’orgie finale. Personne n’a parlé, par contre, du propos maladroitement misogyne du long-métrage.

Interdit aux moins de 12 ans seulement, Sausage Party a fait débat pour son caractère sexuel très marqué, jugé choquant pour les jeunes spectateurs. La Manif pour Tous et d’autres associations récusent cette interdiction jugée trop basse. Réalisé par Conrad Vernon et Greg Tiernan, le film raconte l’histoire d’un certain nombre d’aliments vivant dans un supermarché. Ils attendent qu’un humain vienne les acheter pour les amener à l’extérieur : « Le Grand Au-Delà » ou le paradis. Mais Frank, la saucisse doute de la nature de ce présumé paradis. Et si les humains étaient néfastes à la vie des aliments ? La scène d’orgie finale, bien que très drôle, est aussi très explicite. Les critiques de certaines associations semblent légitimes. D’autant plus que le film est interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis. Sausage Party est définitivement un film destiné aux adultes.

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Brenda se dispute avec Frank : elle, sensible et anxieuse pour l’avenir de son couple, lui, ayant peur de la perdre mais téméraire et déterminé à découvrir la vérité sur « Le Grand Au-Delà ». Un brin stéréotypé non ? – Copyright Ranker – ranker.com

Dommage que ce débat important en ait écarté d’autres. A l’heure où les études de genre ont le vent en poupe et amènent à remettre en question, entre autres, certains rapports de domination des hommes sur les femmes, on peut déplorer le sexisme maladroit du film. Attention, ce n’est pas un sexisme volontaire et violent, mais plutôt de l’ordre du stéréotype. Permettons-nous une petite analyse du film façon gender studies. Le pain à hot-dog, Brenda, dont est amoureux Frank, est relégué au second plan dans le film. Alors que Frank, le personnage masculin, est courageux et veut découvrir la vérité sur « Le Grand Au-Delà », Brenda ne pense qu’à l’équilibre du couple qu’elle forme avec Frank et à son bonheur. Elle est ainsi réduite à une vision traditionnelle de la femme, soumise à sa seule sensibilité, qui fait passer la sphère privée avant tout.

 

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Les femmes réduites à un certain fantasme masculin : ici, les fesses exagérément grosses d’un personnage du film – Copyright funkyjunk.com

Elle est, en plus, hyper-stéréotypée comme tous les autres personnages féminins du film, avec ses rondeurs exagérées et son rouge à lèvres. Comme si toutes les femmes étaient physiquement comme cela. Nuance : il ne s’agit pas de dire qu’il est interdit de représenter au cinéma des femmes avec des formes généreuses. Il s’agit plutôt de critiquer un film qui ne représente les femmes que sous cet angle-là, très réducteur. C’est d’autant plus critiquable que les réalisateurs filment en gros plans, des fesses ou des seins démesurés sans justification d’un point de vue cinématographique. Ce qui fait état d’un regard sur les femmes dérangeant, où celles-ci sont réduites à des objets de désir. Le male gaze (littéralement, le regard fixe masculin) théorisé par Laura Mulvey n’est jamais loin. On a bien le sentiment que le film est fait par des hommes ayant une vision réductrice des femmes. Ils présentent leur propre regard sur celles-ci. Et les réduisent sûrement à leurs propres fantasmes. En offrant à la vue des spectateurs masculins ces femmes aux formes quasi irréelles, les réalisateurs les invitent à « mater ». Par là, ils participent peut-être aussi à faire subsister un monde de fantasmes masculins loin de la réalité, où les femmes ne seraient que fesses et seins énormes. Gênant aussi pour les hommes : le film contribuant à entretenir le cliché où ceux-ci ne seraient attirés que par ce type de physique. Alors qu’en réalité, il existe des hommes attirés par des femmes aux formes généreuses, mais aussi par d’autres types de physique.

Sur d’autres points, le film est plus fin, on louera son intrigue très originale et drôle ainsi que son propos humaniste, sous le vernis de trash supposément débile. Le message est positif : les aliments copulent tous entre eux comme un message d’amour et d’entente entre les peuples. De même, sur le racisme, le film est intéressant montrant l’amitié/amour vache entre une crêpe musulmane et un bagel juif. Ajoutons l’animation travaillée, et les couleurs flamboyantes qui vont bien avec l’ambiance déjantée du film.

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